Cf. Qiiœ.sl. Oplic. .\\\i, sub lin
3. l/iiil. Il ilypnllicses, in l'hilnsuphia <pi;e eiiea expérimenta versatiir, peu nilulo MHit liaix-iida. »
472 LA PHILOSOPHIE DE î^iEWTON
ce donné des propriétés générales définies une fois pour toutes, susceptibles de se vérifier dans les cas particuliers. Dans les sciences physiques, l'analyse expérimentale part également des faits tels qu'ils sont donnés, et ne peut contenir d'autre vérité que cellequi appartient à ces faits. Elle décompose les phénomènes observési en phénomènes élémentaires, et de la loi du fait élémentaire elle permet de remonter à celle du fait donné. Mais, dans les matières de calcul comme dans les matières d'expérience, il est de l'essence des problèmes que la méthode analytique s'applique la première i. Les constructions que la synthèse pourra fournir seront sans doute rigoureuses, solides, élégantes. Mais la part de vérité qu'elles peuvent enfermer sera celle que l'analyse y a mise. 11 serait absurde et contraire au but même de la science dimaginer des synthèses abstraites pour l'explication de phénomènes réels. C'est pourtant la faute que commettent les partisans dogmatiques des hypothèses. Quand ils opposent aux théorèmes de lait qui constituent YOptique de Newton des théorèmes hypothétiques, fondés sur des données arl)itraires, ils cherchent à détruire par voie synthétique h^s résultats établis au moyen de l'analyse. Ils font en somme servir la synlhèse à un usage exactement contraire à celui pour lequel elle est faite. D'un auxiliaire de l'induction ils font de parti pris un adversaire irréconciliable. Il est trop évident, comme le dit Newton, que si l'on ne veut limiter à rien le droit d'hypothèse, il ne restera plus dans la science aucune vérité qui demeure solide-. Quelle que soit l'ingéniosité d'une explication, il sera toujours possible à un esprit subtil d imaginer une hypothèse qui la mette en défaut, et si le physicien condescend à modifier la théorie que lui ont inspirée les faits pour la mettre d'accord avec ces
1. Ibid. « Quemadmodum iii Matliematica, ita etiam in Phvsica, iiivostigatio rerum difficilium ea methodo, quœ vocatur analylica . semper antecedere débet eam qiise appellatur synthetica. Methodus analytica est, expérimenta capere, phaenomena observare, indeque conclusiones générales induclione inferre, nec ex adverso ulias objectiones admittcrc, nisi quae vel ab cxpcrimentis, vel ab aiiis ccrlis veritatibus desumantur. »
2. Cf. Réponse à l'avdies. Pliil.. Trans., 4672, p. Îi014. « Si (luis ex sola hypothesium possibili/ale de veritale rcruin corijocluram facial, non video quo paclo (iiiicciuain cerli in nlla scientia delenninari i)Ossil : si quidein alias atque alias hypotliesos seinpcr licet excogilarc quiv novas diflicuitalo's .suppedilarc videl)untiir. Quamobrem ab Hypothesium conlemplationc, lanciuam improprio argunictito, hic abslincndiim esse censui. »
LA IMIYSIQUL; KXIM^HlMKNTALli El L'ilYl'OTIIKSK 473
lictioiis, sa Icklie ne linira jamais. Toujours des liypolhèses nouvelles surgiront (jui montreront la possihililé d'une erreur.
La sauvegarde du savant réside dans ce lait que la possibililé d'une erreurne doit pas l'effrayer. Ce qui peut légitimement le préoccuper, c'est la question de savoir si une erreur a réellcinent été commise. Cette question est en dehors du domaine do l'hypothèse et de la fantaisie. C'est l'élude patiente des faits i|(ii seule pourra la décider. Si les observations ultérieures viennent à l'appui des lois analytiques que nous avons émises, elles seront la meilleure preuve ([ue dans notre théoi'ic malgré les imperfections inévitables, se trouve qu(dque chose de conforme à la nature. Si au contraire la loi provisoire se trouve démentie à l'épreuve, les suppositions seront superflues pour en démontrer le néant : son insufllsance pratique suflit à la faire condamner.
Ou voitqu'il y a chez Newton une idée entièrement contraire à celle {\\ii)\\ rencoiiire chez Descartes. La certilude physicpie est pour Descartes identique à la certitude mathématique. Ceci veut dire que le contraire du vrai est inconcevable, que nous ne pouvons pas plus i-evocpier en doute l'axiome physique que la.Kiome mathématicpu'. De là le soin ([ue prend Descartes à mettre ses déductions j^hysiques à l'abri (l(\s objections môme les plus hasardeuses, comme par exemple celle d'un « malin génie». 11 suffirait que cette hypothèse, pourtant bien vague et bien artilicielle, permit de soupçoimer une loi d'erreur, j)our (pie la loi di'il immédiatement être rejetée au rangdes vraisemblances et des chimères. Newion n'iMUaccepté en aucune façon qu'on imposait à la physique un contn'de aussi factice. Instruit par les polémif(iiis (pi il avait soutenues et par le parti pris de se> adversaires, il avait compris que pas une vérilé physicjue n'est telle que le contraire en soit impossible. Aussi bien une objeclion qui montre seulement que notre théorie peut être en rléfaut n est pas une objection dont on doive tenir compte. L'n pareil procédé de critique ne laisserait debout rpic la science mathémati(pit;. L liyjxttht-se, par C(da même (pi Clle est théori- (|ueineiit toujours coiici'n able, doiiiie rillii>ioii d^Hre prali(pieineiit ;icceplable. .Si I on \a .ni tond t\r>i choses, il n'iii est riiii < >pposer aux faits (pic la nature cnx'iL;!!!' des conceptions ipie rien ne soutient, c'est oublier (pie l'eflort de l'e.-piit doit
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tendre à se conformer aux faits el non à [)lierla réalité aux chimères que nous imaginons. Voilà pourquoi nulle hypothèse ne peut être opposée a priori, comme une fin de non-recevoir absolue, à une théorie expérimentale. L'hypothèse est un obstacle fictif, dont le savant expérimental a le droit de ne pas se soucier, tant qu'elle-même n'est pas modelée sur les faits.
Si Ihypotiièse ne peut pas servir à faire la critique d'une théorie expérimentale, quel moyen avons-nous de tenter cette critique? En déniant aux hypothèses factices le droit de faire contrepoids à l'expérience, ne risquons-nous pas d'ériger les résultats d'observation en dogmes expérimentaux ?
Il y a lieu de faire ici une distinction qui est mise en œiivre constamment par Newton. Entre les hypothèses, une classification est à faire, d'après l'ordre de complexité qu'elles présentent. Il y a des hypothèses qui sont simples, commodes, naturelles. Celles-là à chaque époque de la science sont en nombre relativement restreint. Ce sont celles qui correspondent sinon à la totalité des observations, du moins à des groupes de phénomènes suffisamment généraux. La théorie de l'émission, la théorie des ondulations, la théorie moléculaire de la matière reposent sur des hypothèses de ce genre. A côté de celles-ci il en est d'autres, qui sont à la fois plus compliquées et plus particulières. Elles proviennent de ce qu'on a tenté trop tôt d'appliquer les hypothèses générales à certains faits qui pour se plier à nos idées ont sollicité des conventions supplémentaires. Alors ces hypothèses se sont enrichies d'hypothèses accessoires, et ont fini par constituer un système qu'on ne peut plus modifier ni compléter. La théorie cartésienne de la matière subtile, des élénients sphériques, allongés, cannelés, repose sur un ensemble d'hypothèses de ce genre.
Lorsqu une théorie physicpie nouvelle se présente à l'esprit, deux diflicultés peuvent surgii'. Ou bien celte théorie va à rencontre d<>s hypothèses comj»Iiquées el bizarres (pii ont été créées pour îles cas spéciaux, et alors le savant ne doit jjas s'arrêter à cet ol)Stacle; la seide coiichision (ju il soit légitime de tirer est non i)as (jue la théorie soit fausse, mais (pie les liypothèses adverses sont en défaut. Ou bien nous obtenons des résultats incompatibles avec les hypothèses générales et vagues (jui forment à (•lia(pie momcul le cadre de la science.
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Dansi ce cas robjectioii est réelle, car si nous contredisons ces liyi)othcses, cela veut dire que nous contredisons en même temps renseml)le de faits positifs dont ces hypothèses sont la leprésentation. Newton a eu affaire à cette difficulté lorsqu'il a constitué sa théorie de la lumière. Ses premières observations sur le spectre étaient contraires aux conceptions courantes louchant la nature de la lumière. 11 ne pouvait a priori considérer ces conceptions comme non avenues, et ériger indépendamment d'elles une théorie originale, puisque les hypothèses traditionnelles sur la lumière, bien qu'elles n'eussent pas de valeui- absolue, étaient un schématisme assez commode et s'étendaient à des faits assez nombreux pour (pTon ne pùl les abandonner sans raison. Aussi Newlon réfute-t-il avec soin, et une à une, les différentes hypothèses classiques de son temps. Tous les théorèmes de ï Optique qui précèdent \' Experimenlum Crucis sont consacrés à faire voir que les hypothèses classiques ne rendent pas compte <le certains faits. A cet égard, Newton fait grand cas de la critique des hypothèses. Il est essentiel, quand on découvre un domaine expérimental nouveau, de voir si ce domaine est régi par les mêmes lois que les autres. Mais une foi.s (pie par un Experimenlum Crucis on est arrivé à se persuader de l'existence de causes nouvelles, on se trouve en |)OSsession d'une certitude de fait qu'aucune hypothèse ne |)out plus ébranler. On ])ourra partir de cette certitude pour corriger les hypothèses admises, loin qu'il faille inventer des hypothèses nouvelles, nécessairemeni compliquées et faclices, pour rétablir l'accord avec les idées courantes. Ainsi le physicien doit se préoccuper de savoir si les faits ((u'il observe sont ou ne sont pas réduclibles aux faits pour lesquels ont été créées 1rs hypothèses générales di- la scienc(\ Mais une fois cette (pic'stiou résolue, ce ne son! pas des iiypothèses spéciales, prcs((ue loujouis artilicielles, <pii doivent l'arn-lrr dans ses inductions. I/hypothèse peut servir de guide au savant |)Our lui iiidirpiiT(laus cpud sens chercher un Experimoilion Cntcia. Mais joiscpie l'expérieiiee a di'cidi'' eu l'aveiH" de lois nouvelles, les hypothèses anciennes ne doivi'ui pas revenir sous lormi' d'(»bjections ou de rc'-futations.
Il fésidte de ce qui précède (pidii se niepreiid lro|i soummiI .^ur la porter» véritable de I Cmpirisme «le .Newton. Lorscpi on
prend texte delaformule des Principes : « hypothèses non fingo », pour faire de Newton un adversaire a priori de l'hypothèse, on commet une erreur historique. Ce ne sont pas les hypothèses en général, ce sont les hypothèses /Zc^ioes que bannit Newton, et par ce mol il faut entendre les hypothèses qui sont inventées arbitrairement i)ûur faire pièce à une théorie expérimentale. C'est donc l'usage de l'hypothèse comme instrument de critique, plutôt que son utilité en général que Newton nie absolument. Lhypothèsc peut être légitime à certains égards, mais elle est certainement illégitime comme moyen de polémique, comme lin de non-recevoir opposée sans preuve à des affirmations raisonnées. La formule « hypothèses non fingo » ne traduit en somme que la déconvenue éprouvée par son auteur dans l'exposé de ses recherches. Là oii il espérait que le récit de ses expériences entraînerait l'adhésion immédiate du monde savant, Newton s'était heurté au mauvais vouloir des dogmatiques entêtés d'hypothèses. C'est à ceux que sa formule s'adresse et c'est aux hypothèses dogmatiques qu'il en veut. Mais à côté du rôle dogmatique, l'Iiypothèse ne i)eut-elle pas jouer un rôle suggestif? S'il est dangereux de l'opposer aux faits, n'est-il pas possible de l'utiliser dans la coordination des faits? C'est la question qu'il nous reste à résoudre si nous voulons pénétrer au cœur de la conception newtonienne de l'hypothèse.
De même que Newton n'accepte pas qu'on lui oppose les hypothèses des autres, il se refuse à présenter sa théorie comme une hypothèse analogue aux autres, comme une réfutation dogmatique d'autres dogmatismes. « Je préférerais, écrit-il, à Pardies S si je n'avais pas des raisons démonstratives de le croire vrai, répudier mon système comme vain et futile que le défendre comme une hypothèse qui soit mienne. » 11 y a pourtant dans l'œuvre de Newton une partie essentielle qui n'est faite que d'hypothèses. Nous voulons parler de lappendice fragmentaire qui termine Y Optique et qui est intitulé « Qua'stiones ». Déjà souvent nous avons eu l'occasion de faire allusion à ce passage, donl la Forme (^st c()in|)l(tomcnt dilTérenle tant de la forme des Principes (jur de celle du reste de VOptique. Ces questions affectent régulièrement la forme dubitative: « Est-il