IhiiL, I, ch. IV
3. Méclil. chréL, vu, 7. Dans les corps organisés, « tout est formé
cette explication seule capable de sauver la sagesse de Dieu? Enfin, posant en principe que Dieu fait tout immédiatement dans la nature corporelle, il dit pourtant que Dieu ne veut pas positivement tout ce qu'il fait : mais comment Dieu n'aurait-il pas donné positivement l'être, même à un monstre, le lui ayant donné immédiatement par lui-même^?
Une présomption qui risque d'être impie, des préjugés indignes d'un philosophe, des équivoques perpétuelles, de manifestes contradictions, tels sont les reproches qu'Arnauld ne cesse d'adresser à Malebranche. On devine la douleur et la colère du pieux méditatif Était-ce bien lui qu'il fallait accuser de présomption , lui qui ne reconnaissait point d'autre Maître que le Verbe divin, éclairant l'esprit par la lumière de l'évidence ou l'instruisant par l'infaillible autorité de l'Église? Et que prétendaitil être lui-même, sinon un humble disciple de l'éternelle Sagesse consultée dans le silence des passions, et un simple moniteur, attentif à rendre les autres capables de la consulter et de la suivre comme lui? Eh quoi! est-ce donc être téméraire que de rappeler sans cesse aux hommes que c'est à
dans un dessein déterminé et par des volontés particulières, . . Tout y est formé par des volontés particulières, car les corps organisés ne peuvent être produits par les seules lois de communications des mouvements. Les lois de la nature ne peuvent que leur donner peu à peu leur accroissement ordinaire. » Arnauld cite ce passage, Réflex.pliilos. et tficoL,lt ch. IV.
l. Réflcx. philos, et tliéoJ., l, ch. ii, 4.
la Raison, laquelle n'est pas à eux, de régner et de décider en maîtresse ! Et s'il faut renoncer à juger de la conduite et de l'ouvrage de Dieu avec cette lumière qui vient de Dieu môme, quel renversement de toutes choses, et, sous le spécieux prétexte d'une humble et pieuse ignorance, quelle impiété* ! Quant aux préjugés, qui donc a, plus que lui, un soin constant de s'en préserver, et n'est-ce pas Arnauld au contraire qui en est trop souvent l'esclave et le défenseur? Oui, « que M. Arnauld juge de la Providence divine sur l'idée qu'il a d'une providence humaine, cela lui est permis s'il ne peut pas s'élever plus haut. Car il vaut mieux admettre en Dieu une providence humaine que de lui ôter toute providence. Mais qu'il nous laisse suivre, conduits et soutenus parla foi, l'idée d'être infiniment parfait-. » Et ces équivoques et ces contradictions qu'il prétend découvrir partout dans le système et qu'il signale d'un air triomphant, c'est sa critique hostile, c'est son esprit de chicane qui les crée : un peu d'attention désintéressée les dissipe. Dire que les lois générales du mouvement ne peuvent expliquer la formation des plantes et des animaux, ce n'est
1. Rép. au premier livre des Rêjlcx., lettre II. « Alors on soutiendra que la beauté que nous admirons dans l'univers est une chimère de notre esprit; car, en vertu de quoi trouverions-nous que le monde fût admirable, si nous ignorions absolument ou l'idée de la beauté ou les desseins du Créateur?. . . Nous pouvons donc remarquer des défauts dans les ouvrages de Dieu, non pas dans sa conduite. »