‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 138 sur 183 · V. Vvlncijws, L. ni. .'^iih. fin · texte numérisé non relu

V. Vvlncijws, L. ni. .'^iih. fin

i. Cf. o//;/'.s/. xxvni.

Li:S IDÉES MÉTAPHYSIQUES DE NEWTON 513

ôltribiils de Dieu qui intéressent l'homme le plus immédiatement. Ce qui importe pour nous, c*est de savoir que Tarchitecte du monde en est en mc^me temps le législateur, qu'il est intelligent, bon, juste, doué d'une nature spirituelle infiniment supérieure à la nôtre, mais enfin du môme genre, aux degrés de perfection près. De là la nécessité d'établir de nouveaux attributs de Dieu, qu'on peut nommer psychologiques , et qui sont la personnalité, la sensibilité, la perfection infinie. Il est -clair que sur ce sujet l'anthropomorphisme peut se donner libre carrière. La valeur des développements que fournit la philosophie dépendra surtout des dispositions personnelles. U ne peut <>tre question d'arguments précis s'imposant à tout le monde. La métaphysique se trouve ici, pour les uns aux limites de l'évidence, pour les autres aux limites de l'absurdité.

La personnalité divine n'a jamais fait doute pour Newton. Une comparaison qui revient sans cesse dans ses écrits est celle de Tessence divine avec l'àme humaine. L'âme humaine est par nature indivisible. « Toute âme qui sent en divers temps, par divers sens, et par le mouvement de plusieurs organes, est toujours une seule et même personne indivisible. » L'âme de l'homme, bien qu'elle soit une, possède des organes infiniment variés que nous désignons sous le nom de corps. Entre cette variété et l'unité psychique, il existe un intermédiaire, c'est le « sensorium commune », la « conscience », lieu où s'effectue l'action immédiate de l'âme sur le corps. C'est par ce « sensorium » que nous sentons, car c'est en lui que les espèces sensibles viennent affluer pour être perçues. C'est par lui que nous nous mouvons, car il est le centre d'où cmanent toutes les impulsions. Eu un mot c'est par le « sensorium » qu'est réalisée l'union du moi et du monde extérieur, c'est par lui que l'un peut agir sur l'autre sans violer la loi de non-action à distance.

Le cas divin est un peu différent. Newton répugne à l'idée -d'attribuer à Dieu un sensorium analogue à la conscience iuimaine, qui servirait d'intermédiaire entre Dieu et les choses. Une pareille conception mettrait la dualité au sein de la substance une par excellence. Le sensorium divin, c'est Dieu môme, en tant qu'il est immédiatement présent aux choses dans l'espace et dans le temps. Dieu n'a pas besoin comme BLoai. 33

nous d'un organe particulier pour pénétrer jusqu'aux choses. Si l'Ame a besoin d'un sensorium, c'est parce qu'elle est rame des espèces sensibles. Mais Dieu est Tâme des êtres euxmômes. 11 est toujours présent lui-même aux choses ellesmêmes *. Aussi ne faut-il pas appeler le monde, comme le fonl les philosophes panthéistes, le corps de Dieu, corpus Dei, ni les parties de ce monde des parties de Dieu, partes Dei. Dieu est un par essence et est tout entier présent partout. C'est par un abus do langage que nous faisons de l'espace le sensorium divin. Il n'y a entre ce Dieu présent dans tout l'espace et lame humaine, prosente dans le cerveau, qu'une lointaine analogie. Dieu voit les clioses elles-mêmes de l'intérieur ^, il les pénètre de part en part, il les embrasse tout entières en lui-même immédiatement '. Ce que nous nommons la conscience humaine n'est qu'une minuscule imitation de la conscience divine (sensoriolum). Si *nous disons que Dieu perçoit les choses dans l'espace comme dans sa conscience, (tanquam sensorio suoi, il faut donc ajouter que cette conscience diffère de la nôlre non seulement en degré, mais par sa nature.

Maintenant comment prétendre que Dieu reste un tout en participant à l'essence de toutes choses ? Newton se heurte ici, malgré ses efforts, au même obstacle que les panthéistes, dont il se rapproche à son insu. La question n'est nulle part tirée au clair par lui, il se contente d'affirmer comme évidente l'unité de la personne divine pour les mêmes raisons qu'on admet comme évidente l'unité de la personne humaine. « Toute <une qui sent en divers temps, par divers sens, et parle mouvement de plusieurs organes, est toujours une seule et même personne indivisible. Il y a des parties successives dans la durée et des parties coexistantes dans l'espace. Il n'y a rien de semblable dans ce qui constitue la personne de l'homme ou dans sou principe pensant; et bien moins y en aura-t-il dans la substance pcnsanle de Dieu. Tout homme en tant qu'il est un être sentant est un seul et même homme pendant toute sa vie, et dans tous les divers organes de ses sens. Ainsi Dieu est un

1. V. Opt. Quspst. XXXI. « Cum sit ipso rébus ipsis ubique prsesens. »

2. Ibid. Quaîst. XXVIIH. « ... qui res ipsas inlime cemat... »

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