‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 28 sur 93 · Ibid.^ II, ch. III · texte numérisé non relu

Ibid.^ II, ch. III

LES CRITIQUES DE MALEBRANGHE. 6i

que d'avoir montré TinsufiSsance et le va'gue de certaines formules métaphysiques très-séduisantes, et d^avoir su résister à la chimère par la force du bon sens appuyé sur la tradition théologique. Il y a plus : Ârnauld a résisté aux entraînements de sa propre nature et de ses propres opinions. Le janséniste a trouvé pour parler de la liberté humaine, du droit des créatures à notre amour, et de la bonté de Dieu, des paroles dignes d'admiration. 11 a vu que dans un système où l'esprit est déclaré incapable de se mouvoir, on ne peut conserver la liberté sans inconséquence; et appuyé sur le décret si net, si précis, si énergique du concile de Trente, il a rejeté la passivité de l'âme*. 11 a vu que défendre aux

1.' Arnauld est ici plus décida et plus explicite que dans le Livre des vraies et des fausses idées, •— Au moment oh parurent les Ri^ flexions philosophiques et théologig^ues , la théorie des causes occasionnelles fut combattue dans deux livres remarquables, provoqués par la polémique d*Amauld et de Malebrancbe. Pontenelle, dans ses Doutes sur le système physique des causes occasionnelles (1686)^ examine la question au point de vue de la matière et du mouvement: il fait voir que ce système ne fait agir Dieu ni par des voies plus simples et plus générales, ni plus en souverain, que le système commun ; que Dieu, selon Malebrancbe, fait le monde imparfait, pour le fai>e simple, au lieu de le faire d*abord parfait, puis après le plus simple possible : ce qui est peu sage; enfin que reconnaitre dans les créa* tures corporelles une force mouvante réellement distinguée de Dieu, ce n'est pas diminuer la toute-puissance divine, pas plus que de leur attribuer une existence distincte do celle du Créateur. « Tout ce que vous me direz contre la force des créatures, je vous le rétorquerai contre leur existence. » M. de Viilemandy, dans son Traité de Peffl" cace des causes secondes (Leyde, 1685), examine sans aucun esprit de dispute le système des causes occasionnelles, et admet Tactivité dos corps et l'activité des esprits. 11 montre T&me active dans la pensée et dans la volonté, dirigeant et appliquant ses facultés, a le tout sous la direction de Dieu et avec son concours immédiat, mais pour-

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hommes d'aimer les créatures sous prétexte qu'elles sont dépourvues de toute efficace, c'est ruiner par une métaphysique suspecte et une piété mal entendue Tordre naturel, et au nom de la saine morale il a protesté éloquemment. Enfin, il a vu que la bonté divine était néghgée et compromise dans ces théories qui font Dieu si attentif h la simplicité des voies où semble consister toute la sagesse, et si soucieux de se procurer en créant un honneur digne de sa majesté infinie; et à l'aide de saint Augustin et de saint Thomas', il a montré dans un simple et noble langage Dieu souverainement parfait se communiquant non par besoin, mais par plénitude et abondance, et créant, parce qu'il est bon, des êtres qui participent à sa perfection comme à leur principe et y tendent comme à leur fin.

Nous applaudissons, sur tous ces points, aux s heureux d'Arnauld, et nous recueillons ses rques judicieuses. Mais nous ne nous dissimu-

ec beaucoup de tiberli et quelque espèce d'indépendance. » I) 'inconséquence de Maleliranclio qui donae aux esprits, dépour-

loute eflîcace, la force d'anûler sur un objet particulier le nent que Dieu leur imprime vers le bien en général. Au lé- ;ge de Baylo (,Nouv. de la Rép. des lettres, août 1086, an. G), «la est bien prouvé; n ce qui no veuL pas dire, ajoute le sceplile* les arguments soient incontestables, » et do nature ù con- : les carlûsiens, <i Tort dtllicilcs à conlenler en Tait do preuves. <> éflex. philos, el ihiol,, II, eh. ii. Après avoir exposé t'opinion lebranche sur le molir de la crOaiioD, Arnauld s'écrie : liomns, dans son stylo simple, me paiatt bien plus grand et us élevé, n El il cite do foi-l beaux textes {Summa Iktol. V,

art. 2; q. xLrv, art. 4), Il cilo aussi un beau texte de S. Au- (/leGensM, I, v).

Ions pas combien sa pensée demeure incomplète. Elle n'a pas, si je l'ose dire, de profondes racines dans une grande métaphysique. Le bon sens natarel, servi par les nécessités du combat, lui fait dire des choses excellentes sur la liberté, sur la morale, sur la bonté divine. Mais dès qu'il touche à la question de la grâce, il compromet singulièrement cette activité qu'il vient de supposer dans l'âme ^ Quand il parle de la nature et de l'origine de la loi du devoir, il méconnaît l'universalité et l'immutabilité des principes moraux et ne conserve que par une inconséquence une loi naturelle et une justice naturelle^; enfin, quand il expose la prédestination telle qu'il l'entend , il ne tient point [de compte de là bonté divine , et si en prêtant à la Providence des duretés choquantes, il ne les explique point, comme Malebranche, par les exigences d'une sagesse scrupuleuse, il semble n'en trouver d'autre raison que la volonté souveraine et indépendante du Tout-Puissant, ce qui assurément ne donne point de la perfection et en particulier de la bonté de Dieu une idée plus relevée ^. A vrai dire, Âmauld et Malebranche reconnaissent

1 . Alors il laisse à Tàmo si peu do liberté que Malebranche lui oppose ce môme canon du Concile de Trente que nous citions plus haut. Voyez aussi l'usage que Malebranche fait de ce canon contre Boursier, janséniste, Ré/lex, sur la prémol, phys,, § 3.

2. Règles du bon sens, réplique au P. François Lamy, au t. IVc des Œuvres complètes d*Ârnauld.

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