‹ La philosophie de MalebrancheChapitre 185 sur 237 · DIEU, UNIQUE FIN DES ESPRITS · texte numérisé non relu

DIEU, UNIQUE FIN DES ESPRITS

Les principes de la morale. — La logique : moyens de s'unir à Dieu dans la recherche de la vérité. — La morale proprement dite : union de T&me à Dieu par la conformité de la volonté à Tordre ; devoirs et vertus. — La religion : la grâce et la piété.

La métaphysique de Malebranche peut se ramener à deux points principaux. Premièrement, Dieu est la seule cause véritable, la seule qui soit efficace ; secondement, Dieu agit avec une sagesse infinie, et fait par les voies les plus simples l'ouvrage le plus beau, le plus parfait, le plus capable de lui procurer une gloire qui soit digne de lui.

Dans cet univers dont nous connaissons maintenant l'auteur et le dessein, quel est le rôle de l'homme? Bien que dépourvu, comme toute créature, d'une efficace véritable, l'homme cependant est libre , et parce qu'il est libre, il a quelque chose à faire en ce monde. Qu'a-t-il à faire?

Capable de connaître et capable d'aimer, rhomme doit connaître comme Dieu connaît, et aimer comme Dieu aime. L'ordre immuable exige que la créature ait pour fin son Créateur même. Si Dieu a fait l'âme humaine capable de connaître et d'aimer, c'est pour lui : il n'a pu assigner à cette âme une fin différente de lui-même. Or, il conforme éternellement et parfaitement sa pensée à la loi de la vérité et son amour à la loi de l'ordre. L'âme humaine, comme tout esprit créé, doit conformer ses jugements et ses affections à cette double loi. Mais qu'est-ce à dire, sinon qu'elle doit juger des choses comme Dieu en juge, et les aimer comme Dieu les aime? Dieu est donc son modèle et sa fin.

S'il en est ainsi, le fondement de la morale est en Dieu. Les principes moraux sont à la fois des vérités et des lois. Comme vérités, ils ont pour origine la substance toute lumineuse de Dieu qui renferme les idées et les rapports intelligibles entre les idées. Comme lois, ils ont encore pour origine Dieu, qui voit les rapports de perfection comme obligatoires, et qui suit inviolablement l'ordre. Dès lors, le grand précepte de la morale, celui qui domine tous les autres, c'est d'aimer et de suivre l'ordre. Cet amour dominant et habituel dans une âme, c'est la vertu. Agir en vue de l'ordre, c'est faire son devoir; agir habituellement en vue de l'ordre, sacrifier habituellement à l'ordre ses pas-

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sions et ses intérêts, c'est être vertueux. Et au fond, nous venons de le voir, suivre Tordre c'est imiter Dieu ; aimer l'ordre, c'est à la fois aimer comme Dieu aime et aimer Dieu K

Quand une âme s'efforce de juger des choseï^ comme Dieu en juge, et d'aimer comme Dieu aime, quand elle établit en elle l'amour dominant et habituel de l'ordre qui est l'amour de Dieu, quand . elle agit par cet amour, quoi qu'il lui en coûte, elle est juste et elle mérite. Elle a droit à être heureuse, et c'est en Dieu même qu'elle doit trouver et qu'elle commence à trouver sa perfection et sa félicité *.

Ainsi, en morale comme en métaphysique. Dieu est partout. Dieu est tout. Il est le principe de la vérité morale, le modèle de l'esprit, la fin de toutes les actions vertueuses, la cause de la perfection et de la félicité de la créature libre et capable de mériter. Nous verrons plus loin que c'est encore lui qui, par sa grâce, est l'auteur de la vertu même.

L'union avec Dieu, qui est le vrai bien, resserrée par la conformité voulue à l'ordre, c'est là, nous le voyons maintenant, toute la morale. Nous sommes raisonnables ; il s'agit de nous unir librement à la

1. Traité de morale, 1, ch. i, ii et m. « Toutes les vertus sont vertus par la conformité qu'elles ont à la rayson ; et une action ne peut être dite vertueuse, si elle ne procède do l'affection que le cœur porte à rhonnesteté et beauté de la rayson. Si l'amour de la rayson possède et anime un esprit, il fera tout ce que la rayson voudra en toutes occureuces, et il pratiquera toutes les vertus. » Saint François de Sales^ Traité de r amour de Dieu, liy. XI, ch. vu.

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