Mé]liL chrél. vn
bitraire même ont leur fondement et leur raison d*ètre dans le nécessaire : autrement la liberté ne serait que caprice. La simplicité et la généralité des lois naturelles, effet d'un choix libre, mais non capricieux, arbitraire, en un sens, mais non aveugle, s^expliquent par cet ordre absolument nécessaire qui est la règle de la volonté. Et c'est pour cela que les lois de la nature sont belles. Il ne faut pas dire qu'elles sont raisonnables et bonnes par le seul feît que Dieu les a établies, il faut dire que Dieu les a choisies et établies parce qu'elles sont raisonnables et bonnes, c'est-à-dire conformes à cette loi inviolable de la vérité et de l'ordre renfermée dans le Verbe divin.
Nous devons comprendre maintenant comment tout se lie dans la théorie de Malebranche. Des idées ou essences dépendent les vérités; des essences et des vérités dépendent les lois générales. Dieu connaît ses perfections infinies, et, renfermant dans son infinie simplicité « les idées intelligibles de tous les ouvrages possibles, » il connaît ces idées*. Il faut ajouter qu'il connaît les rapports qui sont entre ces idées et qu'il juge et agit selon ces rapports parce qu'il suit en tout l'ordre immuable de ses perfections; enfin, conformément à cette étemelle sagesse, il veut que ses ouvrages expri-
], Eniret, méta^h.YiUj s.
ment ses perfections, et, à cette fin, il ordonne toutes choses d'après certaines lois générales qui, par leur simplicité et leur fécondité, portent le caractère de ses divins attributs*. Là se trouve indiquée, mais non encore nettement définie, la distinction qu'en langage moderne nous établissons entre les principes absolus et les principes généraux, entre les vérités purement rationnelles et les vérités inductives : celles-ci improprement nécessaires, d'une nécessité relative et conditionnelle,
tandis que les autres sont nécessaires absolument ;
les lois que découvre l'induction, fixes et constantes, parce qu'elles sont l'œuvre de la sagesse, admettant néanmoins des exceptions motivées par un ordre supérieur, parce que, après tout, elles ont été librement établies, tandis que les principes de la raison, principes spéculatifs ou principes pratiques, ne peuvent subir aucune exception d'aucune sorte, le contraire étant absurde et inconcevable. Cette distinction si importante, cette absolue nécessité des vérités rationnelles, ce caractère mixte des vérités inductives, Malebranche a vu tout cela. Les notions absolues reposent sur ces rapports infinis entre les idées, lesquels sont renfermés dans la substance divine et ont leur dernière raison d'être dans l'ordre même des attributs divins; les notions