‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 49 sur 93 · Quatriôme lettre, vers la fin · texte numérisé non relu

Quatriôme lettre, vers la fin

pas aussi si l'étendue intelligible est la même que

l'étendue subsistante dont les corps sont les modi-

ficatioDs, ou si elle ne l'est pas. II me semble quel-

"'"■'"ïs que par cette dernière vous entendez l'é-

! créée, que vous expliquez par les noms de

e, d'extension locale, etc. ; et que par la pre-

vous entendez tantôt ce qu'il faudrait en-

: par la seconde dans la signitication la plus

ille, et tantôt le concept général d'étendue,

,t Yarchéiype de toutes les idées des corps

ou entîn quelque autre chose que je ne sais

\ substance ou attribut ou mode, qui n'esl

mmensité divine, mais qui pourtant est en

ne peut mieux signaler les difficultés et les ■ités de cette théorie. Mais écoutons encore suit: c'est dans la troisième lettre; Mairau 1 aux explications de Malebranche.

ne saurais passer sous silence l'article qui e l'étendue et l'idée de l'étendue: c'est un lécisif entre vous et l'auteur en question, et les le seul que je sache, mon Révérend Père, ait bien senti l'importance, parmi tous ceux t traité les matières de théologie et de métaue. D'un côté, vous avez été convaincu quede l'étendue renfermait l'existence nécest l'infinité objective, et par conséquent qu'il regarder cette étendue comme une des per-

fectionset des réalités qui constituent l'essence divine ou de l'être infini et nécessaire. De l'autre, vous avez vu qu'on ne pouvait faire Dieu étei)du de l'étendue des corps, sans ruiner toutes les notions que la religion d'aujourd'hui nous en donne. Il a donc fallu chercher une théorie qui pût conserver à l'étendue ses propriétés, et satisfaire à tous les inconvénients qui peuvent s'en ensuivre. Pour le faire, vous avez admis en Dieu une étendue infinie et nécessaire, archétype de tous les corps, et vous l'avez appelée intelligible, parce qu'il n'y a que l'esprit proprement dit qui puisse l'apercevoir. Mais l'étendue des corps, vous la nommez créée, locale et sensible, parce qu'elle est finie, qu'elle frappe les sens et l'imagination, et qu'elle doit être par là hors de l'essence divine. Vous avez manié et tourné cette idée dans vos ouvrages de cent façons différentes... Mais j'ose vous dire, mon Révérend Père, que, si vous voulez bien faire attention aux raisons que j'ai... pour ne pas la recevoir, vous trouverez peut-être que je n'ai pas tout à fait tort... Ce que vous appeler étendue intelligible n'est, à la rigueur, et selon toutes les propriétés que vous lui attribuez, que l'étendue proprement dite, ou la substance dont votre étendue créée n'est autre chose que la modification. »

Voilà qui est net, et Mairan développant sa pensée, prétend prouver manifestement que l'étendue

intelligible, dans Malebranche, et l'étendue, attribut de la Substance unique, dans Spinoza, ne sont qu'une seule et même chose. L'étendue intelligible est infinie, nécessaire, éternelle ; elle est chose réelle et subsistante ; elle est Dieu même, d'une certaine nière : Malebranche le proclame. Mais qu'est-ce ! cela veut dire? sinon qu'elle est ce à quoi les ps participent, ou en d'autres termes qu'elle est Dieu cette perfection positive, cette réalité ine, que les corps expriment, et sans laquelle ils :eraient point, enfin qu'elle est en Dieu infiniit et parfaitement ce que sont les corps d'une lière finie et imparfaite. Dira-t-on qu'elle n'est l'idée que Dieu a de l'étendue? alors elle n'est s réalité, elle n'est que pensée : mais pensée de >i? Dieu n'ayant rien en soi qui puisse être l'obde cette pensée, rien n'existant au dehors que a puisse voir en ayant cette pensée, que pense-t- D pensant l'étendue ? rien : voilà donc une idée s idéat, c'est-à-dire une idée sans objet, c'estire une absurdité. D'ailleurs, si l'étendue intellile n'est que la pensée de l'étendue, que devienit tant de textes où Malebranche la donne trèstainement comme quelque chose de plus? Oui, I est vrainient quelque chose de plus, elle est la istance même de Dieu, représentative des corps )articipable par eux ; elle est donc commune à s les êtres matériels, elle est leur fond et leur

être. En vain essaie-t-on de distinguer d'elle une étendue créée, qui serait une substance, substance finie et imparfaite ? Que met-on dans cette étendue créée qui ne soit dans l'étendue intelligible, et quel caractère donne-t-on pour les discerner? Tout ce qui constitue les corps, tout ce qui entre dans leur essence, tout ce qui fait leur réalité, appartient à l'étendue intelligible : l'étendue créée n'a rien à elle que ses limites; comment serait-elle quelque chose de substantiel, existant d'une existence propre et distincte? elle n'est qu'utie modification de l'étendue intelligible, essence et substance de tous les corps ^ .

Contre cette déduction Malebranche se révolte. U dit qu'il ne faut pas confondre les idées et les choses, l'essence et Texistence. L'idée peut être sans idéat, c'est-à-dire sans objet qui lui réponde. L'idée, c'est le type ou le modèle, il se peut que rien n'existe qui soit conforme à ce type ou à ce modèle. L'idée, c'est ce qui est ; l'idéat, c'est ce qui est fait. L'idée est réelle, mais d'une réalité intelligible et divine ; l'idéat est réel, mais d'une réalité créée. L'étendue intelligible ne suppose donc point l'existence de substances étendues ou de créatures matérielles. Dire qu'elle est nécessaire et infinie, dire qu'elle est Dieu même, c'est reconnaître

1. Nous pensons avoir résumé fidèlement, quoiqu'on termes parfois différents, les difficultés de Mairan (3« et 4« lettres).

une Raison sou veraine qui renferme toutes les idées des choses, ce n'est pas le moins du monde supposer une substance universelle dont les corps ne seraient que des modifications. L'étendue intelligible est l'archétype des corps, et en ce sens elle est ce qui les constitue, elle est l'essence qui leur est commune à tous ; mais chaque corps est un être, une substance^ une réalité finie et créée ; et cela le distingue parfaitement de l'étendue intelligible, infinie et incréée ^ •

Malebranche a raison de dire que Mairan, avec Spinoza, confond l'essence et la substance. Mais la question est de savoir si lui-même a dans sa théorie, poussée jusqu'au bout, le moyen de justifier la distinction qu'il maintient énergiquement. L'idée ne suppose point un idéat : cela est expliqué fort nettement. Mais si l'idée est en Dieu la pensée de ce qui n'est pas, c'est que Dieu peut faire ce qui n'est pas, et si Dieu peut faire ce qui n'est pas, c'est que Dieu possède une perfection que ce qui n'est pas, exprimerait si Dieu le faisait être. L'idée préexiste à toute créature, mais l'idée suppose une réalité ihcréée qui est la substance divine elle-même. C'est ce que Malebranche établit partout; c'est ce qui lui fait dire que la substance divine est représentative des êtres matériels et participable par eux ; c'est ce qui lui fait soutenir que Dieu est étendu, non

Page 1