Principes, loc. cit
n4 LA PIIII.OSOPinE DE NEWTON
idéofl (lilTrrcnlos (\o lospaco ot du temps n'^ols. Pour a^arantir à la Mocanicpio (l(\s ïlélinilions praliquos, — c'oRl-à-diro des définitions à la fois exactes ot naturelles, — Newton est obligé de procéder à uiu* analyse nouvelle des idé(»s d'espace et <le temps. C(»tle analyse seule pourra nous faire savoir jusqu'à quel point il est l'''gilime d'employer dans le cîdcul des forces les symboles de temps (*t les symboles de longueur.
'{'(Hit 1 intérêt du Srfutlif* <le Newton repose sur la dislinclion qu'il établit (»ntre les temj)s, les espaces, les lieux et les mouvements, en absolue et relatifs, tarais et apparents, mathématiques et vulgaires. Il est impossible d'attribuer une signification constante aux expressions dont se sert ici Newton. Il ne donne nulle part une définition exacte <le ce qu'il nomme absolu par oj)position au relatif, et il est visible qu'il emploie ces termes dans deux acceptions assez dilTérenles. Il semble qu'on puisse ap])orter beaucoup de clarté aux irlées de Newton en adm(»ttant (pie l'opposition du relatif et de l'absolu revèl chez lui deux formes bien distinctes. Dans un pren)i(»r sens l'absolu s'oppose au relatif comuK* le rationnel au sensible, ou comme c(^ cpii est métapliysi(pie s'oppose à ce qui est simplement physi(pie. C'est cette opposition (jue Newton désigne parcelle du vrai et de Vapparcnt. A un point de vue tout autre, l'absolu diffère du relatif, comm(» c»^ qui (»st mathématique d(^ ce (jni (\st vulfjaire. (leci signifie (ju'une conception vulgaire est caractérisée» par le manque de rigueur. 11 se peut fort bien (jue le vulgaire se fasse une idée clain* de certaines choses, mais il nr saura pas situer son idée dans le cadre des idé(\s voisines. 11 ne com])ren(lra pas quelles limitations elle doit forcénKuit subir, et en croyant toucher la vérité absolue, il restera malgré tout dans le domaine du relatif. Faire une ol)S(Mwalion juste sans en apprécier la portée, voilà le caracti're de 1 esprit vulgaire, et c'est la raison pour laquelle Newton le qualifie de relatif. î/esprit mathématique, comme on le verra bientôt, n'est pas supérieur à res])rit vulgaire en ce sens qu'il pourrait connaître plus qiu» lui. Les limites imposées au savoir humain règlent aussi bien la C(nu)aissanc(î scientifique (pie la connaissance vulgaire, et il est impossible même au .savant d'afiirmer, en quehpK» matière que ce soit, une vérité métapliysi(pie ou absolue. Pourtant le physicien, le mathénia-
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ticien poss^donl un avantaefo con.si(I<^rablo sur l'iiommo ordinaire. Ce que ce dernier per^'oii vaj^uemenl, ils lui donnenl une forme numc^'rique. Ce (|ue le vulççaire afïirnie dof^matiquenient ils raflirmcni avec une connaissance exacte des conditions où ralTirmalion est léjjfitirne. Aussi bien les deux choses sontelles solidaires. L'homme qui se contente d'un sentiment 1res vague. GfénéralenuMit (jualilatiC drs choses, esl aussi celui qui a le plus <le teinlanee à leur donner une porléc» <|u'(dles n'ont pas : c'est celui dont h^s idées serofit le plus relatives. Le savant expérimental au contraire cherche à préciser les impressions des sens et leur applique dans la mesure du possible le lanj^a^e malhématicpie, et cela même robIifJ!:e à voir ju.squ*oii ses équations sont valables. Ainsi la supériorité du mathématicien sur Thomme ordinaire n'est i>as, comme le langage de Newton pouvait h» faire» croire tout d'abord, que l'un possède, alors que l'autre ne possède pas, le moyen de coimaitre le vrai absolu. Ils sont condammés tous deux, par la nature des choses, à se limiter aux rapporis observables. Seulement tandis que le premier a conscience de ce qu'il fait, parce que les mathémati([ues lui font a])ercevoir l\ la fois la valeur et les limites de sa méthode, le second, réduit aux impressions sensibles, oublie qu'il opère sur d(»s relations c^t se méprend sur la porté(î de ses idées.
11 résulte de là que la confusion de l'espace absolu et de l'espace relatif, du temps absolu et du tem])s relatif, du mouvement absolu et du mouvement relatif, pourra se faire» de deux manières. Ou bien nous confondrons les réalités iv'rtî'es et les réalités apparentes, ou nous prendrons les objets vulgaires pour des objets mathématiques. La première confusion est celle qui eût semblé la plus grave à Descartes ou aux métaphysiciens qui l'ont suivi. Elle consiste dans une assimilation fautive de ce que la raison nous donne a priori et de ce que les sens nous représentent dans l'expérience . Ainsi l'étendue intelligible ne peut être identifiée à l'étendue sensible sans qu'il s'en suive, dans le système de Malebranche. une» erreur propre à dénaturer la philosophie» tout e»ntie're. Che»z Newton au contraire, pour qui h»s préoccupations me'^taphysiqucs demeurent secondaires, la grande erreur à éviter n'est pas de prendre pour une réalité métaphysiepie ce qui est simj)lement
une réalité physiquo. Une pareille faute peut être grave comme erreur de principe, mais elle n'a pas de relenlisscmenl sur tout le dévelo|)pement de nos idées. Le vrai danger est de tomber dans une confusion de l'absolu etdu relatif au deuxi^me sens indiqué plus haut.
(^ue se passera-t-il en effet si les notions vulgaires viennent prendre la place des notions mathématiques? Toute délinition devient impossible, toute mesure devient illusoire. Admettons que l'astronomie, conliante dans les idées vulgaires, se contente de regarder l'espace comme un milieu lié invariablement à la terre, sans comprendre ce (ju'une pareille idée a d'hypothétique et d'improbable. Il en résultera une vue inexacte de tous les phénomènes célestes. Hien plus, les mesures de distan<*es deviendront impossibles, car le système fixe servant de repère a été choisi arbitrairement, et les distantres rapporté(\s à ce système varieront suivant une loi qui échappe. Supposons au contraire que l'esprit se rende compte de la valeur conditionnelle de ses conceptions, qu'il reconnaisse ce qu'il y a d'arbitraire dans son choix de l'espace absolu, aussitôt nous rendons aux choses leur situation relative, et des mesures correctes sont possibles. C'est pour cela que dans l'esprit de Newton le principal souci du physicien doit être non pas tant de se séparer du métaphysicien que de se séparer du raisonneur hàtif. Les erreurs métaphysiques sont compatibles avec remploi d'un langage exact, et il sufïira de changer le sens de quelques termes j)our revenir à l'expression fidèle des faits. Tandis que si nous employons un langage obscur, confus, mal délini, pour désigner des choses que nous croyons connaître parfaitement, l'erreur commise est irréparable, il ne reste qu'à recomniiMicer les recherches en partant de définitions nouvelles.
Newton aflirme sans démonstration l'existence de l'espace absolu et c<^lle du temps absolu. S'il fallait donner au mot absolu sa sij^nilication métaj)hysi(pie, une pareille afnrmation aurait de <|uoi surprendre. .Nous sommes accoutumés à voir chez Newton l(\s vu(\s a f>ri<)vi reléguées au second plan et le souci des délinitions nominales l'emporter sur le goût des hypolhès<\s. Nous venons de dire que son principal eiïort n'est })as <Ie sé|)ar(M* h»s notions rationnc^lles des notions vulgaires.
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mais dt^mpùchcr qu'on altrihue à ces cloniii^res uno j)orté(* qu'elles n'ont pas. Il devient vraisemblable dès lors que r<»spaee et le temps absolus de Newton ne sont pas ces réalitc'îs métapbysi(|ues (fue le cartésianisme ndmei a p )'i or L Les idées que Newton veut délinir sont ici, comme en mathématiques, des idées limit(»s. Elles ])articip<Mit de la nature des connaissances vulgaires, mais possèdent en plus larif^ueuret l'uniforniité
Considérons [)ar exc^mple la notion du temps, v Le temps absolu, vrai et mathématique, sans relation h rien d'extérieur, coule uniformément et s'appelle duréeK » Est-ce à dire qu'il diffère en nature du temj)s ordinaire, du temps relatif T Newton dit expressément \o, contraire. Loin de partager lidée de S[)inosa ou de Malebranche pour qui réUn'uité esl autre chose que le temps. — si biiMi (|U(» les mêmes unités ne peuvent leur convenir, — Nrwton considère U» tem|)S absolu et le temps relatif comme identicpies <^ d'espt'ce et de granchuir ». On sait ((lie pour Malebranclieou j)Our Spinoza le temps absolu n'était pas mesurable. Chercher à appliquer à Télernité les pn^cédés de connaissance qui réussissent dans le monde sensible, c'est faire intervenir l'imagination dans la représentation des concepts, c'est mélanger les impressions sensibles aux vues de rentendement. De là l'opposilion créée par ces penseurs entre la durée physique ou perceptible d'une part, l'éternité métaphysique de l'autre. Newton, et c'est là l'originalité de sa théorie, considère que tout ce qui est grandeur est par essence susceptible de mesure. Le t^Mups vulgaire ou relatif est susce])tible de mesure approchée, h» tc^mps mathémalique ou absolu admet une mensuration exacte.
Que se passe-t-il (mi eiïet dans la pratique lorsque nous devons estimer une portion du temps ? Il nous est indispensable d'avoir recours à un phénomène pouvant se ré])éter, (»t de compter combien de fois ce j)hénomène st^ n^produira <lans \v temps donné. Si C(? phénomènt» ne peut convenir à une mesure exacte de l'intervalle donné, il faudra procéder conune cil arithmétique, c'est-à-dire créer des sons-phénomènes, analogues aux sous-mnlliph's d(î Tunilé. à l'aide <les<|uel.s on