Voir la Défensey Préface
C'est donc Malebranche qui représente pour Gerdil la métaphysique, et cela parce que nul n'a mieux compris que Malebranche ces deux choses essentielles, à savoir : V qu'il y a des vérités immuables, éternelles, universellement connues, antérieures à toutes les données des sens, supérieures à notre esprit, vraiment naturelles, puisque ni l'éducation, ni la coutume, ni aucun art d'aucune sorte ne peut les expliquer, vraiment divines , puisqu'elles ont- pour origine et pour principe Dieu même ; 2'' que, si nous les concevons, ces vérités, ce n'est pas par notre propre vertu, mais par l'action même que Dieu exerce sur nous. Cela posé, l'esprit humain reprend en lui-même une légitime confiance. Il se garde de cette présomption téméraire qui consiste à juger résolument des choses qui passent notre capacité ; il accepte les vérités de la foi, qui ont pour garant l'infaillible autorité de Dieu, et où il découvre d'ailleurs, par une profonde méditation, de merveilleuses convenances. Mais il se garde d'un honteux et dangereux découragement. Il ose juger, appuyé sur les principes et éclairé par la pure lumière des idées. Il repousse vigoureusement l'erreur, il maintient énergiquement la vérité, il forme un système où tout s'enchaîne régulièrement, dans un ordre lumineux et
sûr ^
l. Voir la Défense^ Préface, et part. I, ch. i.
C'est ce que fait Gerdil.
Locke se demande si Dieu ne pourrait pas donner à la matière la faculté de penser, et ce doute l'empêche de croire l'immatérialité de l'âme démontrable : Gerdil le réfute \ Il commence par l'accuser d'inconséquence, lui opposant sa démonstration de l'existence et de l'immatérialité de Dieu : si ces arguments sont solides, ils établissent de même l'immatérialité de l'âme ; et si les raisons en faveur de l'immatérialité de l'âme sont insuffisantes, comment démontreraient-elles l'existence et l'immatérialité de Dieu '^ ? Puis, Gerdil examine en elles-mêmes les raisons par lesquelles Locke prétend justifier son doute ^ ; et il montre avec force qu'entre la matière et la pensée il y a incompatibilité essentielle, et que la crainte d'offenser la toute-puissance de Dieu en déclarant impossible l'existence d'un corps pensant, n'est qu'un vain scrupule * : car enfin, c'est une supposition absurde que de se figurer que Dieu peut ajouter indifféremment une qualité quelconque à une substance donnée ^.
La philosophie sensualiste nie ou conteste les premiers principes de la morale : Gerdil les défend •.