‹ La philosophie de Malebranche (volume 3)Chapitre 85 sur 98 · De Nat. Boni contra Manich.j cap. i, xviii; xix · texte numérisé non relu

De Nat. Boni contra Manich.j cap. i, xviii; xix

tant qu'elle demeure nature, » c'est-à-dire tant qu'elle n'est pas corrompue.

L'union d'une personne divine a la créature n'est donc pas nécessaire pour la rendre digne de la peine que Dieu prend de la créer. Et d'ailleurs, la théologie réclame, nous le savons, contre une opinion qui, en rendant l'incarnation nécessaire, bouleverse le dogme; et la raison philosophique s'étonne qu'on ose indiquer à Dieu la voie qu'il devait suivre, sous peine de n'agir plus en Dieu. De ce que le monde est d'une certaine façon, en conclure qu'il ne pouvait être autrement, c'est mal raisonner. Mais ceci nous amène à examiner de ptès cette seconde question: Dieu, se décidant à créer, ne peut-il créer que le meilleur monde possible ?

Je commence par remarquer que c'est encore une fois confondre le créé et le divin que de soutenir cette opinion. Si Dieu ne peut produire que le meilleur. Dieu ne peut produire que ce qui est, et voilà que ce qui est devient nécessaire. L'univers existant était le seul qui pût exister, puisque tout autre étant inférieur en beauté , en grandeur, en perfection. Dieu ne pouvait le choisir sans commettre une faute. Ainsi on lie la liberté divine, et la puissance de choisir qu'on lui laisse est dérisoire. Répétons-le encore, la liberté divine, considérée dans son rapport avec les créatures, doit consister.

comme la nôtre, dans un vrai choix. Et pourquoi? parce que les créatures, ainsi que nous venons de le voir, nVnt qu'une perfection limitée. On doit donc dire que Dieu ne peut pas ne pas s'aimer infiniment lui-même, et qu'il ne peut pas ne pas mettre à chaque chose son prix : le contraire serait en Dieu une erreur monstrueuse. Mais on ne peut jamais dire d'une chose créée que Dieu ne pouvait pas ne pas la choisir; car une chose créée n'étant pas toute parfaite n'a rien qui puisse arrêter en elle la volonté de l'être tout parfait. Il y a entre les choses des différences, et Dieu les voit comme nous, et beaucoup mieux que nous ; il y a entre les choses une hiérarchie, divers degrés de perfection relative, et Dieu connaît cette subordination et l'observe. Mais que dans la série des possibles il y ait un terme au delà duquel rien de mieux ne puisse être, que l'ensemble des créatures ait une beauté telle que le regard divin lui-même n'en aperçoive pas de plus grande, cela n'est pas admissible. Et qu'on ne dise point qu'en parlant de la sorte, nous imitons ceux qui « alléguant l'expérience pour prouver que Dieu aurait pu mieux faire, s'érigent en censeurs ridicules de ses ouvrages ^ » Nous nous gardons bien de « critiquer le procédé de Dieu. » Nous ne croyons point que notre courte et étroite expérience nous

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