‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 137 sur 183 · Ibùl · texte numérisé non relu

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LKS ïDEIiS METAPHYSIQUES DE NEWTON 509

la pliiiiic de Newton. 11 semble qu'après avoir tout fait pour ramener la comiaissaiice de l'univers à un petit nombre de principes simples, Newton eiU dû se contenter de rechercher lespreuvesduneaction providentielle dans ce que Malebranche appelle la « simplicité des voies ». Mais il ne faut pas oublier qu'en théoloq^ie Newton nest pas un pur savant. C'est un homme appartenant h un milieu professant en théologie des idées très particulières. On trouve chez lui une sorte de mysticisme, une tendance à l'adoration du créateur sous toutes les formes que revêtent ses ceuvres, un sentiment vif de l'omniprésence divine, un penchant à retrouver Dieu jusque dans les manifestations les plus particulières de sa puissance. Cette tendance, intellectualisée tant bien que mal, prend la forme d'un argument nouveau : plus les créatures de Dieu sont variées, plus Tcxistence d'un Dieu unique est évidente ; plus grande est la diversité des aspects de la nature, plus nécessaire est l'action d'un « Seigneur» tout puissant, qui coordonne et construit l'univers.

A vrai dire, Newton s'exprime ici plutôt par sentiment que par raison. Mais le sentiment, nous l'avons dit déjà, joue un grand rôle dans ses convictions personnelles. C'est surtout par opposition à l'athéisme, pour faire pièce aux partisans de la « nécessité métaphysique », par exemple aux admirateurs de llobbes, que Newton se place ici au point de vue esthétique. La beauté de l'univers, que Leibniz définissait l'unité dans la variété, est considérée delà même manière par Newton comme un signe concret de l'action divine. Si Tordre, l'uniformité, la répétition constante des mêmes phénomènes existaient seuls dans la nature, on pourrait être tenté de les rapporter h une puissance inintelligente, à un destin aveugle. La nécessité d'un Dieu bon; sage, inlcdligent, ressort avec évidence de ce que Tordre universel est un ordre varié, de ce que la nécessité des lois couvre toujours une richesse de détails irréductible à un pincipe unique.

Admettons avec Newton que l'existence de Dieu soit Tinduction suprême de la science. 11 nous faut rechercher à présent quels sont les attributs de ce Dieu, c'est-à-dire voir si la métaphysique permet de rejoindre la notion ordinaire d'un être tout puissant, omniscient, d'une bonté parfaite.

Parmi les attributs de Dieu, il est naturel qu'un géomètre

comme Newton ait mis au premier rang l'éternité et rinfinité. qu'on peut appeler des attributs géométriques. Nous avons déjà dit dans un des premiers chapitres de ce livre avec quel soin Newton distingue l'espace et le temps relatifs, l'espace et Je temps absolus, l'espace et le temps mathématiques. On pouvait déjà prévoir à ce moment que l'espace et le temps joueraient un rôle tout spécial dans la métaphysique de Newton et que, débarrassés des concepts parasites qui en limitent l'application, ils étaient susceptibles d'être érigés en attributs divins. Ceci n'est applicable, bien entendu, qu'à l'espace et au temps absolus, à ce que Newton désigne, dans le Scholic Général des Priyicipes, sous le nom d'éternité et dintinité.

11 ne faudrait pas croire en effet que l'espace et le temps, tels que les conçoivent les géomètres, soient des propriétés de la nature divine. On risquerait fort, en admettant cette idée, de tomber dans le panthéisme, et Newton n'abhorre rien tant que « ceux qui font Dieu uniquement l'Ame du monde ». A vrai dire, il est fort difficile, même avec les explications que fournit Newton, de décider s il échappe complètement au panthéisme, ou s'il n'admet pas, malgré ses réserves, une doctrine très voisine du panthéisme. C'est ainsi qu'il explique, à la fin des Principes, que Dieu est éternel et infini, c*est-à-dire « qu'il dure depuis l'éternité passée et dans l'éternité à venir, et qu'il est présent par tout 1 espace infini ». Un peu plus loin: «Dieu n'est pas l'éternité ni l'infinité, mais il est éternel et infini; il n'est pas la durée ni l'espace, mais il dure et il est présent; il dure toujours et il est présent partout ; il est existant toujours et en tout lieu ; il constitue Vespace et la durée, »

De ces déclarations assez obscures il semblerait ressortir que Newton tient avant tout à séparer Dieu du monde donné, à lui attribuer une infinité, une éternité, qui ne rappelle en rien les propriétés de l'espace et du temps réels. On serait porté à croire qu'il se sert d'une distinction analogue à celle dont se sert Malebranche, mettant en Dieu une sorte d'étendue intelligible, pour mieux lui refuser toute étendue sensible. H n'en est rien, et Newton insiste sur Terreur de ceux qui pensent que Dieu n'est « nulle part». « Comme chaque particule de l'espace existe toujours, et (jue chaque moment indivisible de la durée dure partout, on ne peut pas dire que celui qui a fait toutes choses et

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qui on esl le soigneur n est jamais et nulle part». Comme on le voit» la pensée de Newton n'est pas extrêmement nette. 11 est certain que le sentiment de la continuité le conduit à chercher un passasse des notions physiques d'espace, de durée, d'esprit universel, aux notions transcendantes. Il est certain aussi qu'il craignait sur toutes chosesd'ôtre confondu avec les panthéistes, avec « ces païens qui s'imaginaient que le soleil, la lune, les astres, les dmes des hommes et toutes les autres parties du monde étaient des parties de l'être suprême et qu'on leur devait un culte ; ce qui est une erreur '.» Les méditations métaphysiques de Newton n'avaient pas été poussées assez loin pour (ju'il eût trouvé une conciliation satisfaisante de ces deux tendances. Un métaphysicien comme Leibniz ne sera pas embarrassé pour déterminer le lien qui unit l'espace à Dieu ; ce lien est fondé sur la monadologie, on peut le saisir et l'expliquer. Entre l'espace et Dieu, Newton aperçoit lui aussi un rapport, mais ce rapport est plutôt mystique que métaphysique. L'omnipotence divine estsurtout accessible ausentiment, et lorsque nous faisons de l'éternité, de l'infinité, des attributs de Dieu, il y a là plutôt une satisfaction donnée à la foi qu'une intuition empruntée à la raison.

A côté des attributs purement géométriques qu'on vient d'énumérer. Newton reconnaît à l'être suprême des attributs qu'on pourrait appeler « mécaniques )>. Lorsque nous parlons de la puissance de Dieu, de son action constante sur les créatures, du mouvement qu'il donne à l'univers, nous ajoutons quelque chose à l'idée d'un Dieu simplement éternel et infini. Laissant provisoirement de côté la question de savoir si cette action est bonne, sage, pleine de (inalité, ne l'envisageons d'abord que sous l'aspect mécanique, et demandons-nous comment est possible une action directe de Dieu sur le monde.

D'après Newton, « tout est muet contenu en Dieu ». Il est le « primum movens w, la source initiale de toute transformation. Lorsque nous disons que tout mouvement a sa source en Dieu, cela esl vrai nonsculementdu mouvement matériel, delaclion dos corpssurles corps, mais de l'action descorps sur les esprits, et des espritssur les corps. «La puissance suprême s'exerce non

d. V. Principes, L. III, p. 177, en note.

sculomonl sur (l<\s (Mros matériels, mais sur des èlres pensants qui lui sont soumis. » Les lois suivant lesquelles cette puissance opère font d'ailleurs ex(e])tion aux règles de la mécanique. Dans vo. domaine supérieur le principe -de régalité de J'actioii cl de la réaction n'a plus lieu, v Tout est contenu en Dieu. mais sans aucune action des autres êtres sur lui. Car Dieu n'éprouve rien par le mouvement des corps et sa toute puissance ne leur faitsontir aucune résistance. wEn d'autres termes Newlon est ici très voisin de l'idée d'Aristote, de la conception d un premier moteur qui meut sans être mû, qui distribue 1 énergie dans le monde sans être soumis de la part de ce monde à aucune réaction.

Celt(^ action mystérieuse du créateur sur les créatures, qui échappe au principe de l'égalité de l'action et de la réaction, n'échappe pas pourtant à une autre loi fondamentale de la mécanique! newlonienue, la loi de non action à distance. Lorsque nous disons (pie Dieu est présent partout, ce n'estpasià d'après N(îwton, une simple métaphore. « Dieu est présent partout, non seulement virlHeUcmenl mais substanHellement , car on ne p(Mil agir où l'on n'est pas ^ » Kt cette idée revient avec plus de force encore dans les y^^i^?.s7fcones(?/?//ca?-. L'esprit divin comme l'esprit humain, y est décrit comme agissant directement sur les choses, « car seul ce (pii est présent peut être senti par ce qui est présent ». Kntre le créateur et la créature il n'y a nul intermédiain^ : celle-ci reçoit directement le mouvement et la fxMisée de celui-là. Si dans une seule partie de l'espace la puissance diviiK» c(»ssait d'être présente, le mouvement y disparaîtrait tout d'un coup. Los tendances de Newton le menaient natun^lietnent à une sort*» d'animisme universel. Il est remarquable ({ue, parli de principes tout diiïérents, Leibniz aussi soit arrivé à la conclusion qu'aucune portion de la matière n'est inerte ni exempte de l'action divine. Moins métaphysicien que Leibniz et plus porté au mysticisme théologique. Newton s incline devant l action divine qu'il reconnaît partout sans la comprendre.

L'éternité et l'infinité, la puissance absolue, ne sont pas les

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