Méditations y citées plus haut, v
3. La théorie du P. Roche, qui est à peu près celle de Malebranche, a été discutée et réfutée par l'abbé de Lignac, dont nous parierons tout à l'heure.
lue, sa simplicité, son immortalité, perfections que les divins archétypes lui découvrent clairement, et que jamais le sentiment intérieur ne lui fera voir ^ »
M. de Kéranflech, dans son Essai sur la raison^ ^ reproduit avec une certaine originalité la théorie des idées et la vision en Dieu, répète avec Malebranche que la raison est de nature divine, et s'écrie : c Je vois bien maintenant pourquoi il faut respecter la raison, mais je ne voyais pas pourquoi il fallait respecter nos propres modalités. Je craignais d'imiter en cela le statuaire de Jupiter, qui redouta son propre ouvrage, et trembla misérablement devant l'image qu'il venait de faire. >
On pourrait citer d'autres noms encore, mais nous en avons dit assez pour montrer que Malebranche a eu, en plein xviii^ siècle, des adeptes et des disciples qui ont apposé sa philosophie aux doctrines régnantes. Nous n'avons plus à parler que de l'abbé deLignacet du cardinal Gerdil, qui méritent l'un et Tautre une attention particulière.
§ II. L*abbé de Lignac.
L'abbé de Lignac n'a pas pour Malebranche un
1 . Passage remarquable du 2« volume du Traité de la nature de l'âme, p. 425, cité par M. Bouillier, Hist. de la philos, cartes. ^ t. II, ch. xvn.
2, Essai sur la raison ou nouvelle manière de résoudre une des plus beUes et des plus difficiles questiom de la philosophie moderne ^
1768. Voir M. Bouillier, Hist.de la philos, cariés», t. 11^ ch. xxxi.
culte exclusif. C'est une sorte d'éclectique qui se compose une philosophie sage et tempérée, avec laquelle il réfute les erreurs de son temps *. Il nous raconte lui-même combien le système de la vision en Dieu l'avait d'abord charmé, et combien il avait eu de peine à s'en déprendre : « Cette opinion, saisie dans sa plus grande généralité, m'élevait Tâme par la sublimité des expressions qui la font valoir dans les ouvrages du P. Malebranche ; mais pour peu que je voulusse l'approfondir dans les détails, je me trouvais affadi par un dégoût involontaire. J'imputais les mauvais succès de mes efforts à la médiocrité de mes lumières. Je lus Locke, et je trouvai le ton de sa philosophie si mesquin, qu'il m'affectionna encore plus à la doctrine du P. Malebranche au lieu de m'en détacher. Je pensais qu'elle était vraie, puisqu'elle ne pouvait être réfutée qu'aux dépens des caractères les plus brillants de nos idées, qu'au hasard de dégrader totalement l'homme et la raison. Je ne fus totalement désabusé que lorsque je tentai d'approfondir le fameux paradoxe du P. Malebranche, que nous n'avons point
1. Voir sur Tabbé de Lignac la thèse inléressante de M. Le Gôff, Paris, 1865. — Joseph- Adrien Le Large, abbé de Ligaac, né à Poitiers, au commencement du xviii« siècle, mort à Paris en 1762 , était entré, en 1732, à l'Oratoire, et avait plus tard quitté cette congrégation pour des raisons que l'on ne connaît pas. L'abbé de Lignac, comme Malebranche et les disciples de Malebranche, est un chrétien et un philosophe; et, comme dit fort bien M. Le Goff (Introd., p. x), a si sa méthode est philosophique, sa pensée est essentiellement chrétienne. »
d'idée de notre âme. En méditant profondément sur le sens intimé de mon existence, je pensais que ce sens ne m'annonçait pas un être quelconque, une substance abstraite et inconnue à moi-même, mais ma substance individuelle, identique dans tous les temps; je sentais que je ne devais pas l'être à moimême, et sentir cela, c'était sentir l'impression de la cause à laquelle je le devais, c'était me sentir un effet, et tel effet. Sur ces vues nouvelles pour moi, tout le plan delà métaphysique changea totalement à mes yeux, et le système des idées du P. Malebranche s'évanouit ^ >
Cette page peint bien Tabbé de Lignac : c'est une âme élevée qui ne saurait se contenter d'un système mesquin ; c'est un esprit qui sait se rendre libre des préjugés même les plus chers. Il lui faut une philosophie qui fasse honneur à l'homme et à la raison ; mais il lui faut une doctrine qui ne soit pas chimérique. Se tenir au-dessus d'un étroit empirisme et chercher dans l'expérience néanmoins le point de départ de toute connaissance, tel est le premier caractère distinctif de l'abbé de Lignac. Il y en a un second, c'est d'affirmer partout l'activité de l'âme sans cesser de la concevoir dans une profonde dépendance à l'égard de Dieu.
Ecoutez l'abbé de Lignac : il vous dira qu'il « faut