‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 53 sur 93 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

C'est encore une manière d'apprécier la philosophie de Malebranche que de la considérer dans ceux qu'elle a touchés de son influence. Deux caractères communs se retrouvent chez les philosophes qui lui font bon accueil, s'en inspirent, ou la professent. Ils croient à Taccord de la raison et de la foi, et ils s'appliquent à la philosophie et aux sciences dans une pensée morale et religieuse, avec le dessein de resserrer les liens de dépendance qui unissent la créature à Dieu. Voilà le premier trait. Ils croient à une lumière universelle qui éclaire les esprits, à une Raison souveraine où la vérité subsiste, et ils admettent entre cette Raison divine et l'esprit humain une intime et incessante communication, qu'ils entendent d'une façon ou d'une autre, mais

par laquelle seule, à leur sens, nous sommes raisonnables. Voilà le second trait. Sur tout le reste, les divergences se produisent plus ou moins profondes, plus ou moins saillantes. Ces deux points sont seuls essentiels.

De grands esprits, supérieurs ou égaux à Maiebranche, lui doivent quelque chose ou même beaucoup, mais ils ne subissent pas son ascendant. Us pensent avec lui, et, dans une certaine mesure, comme lui; mais ils demeurent libres et originaux.

Parmi les disciples proprement dits, les uns reproduisent avec conviction et avec amour la doctrine du maître, et n'y changent rien : ce sont les fidèles. Les autres conservent plus d'indépendance : charmés mais non fascinés, ils s'essaient à penser à leur manière, et, entre leurs mains, le système se modifie. Ici encore deux caractères différents se rencontrent : les ardents et les téméraires exagèrent les théories qu'ils adoptent et les poussent à leurs extrêmes conséquences ; les sages et les modérés tempèrent la doctrine de leur choix, l'assagissent, et savent, par une critique respectueuse, ici, se garder d'un excès, là^ corriger une erreur.

Il y a de l'intérêt à voir cette philosophie s'approprier ainsi aux divers esprits qui s'en déclarent les adeptes ou qui simplement s'en inspirent, se concilier chez eux avec des dispositions et des hu-

cours? Un disciple de Malebranche, le bénédictin

dont Lamy.

ème, nn confrère de Malebranche a maître en théologie, le P. Thoassi la théorie des idées et la vision îUes en Dieu. Platon et Plotin, les )l saint Augustin ne sont pas les int Thomassin dans ses Dogmes nfluence de Malebranche est visie soit jamais nommé ; et c'est une ne de voir dans celouvrage ladoulosophique et théologique appelée ; déposant en faveur des doctrines nouvelées par Malebranche. L'hisméprisée, travaille ici en son hon-

nême, l'influence de la philosophie sentir. Entre Berkeley et Maleissurément bien des différences ''.

ilogues entre /fylas et Philonoiis i vision en Dieu. Mais i! soutient jets immédiats de nos perceptions

avons dit de Thomassin, dans notre première

en 1684, et mort sealament en 1753. Mais le s de la connaissance humaine a été publia en mire Hylas el Philonoûs, en 1713, c'est-b-dire che. Berkeley a lui-même vu les ressembUo- ■c celle du grand philosophe JranEaJs, et il a les différmcea.

sont les idées, et que les idées sont en Dieu. € Ces objets immédiats, dit Philonoûs à Hylas, qui selon vous ne sont que des apparences des choses, ce que je fais moi, c'est de les prendre pour autant d*êtres réels, p Or, ces idées, qui sont des réalités, subsistent indépendamment de la perception que nous en avons ; et quand aucun esprit humain, quand aucun esprit fini comme le nôtre ne les connaîtrait, elles seraient encore. Des idées ne pouvant résider que dans un esprit, il y a nécessairement un esprit infini qui en est le siège, qui les aperçoit toutes éternellement, sans intermittence, sans défaillance, et qui les communique à nos esprits bornés, suivant les règles qu'il a faites luimême, règles que nous appelons lois de la nature. C'est donc en Dieu que réside le monde des idées, et c'est Dieu qui, en agissant sur les âmes, y produit toute connaissance. Dès lors le monde extérieur ne sert à rien : Berkeley le supprime. En cela, il va beaucoup plus loin que Malebranche. Mais, à vrai dire, la vision en Dieu, aussi bien que l'hypothèse de Berkeley, rend les corps parfaitement inutiles, et dans les deux systèmes la logique en réclame la suppression. Ajoutons enfin que, de même que Malebranche croit rendre à la morale et à la religion un grand service en ôtant aux prétendues causes naturelles toute efficacité, Berkeley, ^i ôte aux corps non-seulement la pui33ance d'agir

m DEUXIÈME PARTIE. — CHAPIxaB II.

mais l'être même, espère ruiner par là l'athéisme et le matérialisme, et éteindre dans le cœur des hommes les folles passions excitées par les choses sensibles.

~ln Italie, Michel-Ange Fardella, né en 1650, mort 1718, doit être compté parmi ceux qui, sans être disciples de Halebranche, ont senti son innée. Fardelta d'ailleurs a passé à Paris trois ans, 1677 à 1680 : il a vu Malebranche, il s'est eotre- I avec lui. Ce penseur italien ne manque pas •iginalité: esprit vif, ardent, très-savant, et nmoins digne d'être compté parmi les médita~ , il met son empreinte aux choses qu'il puise au ors. Dans le grand ouvrage où, sous le nom de tt Augustin, il expose sa propre métaph^^sique, mœ humanœ natura ab Jugustino détecta, etc. , l'est pas précisément la vision en Dieu qu'il pte. L'âme unie intimement à Dieu son exemreetson principe, vivant en Dieu dont elle réduit en partie quelques perfections, ne peut ser sans penser Dieu, et elle découvre en elle i même parce qu'elle est de toutes parts enve- )ée et pénétrée de Dieu par qui elle est : Idea in ideam Dei veluti tota immergitur. Si je ne me npe, il y a entre cette théorie et celle de Leibquelque analogie. De même, sur la question de ature des corps, Fardella, selon les expressions jcibnitz lui-même, < donne fort dans la nouvelle

hypothèse. > Mais, s'il est vrai que les principes de la monadologie ont exercé sur son esprit une influence croissante, en 1697, il appelait encore la Recherche de la vérité un livre incomparable *, et prétendait qu'on ne peut prouver avec évidence l'existence des corps*; en 1698, il disait que Dieu est le lieu des esprits ^. Une parenté naturelle avec Malebranche, une admiration raisonnée pour ce grand philosophe, une certaine ressemblance de doctrines, voilà ce que la métaphysique deLeibnitz, en gagnant de plus en plus dans l'esprit de Fardella, n'y pouvait détruire, et ce qu'en effet elle n'y a point détruit *.

^ n. Les fidèles disciples.

Aucun des philosophes que nous venons de nommer ne relève directement de Malebranche. Le P. Bernard Lamy, oratorien, l'abbé de Lanion, Lelevel, Miron, sont de véritables disciples, non point sans mérite, mais sans originalité. Il ne faut pas mépriser ces esprits que j'appellerais médiocres si l'on voulait bien conserver à ce mot son sens vrai :

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