‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 63 sur 98 · Connaissance de soi-même^ t. II[, p · texte numérisé non relu

Connaissance de soi-même^ t. II[, p

pour lui-même; mais celui qui aime ne peut pas ne pas se plaire dans l'objet de son amour. Trouver du plaisir dans les excellentes qualités d'un ami, est-ce faire tort à cet ami, est-ce le rapporter à soimême, est-ce l'aimer d'un amour mercenaire et égoïste ? N'est-ce pas plutôt lui faire honneur ? Faudrait-il donc, pour l'aimer purement, qu'on ne goûtât aucune joie dans sa compagnie? Non, le plaisir qui sort de la connaissance du bien véritable, est un plaisir lumineux et solide, paisible et délicieux, qui ne corrompt point l'amour, mais le soutient, le récompense et, pour ainsi dire, l'achève. Ainsi, quand il s'agit de Dieu, qui est l'Être infiniment parfait, l'aimer et, en l'aimant, trouver en lui notre perfection et notre félicité, c'est tout un. L'amour pur et désintéressé des quiétistes est une chimère. Tout amour est intéressé en ce sens que celui qui aime ne peut détruire en lui-même le désir naturel et invincible du bonheur, et qu'en aimant il est heureux. Mais le véritable amour est désintéressé en ce sens qu'il a pour fin l'objet aimé, qu'il s'y repose, et même d'une certaine manière s'y oublie, non qu'il perde la conscience de lui-mêiîie, mais parce qu'il est tout à ce qu'il aime et au plaisir d'aimer ^

1. Si dans ce résumé je ne me suis pas toujours servi des mots mêmes de Malebranche, c'est pour rendre sa pensée avec plus de précision et de netteté.

On le voit, le P. Laniy a amené Malebranche à dire son avis sur la question qui a divisé Bossuet et Fénelon, et tandis que le P. Lamy soutient et parfois exagère l'opinion de Fénelon, c'est du côté de Bossuet que Malebranche incline ^

Je ne puis quitter notre ardent bénédictin, sans faire remarquer avec quel zèle il a soutenu la théorie des causes occasionnelles. Il a été si loin que Leibnitz a pu lui dire : < Celui qui soutient que Dieu est le seul acteur, pourra aisément se laisser aller jusqu'à dire, avec un auteur moderne fort décrié, que Dieu est l'unique substance et que les créatures ne sont que des modifications passagères ; car jusqu'ici rien n'a mieux marqué la substance que la puissance d'agir 2. » Cet auteur moderne fort décrié dont parle Leibnitz, c'est Spinoza. Or, précisément le P. François Lamy a composé une réfutation de Spinoza. C'est encore un trait de ressemblance entre son maître et lui que cette horreur du spinozisme avec des principes qui logiquement

1 . tt L'amour désintéressé, dit Leibnitz^ nous fait avoir en vue le plaisir d'autrui, mais comme faisant ou plutôt constituant le nôtre ; car, s'il ne rejaillissait pas sur nous en quelque façon^ nous ne pourrions pas nous y intéresser, puisqu*il est impossible, quoi qu'on dise, d'être détaché du bien propre. » Nouveaux essais, liv. II, ch. xx. Voyez encore Epist. ad Hanschium (Erdmann, p. 445), g 6 : a Deum amaniibus félicitas inde propria nascitur, » et le reste ; — Senliment sur V amour de Dieu désintéressé, 1697, et Lettres à Vabbé Nicaise^ 1698 et 1699. (Cousin, Fragm. de philos, mod., Repartie, p. 166, 17^ $t 189.)

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