‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 145 sur 183 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

imagée, il a pour ainsi dire donné des lois à la science positive, avant môme que celle-ci n'existât. Il a répandu des germes d'idées qui ont mOri spontanément. « On trouve dans son livre, en termes exprès, cette attraction nouvelle dont Newton passe pour l'inventeur * ». Le succès de ses disciples a nui un peu à la gloire de Bacon. L'éclat des découvertes newtonîennes a iait oublier que ces découvertes étaient préparées par de longs efforts, qu'elles n'eussent pu se produire si Tcsprit scientifique n'avait été suscité par la méthode de Bacon. « Le plus singulier et le meilleur de ses ouvrages, est celui qui est aujourd'hui le moins lu et le plus inutile : je veux parler de son Novum Organum Scientiariim, Cesl Véchafaud avec lequel on a bâti la 7iouvelle philosophie ; et quand cet édifice a été élevé, au moins en partie, l'échafaud n-a plus été d'aucun usage -. » Voltaire, on le voit, saisit parfaitement le lien qui existe entre les progrès de l'empirisme et ceux de la philosophie naturelle. «Le chancelier Bacon neconnaissait pas encore la nature, mais il savait et indiquait tous les chemins qui mènent à elle... Il est le père de la philosophie expérimentale"*. »

Quant à Locke, il représente lui aussi un aspect de la môme tendance. Il serait injuste d'en faire le fondateur unique de l'école nouvelle, comme ilserait injuste de lui refuser une influence directe sur cette école. H a appliqué aux questions psychologiques les procédés descriptifs de Bacon. Si l'esprit d'analyse qu'il déploie a pu servir de modèle aux physiciens proprement tiits, il est vrai aussi « qu'il s'aide partout du flambeau de la physique ^ ». Il y a donc action et réaction de la science positive sur la philosophie empiriste, et de celle-ci sur la science. Voltaire a eu le mérite, à une époque où la tradition française était sans réserve favorable à la métaphysique, d^^perçevoir quk»n Angleterre la science et l'empirisme avaient marché de pair et progressaient l'une par l'autre. C'est cette constatation qui devait l'amener à admettre la stérilité de toute métaphysique, et à lutter sans répit contre la métaphysique alors régnante en France, la métaphysique cartésienne.

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