Théodicée, ii
s'agit des esprits. II n'y a point d'être moral qui n'ait une valeur propre : n'est-ce point méconnaître le prix des âmes que de n'y voir que des matériaux entre les mains d'un architecte, si préoccupé de l'effet général, qu'il a un regard à peine pour ces pierres vives dont chacune, prise à part, est pourtant belle et excellente ? Leibnitz blâme Marc-Aurèle d'avoir dit qu'il fallait supporter les maux, vu qu'ils étaient nécessaires, non-seulement à la santé et à l'intégrité de l'univers, mais encore à la félicité, perfection et conservation de celui qui gouverne. € Un diligas oportet^ azépyuv yp'ày s'écrie-t-il, ne vaut rien : une chose ne devient point aimable pour être nécessaire.... Ce qui serait un mal pour moi ne cesserait pas de l'être parce qu'il serait le bien de mon maître, si ce bien ne rejaillit sur moi *. » Malebranche ne nous exhorte-t-il pas à nous résigner au mal, parce qu'il est nécessaire à la sagesse et à la gloire du souverain artiste ? Srépyeiv xp'î' Oui, adorez, chérissez ce Dieu, qui ne se dérangera pas pour vous sauver quand vous allez périr, qui soutiendra majestueusement le caractère de sa divinité en demeurant immobile, orépyetv ypri- Mais voici le solide principe dont Malebranche tient trop peu de compte : c'est que l'univers n'est pas seulement beau, qu'il n'est pas seulement bon, comme œuvre d'art, mais