Nouv. de la Rép. des Letl..j avril 1684, art
lis DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I.
que s'ils étaient de petits auteurs K » Le trait est sanglant, mais il est mérité, et nous-mème, pour rendre l'impression que nous causent ces luttes prolongées, nous ne pourrions que répéter des paroles d'une simplicité si forte : seulement nous les dirions avec un sentiment de tristesse que Bayle n'a point. C'est encore une excellente remarque que celle-ci : Malebranche trouvant pour appuyer ses pensées les plus étranges, des preuves qui lie sont point sans valeur, et Arnauld d'un autre côté lui proposant des difficultés extrêmement embarrassantes, c cette dispute peut nous faire de grandes leçons cVhumilité^. » Mais l'humilité que propose
1. Nouv. de la Rép, des LeU,^ juillet 1685, art. 8, p. 333. Il s'agit de la Réponse à une Dissert, de M. Arnauld contre un éclairciss, du Traité de la nature et de la grâce.
2. Jbid,, avril 1684, art. 2. — Il faut citer un aulre passage où Bayle, toujours indifférent à Tobjct de la dispute, laisse échapper une véritable joie d*érudit, parce que Malebranche raconte dans sa Ré^ ponse à la Défense d' Arnauld comment il a été amené à la théorie de la vision en Dieu. « On est heureux, s'écrie Bayle, de saLVoirV histoire des pensées de ceux qui ont inventé de nouveaux systèmes ; » on est heureux de connaître « par quels progrès et par quelles conséquences ils sont venus au point où il leur a plu de se fixer » : le malheur est qu'ils fassent « trop rarement » au public de ces instructives confidences. {Nouv, de la Rép, des Lett., mai 1685, art. 3.) Toute la curiosité du critique se révèle dans ces paroles : curiosité légitime sans doute, quoi qu'en ait dit Malebranche en plus d'un endroit où il condamne les érudits ; mais curiosité vaine, si le souci de la vérité philosophique, loin de s'y mêler, est bannie par elle. — Voici l'analyse du passage de Malebranche auquel Bayle fait allusion : Malebranche raconte « qu'après avoir fait une division exacte de toutes les manières dont nous pouvons voir les objets et avoir reconnu que toutes renfermaient des contradictions manifestes, embarrasse extrêmement, et comme hors d'espérance* de pouvoir se délivrer de ses doutes, il so souvint heureusement de ce qu'il avait
Bayle, c'est l'abaissement de la raison, et le scepticisme: nous recevons donc le conseil qui est très-bon, nous rejetons l'esprit dans lequel il est donné.
S'agit-il maintenant des questions mêmes qui sont débattues entre les deux adversaires ? Bayle a bien des fois vu très-juste. Ainsi, à propos du principe de la simplicité des voies, il dit que « cette pensée a quelque chose d'éblouissant, à savoir qu'un système simple et très-fécond est plus convenable à la sagesse de Dieu, qu'un système plus composé et moins fécond à proportion, mais plus capable de prévenir les irrégularités. » Il a été luimême € de ceux qui crurent que le P. Malebranche donnait par là un merveilleux dénouement ; mais il est presque impossible de s'en payer après avoir
lu autrefois dans saint Augustin, comme plusieurs autres, sans y avoir fait beaucoup d* attention ^ savoir que nous n'avons pas d'autre Maître intérieur que la Sagesse étemelle. » Saint Augustin parle de cette doctrine avec une assurance qui ne lui esl ordinaire qu'à l'égard des vérités qui lui paraissent évidentes : Malebranche y cherche donc «c le dénouement de la plus grande difficulté qu'il ait jamais trouvée. » Mais saint Augustin distingue entre les vérités éternelles et les choses changeantes : ce sont seulement les vérités étemelles que le Maître intérieur nous enseigne. Pourquoi ? c'est que « du temps de saint Augustin, on n'avait point découvert que les qualités sensibles ne sont point répandues dans les objets de nos sens, mais que ce sont de pures modalités de notre âme, comme on l'a découvert par la nouvelle philosophie. » Malebranche initié à cette nouvelle philosophie, qui est celle de Descartes, a donc expliqué par la vision en Dieu la connaissance même des objets matériels. Voir sur cette histoire des pensées de Malebranche ce que nous avons dit dans le premier volume de la présente Etude j ch. i, p, 52-54, et ch. m, p. 251-255.
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lu les livres de M. Arnauld contre ce système, et après avoir bien considéré l'idée vaste et immense de l'être souverainement parfaite » Seulement, écoutez-le ailleurs: il rapporte la définition que Malebranche donne quelque part des miracles : « un miracle, c'est une chose qui n'est pas une suite des lois naturelles ; » il ajoute, toujours d'après Malebranche, que les miracles sont rares, parce qu'autrement la simplicité de la conduite divine serait troublée. Puis, se gardant bien de perdre une si bonne occasion de lancer un trait contre les miracles, il dit avec une apparente naïveté : t II y a des gens qui souhaiteraient que le P. Malebranche eût dit, sans nulle exception, que l'ordre ne permet jamais que Dieu trouble la simplicité de ses voies ^. » Mais je voulais donner des exemples de critique judicieuse et équitable. J'y reviens. Bayle donc donne raison à Arnauld qui déclare que € les voies sont pour l'ouvrage et non l'ouvrage pour les voies. ^ Rien de mieux. Le voici maintenant qui défend Malebranche contre Arnauld, et, comnje il s'est même engagé pour cela dans une dispute particulière, la chose vaut la peine qu'on s'y arrête un peu.
C'est de la question du plaisir qu'il s'agit. Ar-