‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 29 sur 93 · Ré flex. philos, et théoL, III · texte numérisé non relu

Ré flex. philos, et théoL, III

64 DBCXIËHE PARTIE. — CHAPITRE I.

l'un et l'autre la. liberté humaine, et ils la compromettent, l'un par sa théologie, l'autre par ses principes métaphysiques; ils proclament l'un et l'autre la bonté divine: mais ils la détruisent, l'un pour le plus grand honneur de la sagesse, l'autre par respect pour la puissance. Us méritent ainsi tons les deux les mêmes reproches, mais c'est par ttisons différentes. Si nous voulons aller jusfond de leur pensée, nous les trouverons, !'un ladé et préoccupé avant tout de la sagesse du eur, l'autre persuadé et préoccupé avant tout toute-puissance. Malebranche place le fondede la sagesse divine dans les vérités éter- 1 et dans l'ordre immuable; puis il voit que a du mal dans le monde, c'est qu'il est con- )le et bon qu'il y en ait; enfin il comprend le harmonie universelle relie tous les détails lioses. Gela est invincible à toutes les objeccela est impérissable. Mais dans ces hautes iératioQS, il a des éblouissements et des déices : il ne vent plus voir dans les effets parîrs que des suites nécessaires des lois généet il semble alors ôter à Dieu puissance, é, bonté, pour ne lui laisser qu'une chimérique ie. C'est cette exagération qu'ArnauId saisit nale avec une incomparable vigueur. Cette je.c'est « une fatalité plus que stoïcienne'. »

'[lex. philos, et Ikéol.

Si Dieu est nécessité par elle à créer précisément un tel ouvrage, et à le créer précisément par de telles voies, c'est la ruine de la liberté et de la toutepuissance du Créateur. Mais Arnauld, à son tour, entend-il bien cette liberté divine qu'il défend à si juste titre? ne confond-il pas ce qui est limite ou gêne avec ce qui est règle et loi? et, parce qu'il ne connaît pas bien la nature et l'origine des vérités étemelles, ne lui arrive-t-il pas, en prétendant af- •franchir de la fatalité la volonté divine, d'y faire régner, à la place de la souveraine raison, l'arbitraire et le caprice?

Ainsi les doctrines de Malebranche et d' Arnauld nous apparaissent comme se corrigeant mutuellement. Dieu est sage; mais sa sagesse n'exigeait point qu'il créât un tel monde, ni qu'il le créât par de telles voies. Dieu est libre, mais sa liberté se règle par sa sagesse. La Providence de Dieu est générale : car des lois, bonnes et convenables, sans être nécessaires, président au développement des êtres ; et un dessein unique domine tous les détails et les relie dans une magnifique harmonie. La Providence est, en un autre sens, particulière : car Dieu a la vue positive de tous les effets particuliers, et surtout il a de chacun des esprits un soin, et, si je l'ose dire, un souci spécial. 11 n'est donc pas simplement t l'auteur d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il

peut'. » 11 a en quelque sorte une application particulière à chaque individu; et c'est précisément cette connaissance de l'infime détail unie à la conception d'un plan universel, qui est le caractère divin de la Providence.

Fénelan, et la rérutation de l'oplimiame.

Qui s'attendrait à trouver Fénelon parmi ies critiques de Malebranche? Mysticisme allié aux exigences d'une raison sévère, goût pour la philosophie cartésienne, désir de la faire servir à la religion * :

1 . Bossuei, Orait. fun. de Marie-Thérèse. L'allusioD au système de Malobrancbe est évidente.

!. n Après vous avoir déclaré, Monsieur, combieD ]e suis docile û l'autorïté de la religion, je dois vous avouercombien je suis indocile à toute autorité de philosophie,, . On me cite Descarles', mais je réponds que c'est Descartes mSme qui m'a appris b ne croire personne sur sa parole. La philosophie n'étant que la raison, on ne peut suivre en ce genre que !a raison seule, " Lellres sur la métaphys. el la religion, IV. D'un outre cùlé <c nul homme, sans la grilca, n'aurait, [lar aes seules forces naturelles, toute la constance, toute la règle, toute la modération, toute la déflanco de lui-même, qu'il lui tliudrait pour la découverte des vérités mêmes qui n'ont pas besoin de la lumièrs "ipèrieure de la foi ; en un mot, cette philosophlo naturelle, qui irait ins préjugé, sans impatience, sans orgueil, jusqu'au iiout de la raim purement humaine, est un roman de philosophie. ■ Ibid.Vl, 3. lais il fuut que les hommes simples et ignorants eux-mêmes soient srsuadés do ta religion par des raisons droites et solides, quoiqu'ils B puissent pas expliquer avec précision el méthode ces raisons, ni ïftiter les objections subtiles qui les embarrassent {Ibid. VI, 2). Il iDt que les principaux théologiens oient une haute métaphysique '.tUre 2" flw cardinal de Noailles, 3). Ainsi, de quelque cûtS qu'on ivisage les choses, la raison et la foi s'accordent et se soutiennent

LES CRITIQUES DE MÂLEB&AXGHE. 67

tout cela est commun à l'un et à l'autre. Comme Malebranche, Fénelon se plaît aux spéculations métaphysiques, et il s'y engage'dans le même esprit : c'est la présence et l'action de Dieu dans le monde et surtout dans l'âme, qu'il veut montrer ; il scrute donc son intelligence et son cœur, et partout il découvre Dieu, Dieu qui l'éclairé par les idées, Dieu qui meut sa volonté et opère en lui, d'une certaine façon, le vouloir même. Dieu de qui il dépend et dans le fond de son être et dans toutes ses opérations* € Je trouve Dieu de tous les côtés, s'écrie-t-il ; il sort du fond de moi-même*. > A ses yeux, « les idées sont quelque chose d'existant et de réel, les idées sont Dieu*. > C'est d'elles que vient toute lumière; c'est en les consultant qu'on est sage, elles sont communes à tous les esprits, elles les éclairent, les instruisent, les redressent ; et Fénelon célèbre magnifiquement cette raison souveraine et infaillible, à laquelle tout ce qui pense participe, source éternelle et incréée de la vérité, soleil des intelligences, toujours présent quoique méconnu, maître intérieur, qui sans cesse nous parle et trop souvent n'est pasécouté*. C'est la doctrine de Mc-

Tane l'autre, la philosophie et la religion sont alliées et le prôlent un mutuel secours. Rien n'est plus conforme à la pensée de Malebranche.

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