‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 132 sur 183 · V. Principes, Scholic Général · texte numérisé non relu

V. Principes, Scholic Général

2. V. Opl. Quwst. XXVlll «... ex phîenomenis constat esse cntcm incorporeuin, vivcMilein, inleIliK«'nl<-'ni... »

seule, suffise à démontrer l'existence de Dieu, car là où nous voyons une cause providentielle, une science plus complète verra la nécessité. Mais la véritable finalité, celle que nulle science ne fera disparaître, c'est celle que présente le monde dans son ensemble et qui rend possible la science elle-même. Mettons les choses au pis, c'est-à-dire admettons avec Newton l'explication mécanique la plus hardie de l'univers. Admettons ce mécanisme non seulement comme une hypothèse, mais comme la probabilité suprême de la science. Nous aboutirons à une doctrine voisine de l'atomisme épicurien, et quels que soient les progrès de la science, quelles que soient les transformations de la théorie atomistique, on peut dire que l'idée cinétique sera toujours à la base des systèmes mécanislcs, rejetant les causes finales. Montrons que même alors la science repose sur un fait primitif qui suppose une cause intelligente.

Les atomes dont parle Epicure, les « particules primordiales » dont se servent les matérialistes, l'Ether ou les Ethers auxquels on a recours maintenant ont tous un trait commun : ils sont parfaitement stables, ou, pour employer le langage du xvn* siècle, ils sont éternels. On peut différer d'avis sur les attributs principaux à donner aux atomes, pesanteur, couleur, figure, impénétrabilité. On peut concevoir l'éther soit comme un fluide parfait, soit comme un solide parfait. Mais une fois choisies les propriétés dont doit jouir la matière fondamentale, il est convenu que ces propriétés resteront invariables au cours du temps. 1^ propriété la plus obscure des atomes, celle qui a donné lieu au plus grand nombre de critiques, leur insécabilité, exprime de la manière la plus frappante ce fait que l'atome demeure toujours identique à lui-même, qu'il est stable par définition.

A quoi correspond en fait cette stabilité? Elle est la traduction métaphysique d'une vérité expérimentale, savoir que la science est possible sous certaines hypothèses. Lorsque nous définissons l'atome comme un élément parfaitement dur, parfaitement élastique, insécable, nous nous laissons guider par certaines propriétés des corps tangibles que nous supposons formés d'atomes. D'où savons-nous que ces définitions, valables au moment où nous les avons posées, continuent de s'ap-

hOO LA PllILOSOPIllE DE NEWTON

pliqucr aux instants suivants ? l) où savons-nous surtoul qiiVIles s'appliquent dans tous les cas ? Avons-nous a priori la prt^uvc qu(î la structure <les corps ne varie pas et qu'une explication physique^ un(» fois acquise demeure éternelle ? Nulloment, c est rex|)(^rience seule (pii peut nous instruire sur ce point. Ce.st un fait proprement imprévisible que la science supposée vraie une fois demeure vraie toujours, ou pour employer le langage des métaphysiciens, que les essences sont immuables. Ce fait, auquel nous ne pouvions nous attendre a priori, est conlirmé par la totalité des expériences. La stabilité de la science et la stabilité de son objet sont constamment vérifiées dans de larges limites. Les hypothèses fondamentales de la science, celle de Descartes comme celle d'Kpicure, n»viennent toutes à une constatation identi([uc : l'élément primitif de la matière est stable, inaltérable.

Mais alors la question se pose de savoir à quel prix une explication mécanique d(* l'univers est possible. S'il faut pour rendre compte des phénomènes physiques un certain nombre d éléments mécaniques dont lorigine demeure inconnue, on doit se demander comment il se fait que ces éléments se con- Hercenl sans changement. Accordons aux systèmes qui veulent se passer de toute cause intelligente qu'on peut rendre compte de tout avec les seuls atomes. Encore faut-il savoir comment il se fait (|ue tout soit (explicable par les atomes. La constitution d*un corps particulier est un mystère que la physique peut sans doute (»xpli(iuer. Mais ce qui échappe à toute physique, ce <[ui nécessite une explication métaphysique, c'est le mystère non moins sur])r(Miant de Vexplicabiliié de toutes choses par un petit nombre d éléments invariables. Kn dautres termes, si h\s atrjuïes sont la substance de l'univers, d'où vient que les atomes s(; j)erpétueijt sans altération. Si toute chose est soumise au changement et à la destruction, d*où vient que certaines choses soient stables au milieu de 1 histabilité universelle ?

A cela Newton ne trouve d'autre réponse que l'existence d un créateur intelligent. 11 est à remarquer que Descartes s était déjà heurté à une difliculté de ce genre et l'avait résolue dune manière analogue. I^a doctrine de la v création continuée » est une réponse à la (|ueslion (jue nous posions tout à l'heure:

LKS IDKKS MKTAIMIY.SIQL-ES DE NEWTON M)\

comnicnt se fait-il qu'avec im certain nombre de « natures » invariables, on puisse expliquer les objets les plus compliqués ? La sagesse de Dieu, la constance de ses desseins, l'invariabilité de ses décisions, Taction continue de son pouvoir, tels sont les motifs invoqués par Descartes. Newton n'en invoque pas d'autres. Pour lui aussi c'est Dieu et Dieu seul qui a pu imposer aux atomes une forme invariable, des propriétés invariables. L'existence de tout principe physique est une preuve indirecte de l'existence de Dieu. Car alors même que Tesprit humain arriverait à se passer de toute finalité et à réduire au mécanisme atomique Tensemblc des phénomènes connus, cette réduction même devrait être expliquée, la stabilité de la science «levrait être déduite, et elle ne peut se déduire que* d'une action intelligente. « Il me semble en lin de compte extrêmement vraisemblable, dit Newton, que, de toute façon, un Dieu très bon, très grand, a dû dès le début former là matière de telle sorte que les particules primordiales, d'ofi devait sortir toute nature corporelle, fussent solides, dures, impénétrables et mobiles, de telle grandeur et de telle ligure, de telles propriétés, de tel nombre et de telle masse qu'elles fussent adaptées à l'espace où elles devaient se mouvoir, de façon à parvenir le plus aisément possible aux fins où elles étaient destinées si bien

qu'il n'y a pas dans le cours ordinaire de la nature de force capable de diviser ce que Dieu lui-même a fait un dès l'abord ^ » On voit bien clairement comment Newton fait de l'existence de Dieu un corollaire de la physique. Dieu est la cause, nécessairement intelligente, qui rend possible une science physique en garantissant la stabilité de l'univers \

Cette stabilité n'est nulle part plus évidente que dans le domaine de la mécanique céleste. La plupart de ceux qui avant Newton, et même après lui, ont fondé leurs idées de finalité sur celle de stabilité, se sont surtout inspirés d'exemples biolo-

Page 1