‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 20 sur 100 · Jbi(L, T, ch. I · texte numérisé non relu

Jbi(L, T, ch. I

dessus des jugements des sens et des opinions communes ; et « ce ne sont , dans ses écrits, que comparaisons prises des hommes, ou des pensées populaires et peu dignes d'un philosophe '. » Il représente Dieu comme un excellent ouvrier qui préférerait un dessein moins parfait à un autre plus parfait, parce que le premier peut s'exécuter par des voies plus simples que le dernier : comparaison fausse; car même parmi les hommes les excellents ouvriers ont avant tout en vue la beauté de l'ouvrage, et c'est leur impuissance seule et l'insuffisance de leurs ressources qui les forcent à songer à la dépense "^ Il est fort embarrassé à la vue de la pluie tombant dans la mer ou sur des sablons aussi bien que sur les terres ensemencées, et il trouve que c'est un désordre que la généralité et la simplicité des voies peuvent seules justifier : inquiétude puérile; car enfin la pluie n'a-t-elle d'autre usage que de faire croître nos récoltes? N'a-t-elie pas beaucoup d'autres effets que nous connaissons, et une infinité ^Fautres Cjue nous ne connaissons pas^? Ainsi, au nom de ces grands principes métaphysiques dont il fait tant de bruit, le philosophe ne juge bien souvent de Dieu et de son ouvrage que d'une façon purement humaine, il prête à l'Être infiniment parfait les imperfections et les faiblesses de l'homme,

t. Réflex. pliilos. et IhéoL, l, ch. n. 2. Jbid., I, ch. II.

.3. Ibid,^ I, ch. II, 3.

et, se proposant de lejaire agir vraiment en Dieu, il le fait agir moins bien que ne feraient parmi les hommes les plus sages et les meilleurs.

Aussi bien tous ces principes sont-ils fort peu clairs et fort peu nets^ Dieu est la cause universelle, Dieu ne peut agir que par les voies les plus simples, la conduite de Dieu doit porter les caractères de ses attributs : tout cela est équivoque. Il y a dans ces propositions je ne sais quoi de spécieux qui cause à Tesprit « une sorte d'éblouissement, » et un air de piété qui attire et qui trompe. Quand on les regarde avec quelque attention, on les trouve vagues et pleines de périls. L'auteur lui-même, qui les déclare si importantes et les croit si sûres, est si peu fixé sur leur vrai sens qu'il tombe dans de fréquentes contradictions. Proclamant comme une chose incontestable que les volontés générales sont bien plus dignes de Dieu que les volontés particulières, il attribue néanmoins à des volontés particulières la formation du monde : Dieu peut donc agir d'une manière sage et parfaite, et ne pas agir par les voies les plus simples-. R.épétant partout que les volontés générales peuvent seules expliquer les irrégularités et les désordres, il reconnaît cependant que dans les plantes et les animaux tout a été formé par des volontés particulières ^ : que devient alors

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