‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 43 sur 100 · Nouv. de la Rép. des Lelt., avril 1685, art · texte numérisé non relu

Nouv. de la Rép. des Lelt., avril 1685, art

2. Continuation des pensées diverses, ch. lvi (t. II, p. 265).

curieux et plus décisif. S'il y a dans la philosophie de Malebranche un point bien établi, c'est l'origine des vérités éternelles, rattachées, non à la volonté, mais à la substance même de Dieu. Bayle se prend à penser qu'au point de vue de la religion il y aurait de grands avantages à soutenir, comme M. Descartes, que Dieu est la cause libre des vérités et des essences. Ce dogme préviendrait les rétorsions des Stratoniciens ou philosophes qui admettent une nature universelle, et prétendent se passer de Dieu ; ce dogme servirait merveilleusement aux missionnaires de la Chine pour étonner les Chinois, les faire taire, et ruiner cette nature qui tient chez eux aussi la place de Dieu. Mais ce dogme est-il certain? Il soulève des difficultés jusqu'à présent insolubles. Cependant, ajoute Bayle, « cela ne me décourage point ; je m'imagine, comme ont fait d'autres philosophes en certains cas, que le temps développera ce beau paradoxe. Je voudrais que le P. Malebranche eût pu trouver bon de le soutenir, mais il a pris cT autres mesures. » Yoilà Bayle, au naturel, jouant avec la vérité ; et il continue faisant ressortir les difficultés de l'opinion qu'a soutenue Malebranche. « S'il y a des propositions d'une éternelle vérité, qui sont telles de leur nature et non par l'institution de Dieu, si elles ne sont point véritables par un décret libre de sa volonté, mais si au contraire il les a connues nécessairement véritables

parce que telle était leur nature, voilà une espèce à^fatain auquel il est assujetti, voilà une nécessité naturelle absolument insurmontable*. » Et ailleurs, c'est précisément cette opinion que Bayle expose avec une sorte d'éloquence, la prenant enfin ou paraissant la prendre pour son propre compte. « Dieu existe par la nécessité de sa nature infinie. Sa puissance et sa science existent par la même nécessité. Il a des idées éternelles et indépendantes des décrets libres de sa volonté... Prenez garde, je vous prie, qu'en remontant par nos abstractions à cet instant idéal où Dieu n'a encore rien décrété, nous trouvons dans les idées de Dieu les principes de morale sous des termes qui comportent une obligation. Nous y concevons ces maximes comme certaines et dérivées de Tordre éternel et immuable. » Et c'est le fondement de la justice naturelle et de la distinction essentielle du bien et du mal ^.

Maintenant, que la lutte s'engage entre Malebranche et Arnauld sur la théorie des idées, sur la Providence générale, sur la grâce, quelle bonne fortune pour Bayle, et comme il suivra le combat d'un œil attentif et curieux! Dans ses Nou^^elles de la République des Lettres, il annoncera tous les écrits des deux adversaires : il en fera très-exactement l'analyse, ayant à cœur de les faire con-

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