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LA PHYSIQUE EXPÉRIMENTALE ET L'HYPOTHÈSE

(le ceux qui ont écrit sur la physique ont procédé comme s'ils avaient renoncé à atteindre le degré le plus modeste de la certitude. Leur habitude était de prendre les suppositions pour des vérités, dès qu'elles offraient avec la réalité une apparence de rapport. 11 est vrai que les démonstrations dans la philoso- ])hie naturelle ne peuvent être aussi exactes qu'en mathématique. Kncore faut-il tenir le milieu « entre la préoccupation (les hypothèses et la prétention de démontrer toutes choses avec une rigueur mathématique ». Toute la philosophie est fondée sur la méthode d'induction. Notre auteur donne une nouvelle force à cette méthode par le principe incontestable que tout résultat d'expérience demeure, malgré les hypothèses, vrai jusqu à observation du contraire.

Comment s'est opérée dans l'esprit de Newton cette transformation qui l'a fait passer d'une tolérance générale de l'hypothèse à une condamnation systématique ? C'est ce qu'on ne peut comprendre que par des raisons personnelles, tirées de Ihistoire des écrits de Newton.

Les découvertes optiques et astronomiques de Newton avaient rencontré dès leur apparition des contradicteurs acharnés: Pai'dies, Cassegrain, Lucas, Huyghcns et bien d'autres se déclarèrent sceptiques devant les expériences de Newton, et s en tinrent soit aux idées cartésiennes, soit aux hypothèses de llooke. Dans la longue polémique que soutint Newton avec (pielques-uns de ces physiciens, il faut reconnaître ([uc les questions de priorité et de personnalité jouèrent le nMe le plus important D'un caractère naturellement ombrageux et timide. N(.'wt<Mi ne .se hasardait à avancer un fait qu'après en avoir vérilié de toutes façons l'exactitude. Nous savons qu'il a lardé «les années à publier les plus considérables de ses découvertes par \\\\ souci peut-être excessif de perfection. Mais une fois qu il avait livré ses idées à la publicité, Newton n'admettait |)as (|u'elles pussent se heuricr ;i des suspicions a priori. C'est un des caractères i)ropres du génie qui vil isolé dans ses idées de ne |)as cr)mpr(Midr(» (|uc l'c'spiil vidgaiic a besoin, pour se rangera la \(''i'il(''. du ini'me ti;i\aii |)ré|)ai'al(>ire dont 1 invenl<.'ur s est accpiitté lui même, i.e.-^ préjugés, les jioints île \ U(> acrpiis, ne dis|)araissent pas devant l'évidence sans le secijurs du tem|)S, et la tendance ii.iliiicljf que nou> épr<>u\ uns en face

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d'une conception nouvelle, est de la trouver fausse précisément parce qu elle est nouvelle.

Ce phénomène s'est vérifié d'une manière remarquable à l'époque de Newton. Jamais peut-être des découvertes plus simples, plus faciles h saisir, n'avaient été présentées au public avec un tel appareil dé démonstration, d'explication, de vérification. Jamais pourtant on ne vit plus d'acharnement dans la défense des théories anciennes et dans la réfutation préconçue du système qui les ruinait. Le mode d'arg-umentation généralement employé contre Newton était le suivant. N'ous expliquez, lui disait on, la mécanique céleste, l'optique physique, par des lois nouvelles. Ces lois sont fondées d'après vous sur des faits constants, et ne le cèdent en certitude à aucune autre loi généralement admise. S'il était possible d'envisager votre conception d'une façon tout à fait indépendante, nous pourrions peut-être la discuter en détail afin d'en découvrir le point faible. Mais tant de minutie est inutile, car nous avons a priori des raisons de croire que vous vous trompez. La théorie de Hooke, la théorie de Descartes, ne sont pas des systèmes qu'on puisse négliger en face d'une physique comme la vôtre. Ces théories ont été établies, non seulement sur des faits constants, mais après élimination méthodique de toutes les théories contraires. Elles ont commencé oar faire une classification des différentes conceptions logiquement possibles. Parmi celles-ci, elles ont exclu progressivement toutes celles qui allaient soit à lencontre des principes, soit à l'encontre des théories admises. Elles se sont de la sorte établies par f absurde, et il n'y a pas de raison qui [)uisse nous faire renoncer à une théorie dont le contraire est absurde.

En partant de là, Pardies et Lucas se refusent à discuter la conception de Newton comme une conception pouvant être vraie ou fausse : elle est nécessairement fausse puisqu'elle est incompatible avec ce qui est vrai a priori. C'est contre cette méthode de critique que Newton s'élève, d'abord ironiquement, puis' avec une irritation qui va en croissant à mesure que l'objection se renouvelle. Il est impossible d'admettre, écrit-il en I67i2, l'efficacité (rtnic méthode physique, si l'on n'a pas fait une énumération complète de toutes les manières possibles d'exj)li(juer les phénomènes. La véritable méthode d'investiga-

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lion des clioses est celle qui les étudie par l'expérience. La théorie que je propose n'est pas inférée seulement de ce que les choses ne peuvent pas se passer autrement, elle n'est pas le résultat d un argument a conlrariu ai)[)li(jué aux suppositions de mes adversaires. VA\c dérive d'expériences positives et directement concluantes. Il n'est (pi'une seule manière de la critiquer, c'est de l'aire voir ({ue les expériences ne répondent pas à la théorie (pie jCn donne '. Mais les hypothèses, quelles qu'elles soieni, ne pcuviMil pas avoir de valeur critifiue. On peut réfuter tout ce cpi'on veut par ties suppositions convenables, tandis (juOn ne peut rien établir positivement sans l'expérien.ce aidée du calcid.

La même hostilité contre les hypothèses se retrouve à la fin de VOplique '-. « Les hypothèses doivent être considérées comme rien dans la Pldosophie Naturelle'. » Le sens qu'il faut attribuer à cette formule est encore un sens polémique. C'est au point de vue de la réfutation d'une doctrine ([ue l'hypothèse est sans valeur. Croire réfuter les expériences de Newton, et en particulier l'expérience « cruciale » j)ar laquelle il montre que le fait de la dispersion doit s'expliquer par l'inégale réfrangibilité des couleurs, en disant que d'autres hypothèses permettent aussi de les interpréter, c'est violer l'ordre des recherches physiques. En physique, comme en mathémati(|ues, nous possédons un double instrument d'appréhension du réel, la « méthode analyti([ue » et la « méthode synthétique ». En mathématiques, la méthode d analyse est celle qui pari des faits, c'est-à-dire <ln donm'' g/'onKMriqiie, pour nMroUNcr s(Mis

1. V. l'hil, Tnnt.s., I.'ijiiill. 107-, ii. 8ij. « Liceal luitii liiic occasionc libi sigiiifiLiiii' nt'([iici(iuam ••etisere me cfHcaccm eam esse determinanilte verilali.s raliuncni qnà diversi cxaniinant'ir nuidi, qiiibii.s ph.iMiomiMia c.xplicari pussuiil, ni.si uhi pt!rfi'ct;i l'iicril oinniiini isloruin niodiiriiiii oiiiniu'ralio. Nosti geniiiiiam propritUates renini inveslipandi melhodum esse rpia illa- al) cxpiTimuiilis dcduciintur. Ac jam aiitr tihi dixcraiu Thcoriam a me (tioponilam cvirUim iiiiiii fuisse, ikui qiddiMii iufereiidi) rem ita se hal)ero, (]uia liaiid se liabeal aliter, videlieet non eam deducendo diitilaxal a conlrariurum siip|)o.silioiiMm iinifutatione, sed ipsam ab o.xperimenlis positive el dirrcle concludentibiis deii\ aii(b). Vera itacjue ralio eam examitiaiidi liae<' eril. si consideremiis scilieel niiin l'xperimeiila a me pi'oiiii.sit;! iiliis Tle'dri;'' parles, (piiliii> ,ueijinmiii|;iiiliii\ rcvri'a prdbenl ».

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