‹ La philosophie de Malebranche (volume 5)Chapitre 48 sur 100 · Ce passage remarquable est à la page · texte numérisé non relu

Ce passage remarquable est à la page

118 DEUXIÊl^IE PARTIE. — CHAPITRE I.

question de la Providence découvre assez ses intentions. Il n'a recours à aucune de ces fraudes pieuses, à aucun de ces ménagements qu'il condamne si fort : mais dans quel esprit s'en abstient-il? Est-ce véritablement parce qu'il croit que Dieu n'en a pas besoin? Ne veut-il pas plutôt se faire une arme contre la Providence de toutes ces difficultés si complaisamment étalées? Il métaux prises en Dieu la sagesse et la puissance, la puissance et la bonté ; il les montre se contrariant et se détruisant entre elles, et d'ailleurs également démenties et confondues par l'existence du mal ; il présente le manichéisme comme le système le plus naturel et le plus plausible, et l'insinuant sans cesse sans le soutenir jamais et sans en dissimuler les inconvénients*, il répète que l'origine du mal est une question hors de notre portée. « La philosophie, dit-il, peut sentir par là son fort et son faible. » Voilà ce qui pour lui est intéressant. « Quand elle charge le système des deux principes, ajoute-t-il, elle l'enfonce, elle le met en déroute, sans le pouvoir rallier; mais quand elle tourne ses batteries contre l'unité de principe, elle y fait des brèches qu'elle ne répare pas, quelque soin qu'elle s'en donne. Elle peut donc connaître que si elle a quelque force pour élever de's brouillards, elle est trop faible pour

1. Dictionnaire critique^ passim, et spécialement notes des articles Manichéens et Pauliciens,

les dissiper. » Et là-clessus il s'écrie : « Il faut qu'elle se détache de son esprit de dispute pour ne consulter que l'oracle de la révélation ^ » Conclusion pieuse qui ne peut tromper personne.

On le voit, sur la question de la Providence, Bayle est un adversaire de Malebranche. Il attaque sans cesse ses théories : non qu'il le nomme toujours, mais il songe sans cesse à lui (en même temps qu'à Leibnitz), quand il poursuit l'optimisme; et l'optimisme n'a jamais rencontré de critique plus acharné-, Yeut-on connaître tous les défauts du système de Malebranche? Ils sont là indiqués d'une main sûre. Voici un trait entre plusieurs: « Dieu, dans ce système, ressemble à un prince qui se pique de faire paraître son habileté plus que son amour pour le bien public"^. » Et cette sagesse même n'est-elle point rapetissée, puisqu'on la conçoit moins soucieuse de son ouvrage que de ses voies? Ainsi, chose étrange, la perfection de l'ouvrier repousse la perfection de l'ouvrage, et ne se manifeste que par l'imperfection \ D'un autre côté. Dieu n'est plus libre, s'il a dû créer le monde aussi parfait qu'il le pouvait: trois servitudes pèsent sur lui, s'il a été né-

Page 1