‹ La philosophie de Malebranche (volume 4)Chapitre 52 sur 93 · Cousin, loco citato, p. 70. Dixième lettre de Leibnitz · texte numérisé non relu

Cousin, loco citato, p. 70. Dixième lettre de Leibnitz

qui existe entre les deux systèmes et l'une des principales difFérences qui les séparent. Comme Maiebranche, Leibnitz croit Dieu assujetti par sa sagesse au choix du meilleur, et si la distinction entre la nécessité métaphysique et la nécessité de convenance, entre les vérités .éternelles et le choix de la sagesse, entre le principe de contradiction et celui de la raison suffisante, donne aux vues de Leibnitz une netteté que nous ne trouvons pas à un égal degré dans Malebranche, néanmoins, il y a sur ce point fondamental accord entre les deux philosophes : ils professent l'un et l'autre l'optimisme, et l'appuient sur les mêmes bases. Leibnitz ne laisse pas dans l'ombre la bonté divine, il ne la sacrifie pas à la sagesse, son dessein est de concilier tous les attributs divins entre eux, et, s'il n'y réussit pas toujours, du moins il fait effort pour y arriver. On peut bien trouver dans ses ouvrages des explications qui compromettent la divine bonté, mais on trouve à chaque instant des assertions qui la proclament hautement. Il prétend que Dieu a égard à tout, que rien n'est omis ni négligé dans le plan divin, que l'individu a son prix (un seul esprit vaut un monde), que tout est bon, non-seulement dans l'ensemble, mais même pour chacun de nous, si nous savons entendre les choses et entrer dans les desseins de Dieu^ Mais ce n'est pas iout.

1. Voir, outre les Essais de Théodicée, le Discours de méiaphy-

Combien le système de Leibnitz n'esfc-il pas plus ample et plus large que celui de Malebranche ! Comme la loi de continuité surtout jette une vive lumière sur l'ensemble des choses î Grâce à elle, tout se coordonne dans une vaste et belle hiérarchie. La nature, dépouillée de toute activité par Malebranche, reprend la vie ; les animaux, qui n'étaient plus que des machines, recouvrent le sentiment et des connaissances empiriques ; la vie présente, qui était sacrifiée à la vie à venir, a sa valeur et son intérêt ; les sociétés humaines, qui attiraient à peine les regards du philosophe épris de la société éternelle des esprits, ont leur grande place dans le plan divin et méritent d'en occuper une dans nos pensées et nos soins. Ainsi, tout ce que Malebranche avait frappé de mort revit dans Leibnitz, et les choses de l'éternité dominent tout sans anéantir ce qui leur est inférieur. C'est là vraiment que l'ordre physique, l'ordre moral et l'ordre surnaturel apparaissent liés dans l'harmonie. C'est ainsi que l'optimisme de Leibnitz nous paraît, et par la netteté des principes, et par la richesse et la variété des vues, bien supérieur à celui de Malebranche. Mais la même erreur fondamentale s'y retrouve: Dieu assujetti à produire le meilleur n'a plus la vraie liberté.

sique, (M. Foucher de Gareil, Nouvelles leUres tl opxucvies inédits de LeifmUz, 1857.)

166 DEUXIÉHK PARTIE. — CHAPITRE I.

Ainsi, grâce aux remarques de Leibuitz sur les sentiments de Malebrauche, grâce aussi à la com-

-son générale des deux philosophies, nous avons

ire avec Leibnitz une critique à peu près corades principales théories de notre auteur. s ce nouveau contrôle et cette nouvelle épreuve, levons- nous conclure?

r la question de l'essence des corps, Leibnitz ion de soutenir contre Malebranche que l'étenïst un attribut de !a matière, mais ne la conspas toute seule. Seulement il explique mal, sprit de système, la connaissance des objets riels : là, c'est Arnauld qui est dans le vrai, ur les vérités éternelles, leur nature, leur oriet la manière de les connaître, Leibnitz dit ce qu'il faut dire ; il est admirable de mesure : précision en même temps que de profondeur, ruine les causes occasionnelles en concevant les -ances comme des forces actives ; puis il relaies mêmes causes occasionnelles, ou quelque ï d'approchant, dans son système de l'harmoréétablie, parce qu'il ôte aux substances l'aci externe.

mme Malebranche, il affirme et se plattà mona sagesse de Dieu dans le monde : mieux que iranche, il essaie de faire la part de la liberté le plan divin et de sauvegarder la bonté ; il >fondit davantage les principes où il appuie

l'optiiAisme, embrasse bien plus de détails, a une vue plus nette, plus ferme, plus étendue des choses ; au fond, c'est le même système, et, à vrai dire, dans Leibnitz, comme dans Malebranche, le choix du meilleur asservit Dieu.

Rien de ce qu'il y a de bon dans Malebranche n'est attaqué par Leibnitz. Rien de ce qui s'y trouve de fécond n'est méconnu. Plusieurs erreurs sont corrigées, plusieurs vues vraies, mais incomplètes ou mal présentées, sont reprises, amé- ' liorées, développées. Mais deux principes faux, l'isolement des substances incapables d'agir les unes sur les autres, et le déterminisme, sont admis par Leibnitz comme par Malebranche, et amènent dans les deux systèmes des conséquences semblables . Cette impuissance des substances à agir les unes sur les autres, aucun des critiques de Malebranche ne l'a condamnée ; le déterminisme, Ârnauld l'a combattu, et Fénelon y a substitué une autre théorie, qui est la vraie.

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