‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 117 sur 183 · Ibid. Aph. 35 et · texte numérisé non relu

Ibid. Aph. 35 et

LA PIIY81QUK EXPÉRIMENTALE ET L'HYPOTHÈSE 423

ment probable que les idées du Nomcm Organum ont exercé une influence réelle sur iesprit de Newton. Les ouvrages de Bacon étaient entrés peu à peu dans l'enseignement. Ils constituaient en Angleterre, à la lin du xvii^ siècle, le traité fondamental de logique scientifique, et c'est sur eux qu'on s*appuyait pour faire pièce aux théories cartésiennes. Durant son long séjour à Trinily ^Collège S Newton a certainement lu, commenté, approfondi Bacon.- 11 est très probable qu(^ dès cette époque il comprit ([u'on pouvait tirer de la méthode expérimentale plus encore que n'avait fait son inventeur. Ce qui nuisait surtout aux recherches de Bacon, ce n'est pas d'avoir méconnu le rôle de l'expérimentation, ce n'est même pas d'en avoir ignoré les règles, c'est d'avoir prétendu les appliquer trop tôt à des questions trop compliquées. Bacon ne savait pas choisir, parmi les problèmes scientili(|uos, ceux qui étaient parvenus à maturité, ceux que sa métho<le pouvait aborder avec fruit. C'est le mérite de Newton d'avoir compris qu'une méthode quelle quelle soit n'est pas applicable d'emblée à tous les cas. I/expérimentation telle que la concevait Bacon, va être appliquée par \ewton justement dans les cas ou son emploi est le mieux préparé. A l'esprit de méthode, que Bacon possédait déjà. Newton ajoute la clairvoyance, qui est une des caractéristiques du génie.

Si l'on veut comprendre ce que la physique newtonienne doit aux méthodes de Bacon, il importe de préciser l'élément original que le Novutn Organmn introduit dans la science. Le but de Bacon n'était pas simplement la rénovation des sciences de la nature. Vlnskiuratio Magna a des prétentions plus hautes, elle s'applique tout aussi bien aux sciences morales, aux sciences philosophiques, qu'aux sciences physiques proprement dites. La véritable raison de Tétat de faiblesse où sont demeurées toutes ces sciences n'est pas dans l'impuissance de

1. D'abord comme élôvp, puis comme Minor Fellow, Newton demeura aUaché à Trinity Collège de 1601 à 1668. La qualité de Major Fellow lui fut décernée en 1668 et il profila jusqu'en 1696 de la petite pension attachée à ce titre,

2. Le nom de Bacon n'est cité nulle part dans les œuvres de Newton. Mais Descartes n'est pas nommé davantage, et pourtant certains théorèmes des Principes sont dirigés spécialement contre lui. Hooke et Boyle, que Newton cite souvent, étaient des admirateurs de Bacon.

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Tesprit humain. Pour voir ce dont l'esprit humain, métiiodiquement conduit, est capable, il suflit de considérer l'exemple des arts mécaniques ^ Ces arts, « comme s*ils étaient animés d'un souflle vital », sont allés constamment en progressant parce que les nécessités de la pratique introduisaient un ordre fatal dans le perfectionnement de la technique. Au contraire les sciences théoriques sont resti'es stationnAires. 11 y a eu dans l'antiquité même, des savants heureusement doués qui ont pressenti d'instinct dos vérités importantes. M.'us la plupart de ces vérités sont demeurées stériles, parce que, bien qu'elles fussent grosses de conséquences, il n'existait pas de méthode générale pour dégager ces conséquences. Ceux qui recherchèrent les premiers une pareille méthode créèrent sous le nom de logi<|ii(» un art entièrement facti<*o. Ils crurent possible, par \o seul raisonnemenl, <le parvenir des vérités connûtes aux vérités inconnues. Il y avait pourtant dans leur tentative une idée qui demeure exacte. C'est la nécessité qu il y a d*aider l'esprit humain, dv, reculer les limites de S(?s facultés, si 1 on veut le mettre en état d(* surmonter les diflicultés sans nombiv que |)résentc TétiidcMle la nature»-. Malheureusement cette idée s'est trouvée « dépravée »> par l'abus qu'en tirent les dialecticiens. Au lieu de j>rendre exemple des arts mécaniques, où le progrès s'est fait par la V(h'(» enij)irique, h^s j)hilosophes ont voulu faire de toutes pièces une science syllogisti([ue. De là vient qu'on ne trouve chez eux ni cerlitudi» ni démon>tration, mais seulement des probabilités variables \ présentées toutes comme dégale valeur.

On peut distinguer la manière de procéder de ces philosophes et la méthode que va leur opposer Hacon par trois caractères bien marqués ^ D'abord, en ce qui concerne le commencement des recherches (en/'/ta inquirendi) la méthode baconienne est une méthode libre. Elle soumet à l'examen tout ce

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