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tendances, que Newton a pu être considéré comme le grand promoteur du mécanisme moderne.
A cet égard les allusions de Newton dans l'Optique et les Principes '■ peuvent nous servir de guide. Son but n'est manifestement pas la réduction définitive des phénomènes à un jeu de molécules s'entrechoquant'. C'est là une forme grossière du matérialisme, dont ne peut se contenter l'esprit positif. Les forces mécaniques qui président au choc des corps, pom- être les plus faciles à constater de toutes, ne sont pas jes seules que la nature présente. Les forces dattractionet de gravitation nous ont fourni un exemple de forces plus cachées, que l'analyse mathématique peut seule mettre au jour. S'il faut en croire Newton, tous les phénomènes physiques dépendent ainsi de « quelques forces ))^ Ceci veut dire que dans toutes les observations il existe un élément mathématique que nous pouvons commodément appeler une force, pourvu que nous ne supposions pas par avance l'identité de toiites les forces. Force devient synonyme d'élément simple avec lequel les mathématiques peuvent reconstruire les diverses parties de la réalité. Mais il ne faut pas induire du choix de ce terme à la similitude des objets qu'il désigne. La force attractive, la force chimique, la force lumineuse peuvent fort bien être de nature différente. Il n'en demeure pas moins avantageux de les assimiler toutes au type mécanique, de façon à leur appliquer plus aisément le calcul.
On voit alors en quoi consistent les tendances mécanistes de Newton. Newton a gardé de l'ancien atomisme cette idée essentielle que le composé doit s'expliquer par le simple, l'agrégat par l'élément. L'analyse du réel en faits élémentaires qui est pourM. Lange la caractéristique du mécanisme, se trouve très certainement dans l'œuvre de Newton. Seulement les élétnents qui servent à l'explication des phénomènes ne sont plus unifor-
■1. Principes, Préface de 1680.
2. V. Préface des Principes. « Plusieurs raisons me porleiit à sou|)(,'onner que les phénomènes naturels dépendent tous de quelques forces dont les causes sont inconnues, et par lesquelles les particules des corps sont poussées les unes vers les autres et s'unissent en figures régulières, ou sont repoussées et se fuient mutuciiemcnt, et c'est l'ignorance où l'on a été jusqu'ici de ces forces qui a empêché les philosophes de tenter l'explication de la nature avec succès. »
LA PIIYSIQUl'] MAIIIKMATIOUK 1:T LK MKGANISME 407
mémcnt ot strictement mécaniques. Chaque ordre de phénomènes repose sur des faits spéciaux, et réU''ment simple qu'on peut en dégager est caractéristique de cet ordre. Maintenant ([uc d'un ordre à l'autre il y ait des réductions possihles, que par exemple les explications mécaniques puissent s'étendre au delà du domaine de la mécanique pure, c'estce que l'expérience ai(lé<^ du calcul pourra décider. .1 priori nous devons nous délier des synthèses trop rapides. Nous devons considérer jusqu'à nouvel ordre chaque classe de phénomènes comme dérivant d'éléments spéciaux, et la seule chose qui subsiste lorsipi'on passe d'une de ces classes à l'autre, c'est la méthode qui sert à trouver l'élément. Cette méthode, toujours et partout, c'est la méthode mathématique. Commençant par un simple classement des observations nUméricpies, elle Unit par dégager une loi élémentaire qui va servir de base à la théorie. Mais rpielquc^ loin qu on suppose poussée l'analyse mathématique, ([uelquc uniforme (juo paraisse le type d'explication auquel elle conduit, il y aurait hypothèse, et hypothèse gratuite, à croire quelle ramène tout au mécanisme.
On comprend maintenant la place si importante que tiennent les « Quîestiones » dans la Physique de NeNvton. Au début de chaque science il est impossible que la méthode mathématique s'applique d'emblée. Les faits se présentent comme trop endirouillés, les mesures comme trop incertaines, j)our ([ue l'analyse et la synthèse» puissent se pass(U' tle toute analogie. Même lorsque la lli('ori(* est constituée, il reste toujours un certain nond)i'i' de (pieslions (jui sont encore à rélude et qu'on ne peut faire rentrer dans le corps de la science. C'est à ces questions peu coordonnées qu'il convient d'applif[ucr les analogies mécaniques, et nous avons dit on effet (\yw les « Qua^stiones opticu- » renferment toute la physi(|ue moléculaire de Newton. <>ii conçoit cffectivemenl <|u'à <lia(pi(^ moment de son histoire la physicpK' envisagée comme une théorie mathémali(|ue laisse |)rovisoirenient en dehors d ClIe ii»us l(>s phénomènes encore mal éclaircis, siu* lescpiels le caictd n'a pas prise, l'om- ari'iver à inetire l'ordre dans ce chaos, il est utile fie se laisser guidei- par les théories flites moléculaires, par les ra|)procliemenls niécani(pies de tout genre, ({iii sont le meilleur iu(iv<'n de pr<'ssenlir d(»s lois. Tne fdis (|n<» les lois soid
découvertes, les comparaisons mécaniques deviennent inutiles. La fécondité des équations supplée au caractère intuitif des ima^ges mécaniques.
C'est ainsi que Newton, dans la théorie de la double réfraction, trouve bon d'assimiler les rayons lumineux à une émission de particules solides, parce que cette conception moléculaire fait image par sa simplicité et introduit un ordre provisoire dans la complexité des faits ^ Mais il ne veut nullement laisser entendre par là que la lumière est réellement un corps. On peut l'envisager comme telle d'une façon provisoire sans qu'il en résulte une assimilation définitive des ébranlements lumineux aux chocs moléculaires. Lorsque je dis que la lumière est un corps je ne le dis pas sans réserves, comme le fait voir le mot peut-être ; ce n'est là pour moi tout au plus qu'une conséquence probable, nullement une hypothèse fondamentale ou une partie de la doctrine - ». Et de fait dans la première Édition des Principes, Newton arrive à s'affranchir de cette hypothèse. Les progrès faits entre temps par la physique mathématique lui permettent de traiter la théorie de la lumière d'une manière purement mathématique, sans hypothèse mécaniste auxiliaire. « Au reste je ne m'embarrasse point de la nature des rayons, je n'examine point s'ils sont matériels ou non, mais je me contente de déterminer les trajectoires des corps qui peuvent être semblables à celles que décrivent les rayons. ° »
Cet exemple est typique en ce qui concerne la méthode de Newton. Il fait bien voir que le mécanisme strict, tel qu'on le trouve chezHobbes et chez Gassendi, n'a jamais été considéré par Newton comme le but de la science. Les explications mécaniques n'ont dans la physique de Newton qu'un rôle provisoire et relatif. Elles servent à fournir des iils directeurs
1. Y. Opl Qiiœst. XXXI. « Qnin et ipsi etiam radii luminis corpora dura esse videntur, neqiie enim alioqui possent iii diversis suis lateribus diversas retinerc propritates. »
2. V. Newtoni Responsio ad object. aliquas, Phil. Trans. 4672, n» 80. « Vcrum quidem est (piod ex niea Theoria arguo lumen esse cor|)us; at id non incunctanler assero. ut iuiiuit vcvhum forlasse ; id propono, ad summum, tanquam probabile doctriiue meœ conscctorium, nontaïuiuani liypothesim, quà, veiut fundamenlo doctrinae stabiii utor, quin imo, nec tanquam doctrinœ partem. »