‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 55 sur 98 · T. IT · texte numérisé non relu

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intelligible, dans Malebranche, et l'étendue, attribut delà Substance unique, dans Spinoza, ne sont qu'une seule et même chose. L'étendue intelligible est infinie, nécessaire, éternelle ; elle est chose réelle et subsistante ; elle est Dieu même, d'une certaine manière : Malebranche le proclame. Mais qu'est-ce que cela veut dire? sinon qu'elle est ce à quoi les corps participent, ou en d'autres termes qu'elle est en Dieu cette perfection positive, cette réalité infinie, que les corps expriment, et sans laquelle ils ne seraient point, enfin qu'elle est en Dieu infiniment et parfaitement ce que sont les corps d'une manière finie et imparfaite. Dira-t-on qu'elle n'est que l'idée que Dieu a de l'étendue ? alors elle n'est plus réalité, elle n'est que pensée : mais pensée de quoi? Dieu n'ayant rien en soi qui puisse être l'objet de cette pensée, rien n'existant au dehors que Dieu puisse voir en ayant cette pensée, que pense-til en pensant l'étendue ? rien : voilà donc une idée sans idéatj c'est-à-dire une idée sans objet, c'està-dire une absurdité. D'ailleurs, si l'étendue intelli gible n'est que la pensée de l'étendue, que dévier nent tant de textes oti Malebranche la donne trè certainement comme quelque chose de plus ? Ot elle est vraiment quelque chose de plus, elle est substance même de Dieu, représentative des co et participable par eux ; elle est donc commur tous les êtres matériels, elle est leur fond et

ôire. En vain essaie-t-on de distinguer d'elle une étendue créée, qui serait une substance, substance finie et imparfaite ? Que met-on dans cette étendue créée qui ne soit dans l'étendue intelligible, et quel caractère donne-t-on pour les discerner? Tout ce qui constitue les corps, tout ce qui entre dans leur essence, tout ce qui fait leur réalité, appartient à l'étendue intelligible : l'étendue créée n'a rien à elle que ses limites; comment serait-elle quelque chose de substantiel, existant d'une existence propre et distincte? elle n'est qu'une modification de l'étendue intelligible, essence et substance de tous les corps ^

Contre cette déduction Malebranche se révolte. Il dit qu'il ne faut pas confondre les idées et les choses, l'essence et l'existence. L'idée peut être sans idéat, c'est-à-dire sans objet qui lui réponde. L'idée, c'est le type ou le modèle, il se peut que rien n'existe qui soit conforme à ce type ou à ce modèle. L'idée, c'est ce qui est ; l'idéat, c'est ce qui est fait. L'idée est réelle, mais d'une réalité intelligible et divine ; l'idéat est réel, mais d'une réalité créée. L'étendue intelligible ne suppose donc point l'existence de substances étendues ou de créatures matérielles. Dire qu'elle est nécessaire et infinie, dire qu'elle est Dieu même, c'est reconnaître

1. Nous pensons avoir résumé fidèlement, quoiqu'on termes parfois différents, les difficultés de Mairan (3« et 4® lettres).

une Kaison souveraine qui renferme toutes les idées des choses, ce n'est pas le moins du monde supposer une substance universelle dont les corps ne seraient que des modifications. L'étendue intelligible est l'archétype des corps, et en ce sens elle est ce qui les constitue, elle est l'essence qui leur est commune à tous ; mais chaque corps est un être^ une substance^ une réalité finie et créée ; et cela le distingue parfaitement de l'étendue intelligible, infinie et incréée ^

Malebranche a raison de dire que Mairan, avec Spinoza, confond l'essence et la substance. Mais la question est de savoir si lui-même a dans sa théorie, poussée jusqu'au bout, le moyen de justifier la distinction qu'il maintient énergiquement. L'idée ne suppose point un idéat : cela est expliqué fort nettement. Mais si l'idée est en Dieu la pensée de ce qui n'est pas, c'est que Dieu peut faire ce qui n'est pas, et si Dieu peut faire ce qui n'est pas, c'est que Dieu possède une perfection que ce qui n'est pas, exprimerait si Dieu le faisait être. L'idée préexiste à toute créature, maïs l'idée suppose une réalité incréée qui est la substance divine elle-même. C'est ce que Malebranche établit partout; c'est ce qui lui fait dire que la substance divine est représentative des êtres matériels et participable par eux ; c'est ce qui lui fait soutenir que Dieu est étendu, non

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