Traité de C existence de Dieu, I, ch. ii
3. Dans ce qu'on est convenu d'appeler la seconde partie du Traité de L'existence de Dieu, il y a assurément une certaine intempérance métaphysique : cependant, là même, la vision en Dieu est présentée sans les exagérations que nous trouvons dans Malebranche. Qu'on médite ce passage remarquable : « L'objet immédiat de toutes mes connaissances universelles est Dieu même, et l'être singulier, ou l'individu créé, qui ne laisse pas d'être réel, quoiqu'il soit communiqué, est L'objet immédiat de mes connaissances singidières,' Ainsi je vois Dieu en tout; ou, pour mieux dire, c'est en Dieu que je vois toutes choses... Cette connaissance même des individus, où Dieu n'est pas l'objet immédiat de ma pensée, ne peut se faire qu'autant que Dieu donne à cette créature l'mtelligibilité, et à moi l'intelligence actuelle.. C'est donc à la lumière de Dieu que je vois tout ce (^ui peut être vu. » Traité de L'existence de Dieu^ II, ch. iv,
le système : vous verrez que la réserve est extrême. Je ne dis pas assurément qu'il n'y ait pas d'erreur dans la métaphysique de Fénelon , mais je crois qu'il n'a manqué vraiment de mesure que dans sa doctrine sur le pur amour *. Tout le reste est à peu près exact.- Fénelon sait s'arrêter. Il ne prétend pas rendre compte des desseins de Dieu. Après avoir parlé de la manière dont Malebranche essaie de concilier la volonté que Dieu a de sauver tous les hommes et la perte de tant d'âmes : « Ne vaut-il pas bien mieux se taire, s'écrie-t-il, et avouer son impuissance d'expliquer ce profond mystère, que d'en donner une explication si insoutenable^? » Et plus haut, il avait dit : « Je n'ai garde de blâmer l'auteur quand il prétend que nous connaissons certains conseils de Dieu, ou révélés à son Église, ou manifestés par le bel ordre de la nature; mais je tremble pour lui quand je lui entends dire que le Verbe communique sans réserve tout ce qu'il possède en qualité de Verbe et de sagesse éternelle, quand on l'interroge par une attention sérieuse. Tout philosophe qui aura cette pensée, doit croire qu'il ne tient qu'à lui de rendre raison de tous les desseins de Dieu, ou plutôt d'en faire rendre raison à Dieu même en l'interrogeant^. »
1. Et sur ce point, c'est Malebrariche qui le redresse. C'est ce que nous ven ons en parlant du P. François Lamy.