Ibid., u, p. 151. Dans ce second entretien, Malebranche
La Providence est justifiée, Malebranche en a la ferme conviction. Il a plongé ses regards avec intrépidité sur les obscurités mystérieuses du gouvernement divin, et il ne désespère pas de les avoir éclaircies. Il sait ce que Dieu a dû faire, ce qu'il a voulu faire, ce qu'il a fait. L'ensemble des choses est beau, est excellent : le dessein, les voies, l'ouvrage, tout est digne de Dieu. Cet univers, où le néant de la créature et l'infinité du Créateur sont si bien marqués, a toute la perfection qu'une chose créée peut avoir. Le péché qui le corrompt est permis en vue de l'Incarnation qui le restaure et le relève infiniment. Le monde présent prépare le monde futur ; et dans ce monde futur, si la cité sainte dont le Sauveur est le chef, rend aux perfections divines un immortel hommage, le supplice même des méchants honore Dieu en manifestant son infaillible et toute-puissante justice. Ainsi le physique et le moral, le naturel et le surnaturel, tout est lié; et c'est à Jésus-Christ que tout conspire et par Jésus-Christ, Dieu, principe et fin de tout, est honoré en Dieu, d'une manière vraiment digne de son infinie majesté. Comprend-on maintenant
explique ce qii^est retendue intelligible et le rôle qu'elle joue avec plus de force peut-être et avec une plus étrange netteté que dans tous ses autres écrits. On est très-frappé de retrouver dans les considérations sur la vie à venir qui remplissent ces admirables entretiens^ toutes les théories de Malebranche : la lecture de cet ouvrage est nécessaire pour comprendre jusqu^à quel point toutes les parties de sa philosophie sont liées ensemble.
Tordre des choses et en même temps Tunité harmonieuse de là philosophie de Malebranche? Connaître et aimer Dieu librement, par sa grâce, c'est le mérite, c'est la perfection, c'est le bonheur; se détourner librement de Dieu en qui on est par nature, à qui on demeure attaché nécessairement puisque lui seul éclaire, touche, meut, fait subsister, c'est le péché, c'est la dégradation, c'est le malheur. Tout disposer par une sagesse merveilleuse pour que les esprits rendent à Dieu en Jésus- Christ des honneurs divins et forment avec lui et entre eux une société parfaite et éternelle, c'est la gloire de Dieu, c'est le chef-d'œuvre de sa Providence. Entrer dans ce dessein si beau et y coopérer, c'est le devoir de l'homme. Voilà comme tout se tient, et ce qui de toutes parts ressort avec évidence, c'est que Dieu fait tout et règle tout.