‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 144 sur 183 · V. Préface des Pnncipes, trad. de M"* du Ghàlelet · texte numérisé non relu

V. Préface des Pnncipes, trad. de M"* du Ghàlelet

prévoir la venue. Car il faul bien le reconnaître, entre le XVII® siècle, cartésien à outrance, et le xviii® siècle, voltairien. sans réserve, il y a un abîme que l'histoire a peine à combler Nulle transition n'a été ménagée de Malebranche à Voltaire. Ce n*est pas dans Thistoire littéraire qu'une telle iransiUon pourra se trouver. L'admiration que le xviii® siècle a gardée aux classiques de la génération précédente, n'a d'égale que la désinvolture avec laquelle on renonce à leurs idées, à leurs règles, à leur style môme. Fontenelle et Bayle, malgré leur attachement à Descartes, ont déjà la manière de l'école nouvelle. L'histoire des sciences présente elle aussi, entre les deux époques, un hiatus infranchissable. De la décadence du système tourbillonnaire au triomphe complet de la physique mathématique il s'est écoulé quelques années à peine. De toutes façons, il y a rupture brusque, à tous les points de vue, entre les deux écoles. Le cartésianisme ne contenait en germe à peu près aucun principe de la philosophie nouvelle. Celle-ci, loin de se réclamer du cartésianisme, a cherché à s'en dégager entièrement, et il faut un véritable effort historique pour la rattacher tant bien que mal au passé.

L'influence décisive qui s'est exercée à ce moment sur la philosophie française doit être recherchée en dehors de France. C'est à la pénétration graduelle des tendances empiristes anglaises, qu'il faut attribuer la modification profonde qu'a subie alors la tradition cartésienne. Si la tendance du xviii® siècle avait simplement été de remplacer le système cartésien par un autre, il lui eût été facile de substituer au cartésianisme une philosophie dans le genre de celle de Leibniz. Plus en accord avec les lois physiques, mieux armé au point de vue mathématique, le système de Leibniz offrait aux métaphysiciens des explications fort brillantes. 11 eût pu s'harmoniser sans trop de peine avec la théologie orthodoxe, et devenir en France, comme en xYUemagne, une philosophie quasi officielle. . Il est remarquable qu'il n'en ait rien été. Les critiques portées par Voltaire à Descartes et à ses sectateurs ne sont dépassées que par les railleries dont il accable le système de Leibniz. 11 semble bien que Leibniz et Descartes aient été pour y- oltaire deux variétés d'un même type, deux intelligences desservies par une imagination sublime. L'idée de Voltaire et celle de ses

lui les fruits excellents de cette sagesse anglaise, qui, renonçant spontanément aux rêves métaphysiques, se tient toujours sur le terrain des faits. L'empirisme et l'esprit de méthode ont rendu possibles les grandes découvertes de Newton, celles-ci à leur tour vont servir à justifier et à perfectionner Tempirisme. Voltaire n'hésite par à rapporter à la même source le progrès de la science positive et celui de la philosophie expérimentale.

Kepler est le premier qui ait orienté la science dans une voie exacte^ par un pressentiment obscur de la gravitation universelle. 11 avait admis une tendance qui pousse tous les corps lerrestres vers le centre de la terre et les astres les uns vers les autres. Il osa entrevoir et dire que si la terre et la lune n'étaient pas retenues dans leurs orbites, elles s'approcheraient l'une de l'autre; elles s'uniraient. Seulement «cette vérité étonnante était obscurcie chez lui de tant de nuages et de tant d'erreurs qu'on a dit qu'il l'avait devinée par instinct *. » En d'autres termes il manquait à Kepler le sens de l'induction proprement dite. Il subissait trop fortement l'influence des métaphysiques anciennes pour pouvoir fonder une astronomie positive. Galilée est le premier qui ait traité les questions de gravité^ non par le raisonnement, mais par la mesure. « Partant d'un principe plus mécanique que Kepler, il examinait quelle est la la chute des corps sur la terre, comment eidans quelle proportion cette chute s'accélère *-. » Par là il préparait la voie à Ci^ux qui allaient découvrir l'analogie de la gravité et de la gravitation, aux physiciens anglais de l'école inductive.

Parmi ceux-ci, il en est un que Voltaire rattache à Galilée par des liens très étroits, c'est le chancelier Bacon. Comme Galilée^ IMcon <( voulait qu'on expérimentât si les chutes se faisaient également aux plus grandes profondeurs et aux plus grandes liauteurs où l'on pût atteindre ». Bien qu'il n'ait peut-être procédé lui-même à aucune expérience, il a eu le mérite d'orienter les recherches dans la voie expérimentale. Sans les développements ingénieux qu'il donna à l'idée inductive, le passage n'eût pas été possible de la physique encore rudimentaire de Galilée à la science si complète de Newton. Par sa logique touffue et

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