‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 22 sur 93 · Rép, au premier litre des Réflex.y lettre II · texte numérisé non relu

Rép, au premier litre des Réflex.y lettre II

pas dire que Dieu forme tous les jours par des volontés particulières les plantes et les animaux : tous les germes ont été créés en même temps que le monde; et, en conséquence des lois du mouvement, ils croissent et se développent. Prétendre que Dieu ne veut pas positivement chaque chose en particulier, ce n'est pas soutenir que certains effets échappent ou à sa prévoyance ou à sa puissance : il veut toute chose qui existe, puisqu'il la fait être ; et en ce sens-là on peut même dire qu'il la veut positivement; mais il ne la veut pas pour elle-même, isolément, indépendamment de tout le reste : il ne la veut que liée à l'ensemble des choses, et comme une suite nécessaire en un sens, mais prévue et voulue, des lois générales qu'il a établies dans sa sagesse ^ Dieu est la vraie cause, la seule cause de tout ce qui est; mais Dieu qui fait tout et règle tout, agit suivant des lois générales. Arnauld s'imagine que tout ce qu'on dit de la sagesse du Créateur limite sa puissance. Il ne comprend pas que les lois générales de la nature et de la grâce ne sont rien hors de Dieu : elles ne sont que sa volonté constante, sage, réglée par la raison; et la raison, c'est Dieu même. Ainsi Malebranche repousse toutes

1. Rép. à une Dissertai, de M, ArnatUd conXre un éclairciss* du Traité de la nature et de la grâce. « Dieu fait tout comme cause véritable ou efficace. » Ch. vu et viii. — « Dieu n'agit ordinairement qu'en conséquence des lois générales qu'il a lui-môme établies. » Gh. IX et X.

LES CKITEQUES DE HALKBRANCUE. 51

les accusations, rélablit ses intentions méconnues, et maintient son système mal compris.

Pour nous, témoin attentif de ce débat, nous remarquons d'abord ce que nous avons déjà signalé dans la critique de la Théorie des idées : Ârnauld veut avoir trop raison. Il tire parti des moindres défaillances et des plus pardonnables méprises de son adversaire ; il déploie, dans cette minutieuse recherche des détails répréhensibles ou suspects, une perspicacitémerveilieuse ; maiscela même ■ le rend aveugle sur bien des choses excellentes, etlui fait porter des jugements injustes. Une proposition étant énoncée, il la tourne et retourne en tout sens, puis avec cette puissance de dialectique qui lui est propre, il en fait sortir toutes les conséquences dangereuses ou décidément mauvaises qu'elle peut renfermer. Il n'y aurait peut-être qu'un mot à changer pour bien prendre la pensée de l'auteur : peu Importe; Arnauld s'attache au sens litléral. Mais dans ces matières si relevées et si délicates où il faut exprimer avec des mots humains des choses divines, est-il donc facile de trouver des propositions d'où une logique pressanteet hostile ne puisse tirer quelque fâcheuse conséquence? Et quand on parle d'un des attributs de Dieu, est-il aisé de n'en rien dire qui paraisse contredire ou du moins diminuer les autres? Arnauld juge etcondamne comme s'il était infaillible. A-t-il donc le secret des propo-

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sittons parfaitemeDt nettes et précises, et croit-il tous ses principes inattaquables et toutes ses formules sûres ?

Il a raison d'accuser Malebranche de témérité ; mais il se donne le tort de proscrire ou de paraître proscrire toute méditation philosophique sur lés desseins et les voies de la Providence ; et lui-même, après tout, quand il en appelle au bon sens et qu'il remet avec tant de soin sous les yeux de ses lecteurs la véritable notion de Dieu', que fait-il si ce n'est -'- consulter la raison souveraine et de la prendre IV juge avec cette confiance qu'il raille si fort is les méditatifs?

.1 s'iaquièteà juste titre de la tendance manifeste Malebranch&à ne pas tenir compte des détails : is il semble, lui, ne pas tenir toujours assez de npte de l'ensemble, et il ne détermine pas nettent en quoi la Providence divine est particulière, quoi elle est générale ^.

. Il y en a un bel exemple dans les lié/lex. philos, et Ihéol., II, II. Arnaulil dit lui-miime qu'il va eo coarormer k iK règle posée Ualobranche , il va consulter l'idée de l'Être inlinimenl partait, : toute l'atlenliDn dont il est capable. C'est Id qu'il explique la ition par la.bonlâ divine.

. Arnauid dit que • Dieu agit par des volontis paniculières selon (atj générales, n et que d'ailleurs Dieu n'agit pas toujours selon lois génârales. C'est bien. Mais enGn, daos le inonde moral, Ar- Id reconnatt-it, oui ou non, des lois générales? Par moments, il le comme si là il n'y en avait point. Et puis quelle dilférenco faut-il e entre les lois générales qu'il n'admet pas volontiers, et ce des- 1 d'ensemble qu'il reconoatt si souvent? C'est ce qu'il importerait Lpliquer, et ce qu'il n'explique pas. J'ai donc raison de dire que Le cette théorie n'est pas suffisamment nette.

Il reproche avec raison àMalebranche de présenter les effets particuliers comme des suites nécessaires des lois générales; mais, s'il repousse la nécessité, il ne réussit pas toujours à exclure de la volonté divine l'apparence au moins du caprice et de l'arbitraire.

Ainsi Arnauld, habile à saisir le vice des pensées de son adversaire, les combat à outrance^ en sorte qu'il rejette ou semble rejeter les vérités qui s'y mêlent ; or, il ne peut les repousser entièrement sans erreur, et il ne peut les reprendre sans inconséquence. Tels sont les inconvénients d'une critique exagérée.

Mais élevons-nous au-dessus de ces détails : indiquons nettement les points qui nous paraissent victorieusement établis contre Malebranche.

1* II ne faut pas t mettre le principal de la sagesse de Dieu à agir par les voies les plus simples, et soutenir qu'il ait dû nécessairement ou du moins infailliblement préférer un dessein moins parfait à on autre plus parfait, parce que le premier se pouvait exécuter par des voies plus simples que le dernier*. > Le principe de la simplicité des voies, ainsi entendu, est chimérique : il choque le bon sens, car t les voies sont pour les ouvrages, et non les ouvrages pour les voies^; » il limite la liberté

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