Enirel. mélaph.y ix
Voilà ce que Malebranche établit tout d'abord. Mais n'est-il pas permis de chercher comment Dieu peut vouloir que nous soyons, et généralement, que l'univers soit? Unis par la raison à la sagesse éternelle, nous avons le droit de nous poser cette grande question, et nous pouvons espérer de la résoudre.
Descartes n'a point tant de confiance. 11 lui paraît téméraire de rechercher les fins que Dieu se propose en agissant., Je ne parle pas des sciences où il croit cette recherche dangereuse et où il la proscrit absolument. Je parle de la métaphysique : là même il juge que c'est une entreprise fort hasardée, et s'il estime qu'elle peut avoir quelques résultats utiles à la morale et à la piété, il ne- dissimule point que ces considérations, propres à toucher le cœur, lui paraissent dépourvues de rigueur et de certitude. Il se contente donc de déclarer d'une manière générale que Dieu ne peut rien faire que de très-beau et de très-bon, que les ouvrages divins dépassent toutes nos faibles conceptions, que la sagesse y éclate, que nous devons, en les contemplant, rendre gloire à Dieu ; qu'enfin beaucoup de choses nous étant évidemment utiles et bonnes, nous pouvons et nous devons reconnaître en cela la bonté divine et la remercier : voilà ce qui est bien assuré. Mais, chercher la dernière fin de Dieu dans la création, ou croire que dans le détail on puisse déterminer la fin unique
le: monde, ouvrage de dieu. 383
ou principale des choses , et saisir ainsi dans l'univers les intentions divines, c'est être, selon lui, le jouet d'une illusion coupable et se livrer avec une indiscrète curiosité à de vaines études *.
Malebranche pense exactement le contraire. Sans doute, il ne veut point que dans les sciences proprement dites on se préoccupe des causes finales et qu'on aille par là entraver les observations ou dérouter les raisonnements ^. Mais, en métaphysique, la recherche des fins lui semble légitime, elle lui semble nécessaire. Si l'on supprime cette recherche, il n'y a vraiment plus de métaphysique^. Dieu a créé l'univers en consultant sa sagesse ; et nousmêmes, puisque nous sommes raisonnables, nous pouvons consulter cette même sagesse, et par elle juger de ce que Dieu doit ou ne doit pas faire*. Accuser de témérité celui qui recherche humblement la fin de Dieu dans la création, c'est douter ou que Dieu soit sage ou que l'homme soit raisonnable. <c Mon fils, dit le Verbe à son disciple, je communique avec joie à ceux qui me consultent par leur attention tout ce que je possède en quahté de sa-