‹ La philosophie de Newton (volume 2)Chapitre 146 sur 183 · V. Lettres PhiL, XIII · texte numérisé non relu

V. Lettres PhiL, XIII

Descaries avait fait campagne contre rimagînation pour la la raison. Son système était un effor! tenté pour rejeter de la philosophie tout ce qui est entaclié de sensibilité et pour n'accorder force probante qu'aux arguments géométriques. Cette tendance a été exagérée encore chez ses disciples, par exemple chez Malebranche. Descartes prétendait rendre évidentes l'idée du moi et l'existence de Dieu par la seule force de la raison. Il faut imposer silence à l'imagination pour entendre la voix de Tévidence. Pour Malebranche l'imagination est la grande maîtresse d'erreur. C'est elle qui corrompt la logique ordinaire et l'esprit pur lui-môme. On peut dire que le cartésianisme dans son ensemble est par essence un système rationnel, qui se défie de toute image sensible.

Il est remarquable qu'on fasse à Descartes, pendant tout le cours du xvin® siècle, l'objection qu'il semble avoir tout fait pour éviter. C'est le reproche d'imagination, de fantaisie, de rêverie, qui revient sans cesse sous la plume de Voltaire à propos (le Descartes. « Descartes était né avec une imagination brillante et forte, qui en lit un homme singulier dans sa vie privée comme dans sa manière déraisonner. Cette imagination ne peut se cacher mémo dans ses ouvrages philosophiques où Ton voit à tout moment des comparaisons ingénieuses et brillantes * »... « L'opinion publique en Angleterre sur ces deux philosophes (Descartes et Newton) est que le premier était un rêveur et l'autre était un sage ^ »

Ces critiques semblent au premier abord d'autant plus déconcertantes qu'on connaît les propres aveux de Descartes sur sa faiblesse d'imagination ^ On s'étonne de voir taxé de rêverie un homme qui voulait donner à la science la forme d'une longue chaîne de raisons à la manière des géomètres. Pour s'expliquer les critiques de Voltaire, il faut tenir compte des changements survenus dans le vocabulaire philosophique. L'imagination, telle que la concevait Descartes, était une faculté sensible, identique à la cpavracU d'Aristote, et nettement distincte du pouvoir de former des idées. C'est parce que les images sensibles font obstacle à la clarté des idées que Descartes

i. V. Lettres PhiL, XIV : Sur Descartes et Newton.

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