De Dign. Praef. (iencr
2. V. Partis Insiaurationis secundœ delineatioel argumentum (e.\ Impetibus philosophicis ab VA. Grutcro edilis, Amsterocianii. 16.*i:{).
.'î. Ibid. s« Fijjis {iiiUmii hujiis (noslra*i sricntiœ. ut n\s rt nprra, non argumenta et raticiMOs pn>babiles, inveniantur et juilieentur ».
4. Ihid, « Diiïerl autcni nostra a logica vulKari, tuni aliis rébus, tuin pra'ci|)ue tribus : videlieel iuitii» inquirendi, ordinr demonslrandi. atque fine et offuio ».
qui n'est pas un fait clairement établi. Les scholastiques se contentent de faire commencer la science « aux paroles de leurs maîtres » et de développer d'une manière verbale les aperçus dogmatiques qu'ils acceptent sans contrôle ^ Ensuite la marche des démonstrations {ordo demonstrandi) est exactement inverse dans la méthode de Bacon de ce qu'on trouve chez les logiciens de l'École. Au lieu de s'attaquer du premier coup aux vérités les plus élevées, la science nouvelle procède graduellement, imitant la prudence à laquelle se conforment les artisans sérieux. Enfin le but ou la destination de la science illnis ei officium) vont être pour Bacon d'inventer et déjuger, non pas seulement des choses vraisemblables, mais des choses réelles, des moyens effectifs. Gest la nature qui offre d'abord l'objet concret auquel doivent s'appliquer nos recherches. Bien ne sert d'inventer des théories subtiles, si ces théories ne conviennent pas à la réalité donnée. xVider l'esprit à travailler, mais non sur des questions abstraites, tel est le but que Bacon assigne à sa réforme scientilique. La méthode expérimentale doit s'appliquer toujours aux faits qui peuvent intéixîsserla vie.
ÏAi tendance explicitement marquée chez liacon à rapprocher la « technique » de la c< science » et à prendre les procédés de l'artisan comme modèle de ceux du théoricien se retrouve sans changement chez Newton. En est-il de même de l'induction baconienne, et peut-on dire que la physique de Newton soit de tous points l'application des règles formulées dans le Novum Organum}
Beaucoup de commentateurs de Bacon, frappés de l'influence qu'exercèrent ses ouvrages sur les savants anglais du xvn^ siècle, ont cru que la méthode expérimentale n'a plus fait de progrès après lui. C'est ainsi (pie pour BouiUet' l'originalité de Boyle, de Ilooke, de Newton, consiste seulement à avoir suivi les traces de Bacon. « La méthode de Newton ne diffère en rien, pour le fond, de celle de l'auteur du Novum Organum, Les grandes vérités qu'a démontrées Newton avaient été presque toutes soupçonnées ou même clairement exprimées par Bacon...
4. Dans le De D'ujnilate, Bacon attaque avec nulanl île vivacité que Descaries la méthode d'Aristole et le traditionalisFiie. 2. Œuvres philos, de Bacon, L. Il, Introduction-
L'induction de Bacon se confond entièrement avec la méthode d'analyse d«'»crite par Newton. »
Il y a dans cettr' opinion une exagération manifeste. 1^ méthode expérimentale, comme toute méthode, ne peut j)as sejutj:4M- sur rénumération pure et simple des préceptes dont elle se compose. Il est important d'en dégager l'esprit, et pour cela de comprendre le hut (pielle poïirsiiil. Il est certain ([u'on renconln» chez Newton la mise en <ruvre des règles scientificpies ([ue Bacon avait énumérées le premier. L'art d'instituer, de contrôler, de comparer les exj)ériences n'est pas conçu avec plus de rigueur par l'auteur des Principes que par celui de \Inslauralio Magna. Mais le hut poursuivi de part et d'autre est loin d'être le même. Bacon n'est qu'expérimentateur. 11 rejette la logique ahstraite au rang des chimères et pense que son (Mn[)loi ne» saunut cpientraver les progrès de la science. Entre l'expérimentalion et l'argumentation, il n'a pas l'idée qu'il existe un passage, et il doute que l'induction opérée sur les faits puisse se compléter par des constructions rationnelles. C'est qu'à Tépoque où écrivait Bacon, les mathématiques ne possédaient encore que des méthodes fragmentaires et n'avaient réussi que par accident dans l'explication des phénomènes physiques. Nous avons fait voir dans le chapitre précédent que la physique de Newton est mathématique, et qu'elle doit sa grande nouveauté au développement qu'y reçoit l'idée de mesure. Si maintenant nous passons à l'étude des méthodes (employées par Newlon pour mettre des expériences certaines à la base du calcul, il ne faut pas oublier que cette partie expérimentale de la science a pour raison d'être la partie théorique. L'observation, l'expérimentation, l'induction, ne constituent pas une méthode expérimentale, qui puisse à aucun moment se suffire à elle-même. Klles constituent la phase expérimentale, et si l'on veut, préparatoire d'une méthode qui n'est réellement complète (lu'aj)rès l'application des mathématiques. Ainsi lorsque nous parlons d<» la méthode* expérimentale à propos de Newlon, nous employons une expression qui, pour être (exacte, demande à être commentée. La physique de Newlon esl assurément inductive, mais elle n'est pas inductive au sens baconien, c'est-à-dire que les procédés purement expérimentaux ne suffisent pas à la construire entièrement.
Ces procédés n*ont pas leur fin en eux-mêmes, ils sont dirigés constamment vers le point où viennent s'insérer les procédés mathématiques. De même que la physi([ue mathématique, dans toutes ses parties, se ressent de son origine expérimentale, les méthodes expérimentales de Newton convergent sans cesse vers l'appiicalion du calcul. La méthode newtonienne est « inductive-déductive^ », tandis que l'aspect mathématique de l'expérience est à j)eine entrevu par Bacon.
Cela posé, il est facile de comprendre par où Tinduction baconienne va différer de la méthode de Newton. La méthode inductive est présentée par Bacon ^ comme l'auxiliaire le plus important de la raison, soit dans les matières spéculatives, soit dans les matières pratiques.
Au point de vue spéculatif, le but de la science humaine est de connaître « les .causes véritables d'un effet ou d'une nature donnée*». Ces causes ne peuvent être connues qu'au moyen iV axiomes, qui sont l'élément simple, la portion solide de la vérité, dont toute science est faite. Mais pour dégager de tels axiomes de l'expérience pure et simple, il faut employer la forme légitime et propre de l'induction. Celle-ci dissocie et sépare l'expérience, par voie d'exclusions et d'éliminations, de façon à arriver à la démonstration du nécessaire. L'induction ainsi conçue est bien supérieure à l'induction vulgaire, qui est précaire et puérile, car elle demeure toujours exposée au danger d'une expérience contraire. L'induction baconienne n'affirme rien avant d'avoir analysé tous les exemples, et c'est seulement lorsque la concordance des faits est vraiment décisive qu'elle se hasarde à énoncer un axiome. C'est une « formule d'interprétation * », non une généralisation arbitraire des faits.
L'induction est un procédé général qui se complète par trois arts subsidiaires. D'abord il est possible de prolonge)* linduclion (continuatio inductionis) en faisant surgir des
1 . Cf. Ferd. Roseriberger, Isaac Sewlon und seine phys. l'rincip , !!• P. p. 39t.
2. Y. Delineatio et Argumentnin Instaurât ionis Partes secundœ.
3. Ibid. « Dati efTectus vel nalune in qiiovis subjeclo causas nosse intenUo est humanœ scientiai. »
4. Ibid. « Atque hoc gcnus inductionis illud est, quod interpretationis formulam appeliare consuevimus ».
axiomes nouveaux de la connaissance d'axiomes primitifs. A vrai dire, Bacon n'indique nulle part la manière de justifier théoriquement ce prolongement. 11 se contente de dire qu'il faut le véritier en instituant des expcrionces comparatives, calquées sur le modèle des expériences primaires dont nous sommes partis. En général ces expériences réussiront, parce qu'il est possible de « s'élever à l'unité de la nature |>ar une échelle ininterrompue de degrés ascendants ». On voit le rôle que joue l'idée de continuiti'î dans cette extension progressive des résultats expérimentaux. \in second lieu, l'iniluction peut se compléter par une variation da}is la recherche (variatio inquisitionis). Bacon veut dire par là que le même procédé ne peut s'appliquer uniformément à tous les cas d'un même ordre. Lorsque les circonstances de production d Un phénomène varient, 1 induction par la([uelle nous recherchons sa loi doit changer de cararlèrc. U convient d'appliquer à d(*s cas hétémgènes des méthodes <1 analyse où 1 on tieïil compte de la variation des didicultés. La méthode d induction, (et ce point sera admis par Newton) ne peut prétendit? se résumer en règles indépendantes de toute condition d application. Enlin les rechiTches expérimentales j>cuvent s'abréger, se contractel' comme dit ikàcon, au moyen d'analogies universelles. C'est ainsi que les explications mécaniques, une fois qu'elles ont été indue tivement véri liées dans un certain nombre de cas, permettent de condenser les inductions ultérieures en laissant pressentir la loi des phénomènes. D'une manière générale, la science inductive n'est achevée que lorsqu elle est condensée en un très petit nombre d'axiomes. Ce n'est pas un des moindres talents de l'esprit méthodique que de savoir réduire à quelques formules les innombrables inductions dont l'esprit vulgaire n aperçoit pas raftiniti'*.
Au point de vue pratique, l'induction doit se faire en suivant une voie exactement inverse di» celle qui a été suivie par la spéculation, c'est-à-dire en limitiuit des formules générales pour les adapter à des opérations particulières. « Il est dans la nature des choses que les propositions générales sont praticjuement obscures (»t incertaines, tandis que les axiomes particuliers conduisent de détail en détail par une voie sûre et manifeste. » Ct'tle induction pratique doit se compléter par
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la confection do « tables pratiques » où se trouvent condensi'ts systématiquement les opérations utiles dans chaque cas particulier. I^es « tables pratiques » font exactiMiienl pendant aux fameuses tables théoriques qui servent h dégap^er, d'un ensemble de faits, une formule d'interprétation.
Newlon n'a pas eu occasion de critiquer systématiquement l'induction baconienne. D'ailleurs sur bien des points, il faut le reconnaître, les préceptes de Bacon coïncident avec les W'i^les ex'périmenlales des Principes. Le rcMe de l'analogie, C(»lui de la continuité, la i»écessilé de répéter et de vérilier les expériences sont des points que \ Instauratio Magna a parfaitement compris. Les différences qui séparent Hacon et Newton peuvent toutes se résumer dans l'opposition suivante : l'induction newtonienne est quantitative, linduction baconienne demeure malgré tout vagu(î et qualitative.
Les Tables ilinstances sont en fin de compU^ l'instrument le plus précis dont se serve Bacon. Le savant expérimental doit d'après lui consigner dans une table systématique toutes les instances d un même fait. Ceci veut dire qu'il doit confronter les cas où un certain phénomène s'est présenté avec un caractère déterminé, et ceux où ce caractère était absent. Du nombre relalif de ces différents cas, de leur critique au moyen d'autres cas, de leur extension induclive par continuité et par analogie, il iloit conclure si le caractère» en question accomj)agne invariablement le ])hénomène, où s'il n'en est que le concomitant fortuit. Dans ce dernier cas la a formule d interprétation » ne permet d'énoncer aucune conséquence positive. Dans le premier au contraire une relation constante nous permet de conclure à une liaison réelle. Nous dirons que le caractère' d'un phénomène, toujours présent quand C(» phénomène» est présent, et variable d'ime manière continue quand le phénomène varie d'une manière continue fait partie de .sa « nature » ou de sa « forme ». Dans un langage plus mo<lerne nous pourrons dire que l'induction baconienne permet de conchnv A ini lien fonctionnel entre deux phénomènes correspondants.
Mais, et c'est là le poii»t importarit, les « phénomènes » ne sont jamais délinis par Bacon (jue d'une fa^ou qualitative. Pour lui la pesanteur, la chaleur, le mouvement même, ne
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sont assurément plus des qualités occultes, mais ils demeurent des « formes », c'est-à-dire des qualités sensibles. C'est en vain que Bacon essaye, à ces qualités sensibles, de substituer des <( schématismes » c'est-à-dire des étals mécaniques. Ces états mécaniques eux-mêmes, demeurent purement qualitatifs Nulle part Bacon n'en donne la mesure, nulle part il n'en fait 1 étude numérique. C'est pour cette raison que la notion de loi demeure malgré tout confuse chez Bacon. Les correspondances qu'il peut découvrir, grâce à des tables d'induction, entre des « formes » d'espèce différente, ne peuvent se tronsformer en relations positives, parce que les éléments de la correspondance ne sont pas numériquement définis. L'induction baconienne donne bien l'idée que tous les phénomènes naturels sont fonctions les uns des aulres, mais elle ne laisse pas deviner la forme précise de ces fonctions physiques. Celles-ci, Newton Ta compris, sont toujours mathématiquement déterminées. Aux tables d*instances de Bacon, Newton substitue les tableaux numériques dont la signification a été établie plus haut. La méthode expérimentale gardera chez lui les qualités de prudence, de rigueur, de sensibilité que lui a données Bacon. Mais elle va acquérir une qualité nouvelle, que Bacon n'a pas connue, et sans laquelle il nVst pas de véritable méthode, la précision illimitée.
Une expérience ne peut pas commencer par être précise. Toutes les expériences qui ont servi de point de départ à des découvertes importantes ont été comprises tout d'abord d'une façon vague et incomplète. C'est ainsi que Galilée, Pascal, Newton lui-même, ont longtemps dil se contenter d'expériences confuses. Le fait si simple <le la chute des corps, celui de la variation des pressions barométriques avec Tallitude, celui de l'inégale réfrangibilité des couleurs sont longtemps demeurés à l'élat d'observations brutes, avant que l'exactitude des mesures permît d'en faire des expériences scientifiques.
Mais l'histoire montre que ce manque de précision n'est pas une cause de stérilité. 11 n'est pas mouvais que les premières expériences sur lesquelles une théorie» se fonde ne laissent paraître que l'allure générale, la structure schématique des faits. C'est là une abstraction nécessaire, grâce à laquelle nos
sens choisissent, dans une catéi^orie de pliénomènes, le phénomène» simph? qu'il faut d'abord expliquer. La physique de Bacon peut nous fournir des exemples. Les recherches de Bacon sur la cause de la chaleur* ont leur point de départ dans un certain nombre d'expériences qui sont sans grande valeur si on les critique au point de vue logique, mais qui ont exercé sur Boyle, sur Newton, plus tard même sur Voltaire, une influence remarquable. Bacon se contentait d'observations vagues qu'il interprétait en disant que la « forme du chaud » réside dans les mouvements intestins des corps. Ses successeurs compléteront ses recherches, et en analysant avec plus de précision les expériences mêmes dont Bacon fait état, établiront les théorèmes préparatoires de la théorie mécanique de la chaleur. Bacon n'aurait rien gagné à exagérer dès le début la minutie expérimentale, dans des matières où il fallait d'abord se faire des vues d'ensemble. 11 en est de même dans toutes les questions où l'on emploie l'expérience pour la première fois. 11 est nécessaire que l'observation commence par négliger tous les détails des phénomènes. L'existence d'un caractère constant, commun à tous les phénomènes d une même classe, est le premier résultat positif qu'il faille établir. Pour cela toutes les expériences sont bonnes, même les plus simplifiées et les plus grossières, pourvu que le fait envisagé en ressorte clairement. C'est là sans doute ce que voulait dire Descartes lorsqu'il prétend (jue les expérieiices banales, celles qu'il nous est loisible de faire tous les jours, sont les plus instructives et les plus précieuses. Toute l'optique, toute la mécanique peuvent se faire d'après lui à l'aide d'observations courantes : les balles (juc se renvoient les joueurs donnent l'image exacte des rayons lumineux, le principe du levier et de la fronde sulïisent à expliquer la machine de l'univers.
Newton accorderait aisément à Descartes que les expériences simples et sommaires sont une partie de la méthode expérimentale. Mais ces expériences ne peuvent avoir d'utilité que dans les sciences commençantes. Nous avons vu qu'en mécanique elles fournissent les faits primitifs, les axiomes fondamentaux sur lesquels s'édifie tout le reste. Eu physique,