‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 38 sur 98 · Traité de l'existence de Dieu, I, ch. ii · texte numérisé non relu

Traité de l'existence de Dieu, I, ch. ii

3. Dans ce qu'on est convenu d'appeler la seconde partie du Traité de l'existence de Dieu, il y a assurément une certaine intempérance métaphysique : cependant, là même, la vision en Dieu est présentée sans les exagérations que nous trouvons dans Malebranche. Qu'on médite ce passage remarquable : « L'objet immédiat de toutes mes connaissances universelles est Dieu même, et l'être singulier, ou Tindividu créé, qui ne laisse pas d'être réel, quoiqu'il soit communiqué, est l*objet immédiat de mes connaissances singuJières.] Ainsi je vois Dieu en tout ; ou, pour mieux dire, c'est en Dieu que je vois toutes choses. . . Cette connaissance même des individus, où Dieu n'est^pas Tobjet immédiat de ma pensée, ne peut se faro qu'autant que Dieu donne à cette créature l'intelligibilité, et à mni rintelligence actuelle. C'est donc à la lumière de Dieu que je vois tout ce qu' peut-être vu. » Traité de ^existence de Dieu, II, ch. iv.

le système : vous verrez que la réserve est extrême. Je ne dis pas assurément qu'il n'y ait pas d'erreur dans la métaphysique de Fénelon , mais je crois qu'il n'a manqué vraiment de mesure que dans sa doctrine sur le pur amour *. Tout le reste est à peu près exact. Fénelon sait s'arrêter. Il ne prétend pas rendre compte des desseins de Dieu. Après avoir parlé de la manière dont Malebranche essaie de concilier la volonté que Dieu a de sauver tous les hommes et la perte de tant d'âmes : «Ne vaut-il pas bien mieux se taire, s'écrie-t-il, et avouer son impuissance d'expliquer ce profond mystère, que d'en donner une explication si insoutenable^? » Et plus haut, il avait dit : « Je n'ai garde de blâmer l'auteur quand il prétend que nous connaissons certains conseils de Dieu, ou révélés à son Eglise, ou manifestés par le bel ordre de la nature; mais je tremble pour lui quand je lui entends dire que le Yerbe communique sans réserve tout ce qu'il possède en qualité de Yerbe et de sagesse éternelle, quand on l'interroge par une attention sérieuse. Tout philosophe qui aura cette pensée, doit croire qu'il ne tient qu'à lui de rendre raison de tous les desseins de Dieu, ou plutôt d'en faire rendre raison à Dieu même en l'interrogeant ^. »

1 . Et sur ce point, c'est Malebranche qui le redresse. C'est ce que nous verrons en parlant du P. François Lamy.

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