LcUrc à Huyghens du 26 septembre
LX GRAVITATION UNIVERSELLE ET LA MliCANIOlK CELESTE 3iy
perpendiculaire à la ligne des pôles, mais suivant le rayon terrestre. C'est Claude PejrauU dans ses Esmis de Physique » qui tourna le premier cette difficulté. II admit que la rotalion d'un tourbillon n était pas uniforme à toutes les distances d<î l'équateur, mais qu'elle est d'autant f)lus rapid(î qu'on s'approche davantage du pôle.
Jacques UemmiiUi résolut la (jucstion j»iir une hypothèse assez «iifférenle. 11 prétendit i\\w W inouvi^mcnl des particules tourbillonnantes ne se fail pns seuhMiKMit |>arallMcment à l'équateur, mais parallèlement à tous les t^rands cercles d(î la sphère. Il faut admettre (fue la direction de la pesanleur c^st alors déterminée par des considérations de symétrie. Elle est la résultante ou la moyenne de toutes les directions possibles au même lieu. Tout se passe comme si un point de la surfae(» était uni au centre par une chaîni» de molécules radiales, et que les pressions matérielles ne pussent se propager que suivant le rayon-.
Knlin, en 1690, le célèbre niathém«iticien Varignon " essaya (le justifier la théorie de Descaries contn* le reproche le plus important, celui de méconnaflre la vérilable nature de la force centrifuge en admettant que les particules matérielles les j)lus grossières sont repoussées par cette force vers le bas, tandis que Téther le plus subtil est pressé vers h» haut. D'après Varignon y les tourbillons planétaires (|ui entourent la terre enferment le tourbillon de cette dernière dans une voûte élasti(|ue. Par la force centrifuge des tourbiUons planétaires, il se propage dans le tourbillon de la tern» une véritables forc(» centri|)ète, qui t»st la cau.se de la p<\sanleur. La forc(^ centrifuge* et la foret; centripète se composent en tous lieux j)our donner une* résidlante unique. Les points où c(»s deux forces se détruisent constituent une zone neutre (pii peut servir de frontière aux tourbillons voisins. En dedans ou (»n dehors d(» cette zone c'est l'une ou l'autre des deux forces ([ui domine. On voit (pie la Ihéorie des tourbillons ne s'était laissé arrêter par aucune objection.
2. Cf. Jacques Bernouilii. itisserlalio de Gravilate .Klherh, Anislcrdam 1683. et Journal des Savants, f(»\ri»»r 1G8G. p. Il) : Dubiiini ciiva caiisain gravitatis a Rolationc Voitici.s Tenvni pelilam.
3. Souvelle conjecture sur la pesanteur, Pari.s, 1600, Cf. J. des Sav., 1091. p. 2î»9.
En complétant les hypoth^scs do Dcscarles, les Cartésiens avaient fait de son système un échafaudage d'apparence solide, mais en réalité extrêmement instable. L'intolérance avec laquelle ils s'opposaient aux objections de principe avait fini par rendre impossible toute discussion scientifique. C'est pour libérer de la contrainte cartésienne la science de son temps, que Newton entreprit une réfutation en règle du système des tourbillons.
La discussion de Newton est doublement intéressante, d'abord parce qu'au point de vue historique elle est le coup décisif porté l\ l'ancienne philosophie, ensuite parce que Newton emploie, pour réfuter la théorie de Descartes les mêmes procédés dont il s'est servi pour démontrer la sienne propre *.
Admettons un instant que la théorie des tourbillons soit vraie. Cette théorie est capable de donner des explications spécieuses qui peuvent abuser un esprit sans précision. Nous voyons Descartes, en des théorèmes quasi-géométriques, démontrer successivement que le soleil doit être sphérique«, qu'il doit envoyer de la lumière à la fois vers l'écliptique et vers les pôles •\ que les étoiles peuvent se transformer en comètes *, que les planètes sont inégalement distantes du soleiP et tournent d'autant plus vite autour de lui (ju'elles en sont plus rapprochées*, que la lune doit aller plus vite étant pleine que dans son croissant ou son décours % que les satellites de Jupiter doivent se mouvoir très vite et ceux de Saturne très lentement % et uiïe foule de propositions analogues, dont la plupart sont d'accord avec les faits.
Est-ce h dire que ces propositions constituent une vérification indirecte de l'hypothèse des tourbillons ? 11 n'en est rien, et, pour s'en assurer, il suffit de se demander ce qui fait l'objectivité d'une loi. C'est, comme nous l'avons dit souvent, la pos-
1. Voy. Principes^ L. Il, Prop. III, Théor. LX et les deux derniers Scholies du môme livre.
î. Principes de la philosophie t II* partie, § 60 sqq.