‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 54 sur 98 · Quatrième leitre, vers la fin · texte numérisé non relu

Quatrième leitre, vers la fin

pas aussi si l'étendue intelligible est la même que rétendue subsistante dont les corps sont les modifications, ou si elle ne l'est pas. Il me semble quelquefois que par cette dernière vous entendez l'étendue créée, que vous expliquez par les noms de matière, d'extension locale, etc. ; et que par la première vous entendez tantôt ce qu'il faudrait entendre par la seconde dans la signification la plus naturelle, et tantôt le concept général d'étendue, qui est Varchétype de toutes les idées des corps créés, ou enfin quelque autre chose que je ne sais si c'est substance ou attribut ou mode, qui n'est pas l'immensité .divine, maïs qui pourtant est en Dieu. »

On ne peut mieux signaler les difficultés et les obscurités de cette théorie. Mais écoutons encore ce qui suit: c'est dans la troisième lettre; Mairan répond aux explications de Malebranche.

< Je ne saurais passer sous silence l'article qui regarde l'étendue et l'idée de l'étendue: c'est un point décisif entre vous et l'auteur en question, et vous êtes le seul que je sache, mon Révérend Père, qui en ait bien senti l'importance, parmi tous ceux qui ont traité les matières de théologie et de métaphysique. D'un côté, vous avez été convaincu que l'idée de l'étendue renfermait l'existence nécessaire et l'infinité objective, et par conséquent qu'il fallait regarder cette étendue comme une des per-

fectionset des réalités qui constituent l'essence divine ou de l'être infini et nécessaire. De l'autre, vous avez vu qu'on ne pouvait faire Dieu étendu de l'étendue des corps, sans ruiner toutes les notions que la religion d'aujourd'hui nous en donne. Il a donc fallu chercker une théorie qui pût conserver à l'étendue ses propriétés, et satisfaire à tous les inconvénients qui peuvent s'en ensuivre. Pour le faire, vous avez admis en Dieu une étendue infinie et nécessaire, archétype de tous les corps, et vous l'avez appelée intelligible, parce qu'il n'y a que l'esprit proprement dit qui puisse l'apercevoir. Mais l'étendue des corps, vous la nommez créée, locale et sensible, parce qu'elle est finie, qu'elle frappe les sens et l'imagination, et qu'elle doit être par là hors de l'essence divine. Vous avez ncianié et tourné cette idée dans vos ouvrages de cent façons différentes... Maisj'ose vous dire, mon Révérend Père, que, si vous voulez bien faire attention aux raisons que j'ai... pour ne pas la recevoir, vous trouverez peut-être que je n'ai pas tout à fait tort.,. Ce que vous appelez étendue intelligible n'est, à la rigueur, et selon toutes les propriétés que vous lui attribuez, que l'étendue proprement dite, ou la substance dont votre étendue créée n'est autre chose quels! 'modification. »

Voilà qui est net, et Mairan développant sa pensée, prétend prouver manifestement que l'étendue

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