V. Quœst. Opt. XXVIII
ij:s ii)i;r.s .miVi'aimiysiques dk ni:\vi'(i.\ 493
mais (HIC co passage ne peut jamais se réaliser actuellement . Il n'existe pas un raisonnement déterminé, une preuve particulière qui nous {)ermelto de franchir l'espace qui sépare un fait d'expérience, ful-il aussi clair que le cogito, d'une connaissance de l'absolu. A plus forte raison serait-il absurde de poser dès le début de la science une pareille connaissance de l'absolu, et de prétendre en tirer |)ar la seule déduction les conclusions j)articulières à l'expérience donnée. Nous devons en toutes choses tenir compte avant tout des faits.
Oc |)armi les faits il en csl 1111 (pie nul saxanl ne songera à contester, c'est (|U(> la science, aussi loin (pi On suppose poussé le progrès coiiliini dont elle est susce|ilil)le. laisse ini domaine (MiV(M-l, ne donne jamais inie explication (lerni("M'e. Si une métapliysi(|ue demetu'e possible, c'est dans ce domaine tpi il faut la chercher. A la limite extrême du terrain actuellement conquis par la science, nous rencontrons des confins mal connus, où la connaissance des causes mécaniques n'a plus lieu. Peu imjjorte ((uc ces conlins eux-mêmes reculent sans cesse devant nos efforts, nous rencontrons toujours, à la limite des explications dont nous sommes sûrs, quelque chose d'incertain qui réclame une explication métaphysi(pu\ En ce sens il est juste de dire (pie les causes secondes mènent nécessairement à In reoheirhe d'une cuise première.
I, erreur de Descartes, identique à rcnciii- d'Aiistole, a été de penser que cette cause première pouvait être connue d'un seul couj) (statim). Ils ont cru qu'on pouvait iuu> l'ois pour tontes établir les fondements métaphysiques de la science, et sur ces fondements construire comme sur le roc. La vérité est ({ue les causes métaphysiques sont de celles dont on approche sans cesse sans arriver à les atteindre jamais ^ Klles sont comme ces limites de quantités évanouissantes donl le calcul infinitésimal offre l'exemjjle et auxquelles on est nécessairement conduit sans que l'espi-il puisse les saisir d'un regard, fins nous avançons dans l'élude systémali((ue des lois physiques, plus nous nousaj)prochons de problèmes comme celui-
1. V. Qiiu;sl. 0/jI. .\XV1II. « LMi(nu' si \ ciiiri oiiinis facliis in luic phifo- S(ii)iiia pro.^ri'ssii.s non (inidciu shilim nos (iiicil ;iii causa' |)riina'co<cnilioneni el cfilf prupins proitiusque no.'s ad euin |)t'r|ictuo addiicil.eaque rcs [tciniagni est a^stimanda. »
496 LA PIIILOSOPHII' DE ^'EWTON
ci : « Comment se fait-il que la nature ne lasse rien en vain ? A quelle fin ont été créées les comètes, etc. ?^ » Ces problèmes se posent à nous avec une insistance d'autant plus grande que nous les avons plus néglig-és dabord pour n'envisager que laspect mécanique des choses. « C'est l'oflice et le but de la philosophie naturelle, non seulement d'expliquer le mécanisme du monde, mais encore et surtout de s'élever par le raisonnement des effets aux causes, jusqu'à ce que nous arrivions à la cause première, qui sans aucun doute n'est pas mécani{|ue2. ))
Comme on le voit. Newton est placé très nettement au point de vue opposé de celui de Descartes. C'est en s'élevant des effets aux causes, et non en suivant la voie inverse, qu'il espère approcher de plus en plus de ce qu'il nomme la cause première. D'où sait-il que cette cause première existe? Quelle est la notion qu'il s'en forme? Nous avons déjà dit que sur ce point Newton ne discutait pas. Il acceptait sans hésitation l'existence dun Dieu vaguement conçu. L'originalité de son système est d'avoir mis ce Dieu, non au début, mais à la lin de la philosophie. 11 a libéré de la sorte la science positive de toute contrainte et de tout préjugé, en même temps qu'il ménageait un passage continu des derniers aperçus de la science aux premières aspirations du sentiment.
Ce passage est déjà indiqué dans leaQuœstiones oplicœ. Il y est fait allusion aussi dans le Scholie général des Principes. On sait avec quel soin Newton se défend en général d'affirmer quoi que ce soit sur la nature intime de l'éther. L'éther est un exemple de a bonne hypothèse », ce n'est pas autre chose, et un physicien scrupuleux ne peut même pas affirmer que l'éther lumineux soit identique à l'éther de la gravitation, ou celui-ci à l'éther magnétique. Mais il eût été surprenant que Newton gardât jusqu'au bout une semblable réserve. Là où il pouvait développer ses hypothèses sans risque de porter atteinte à la valeur démonstrative de ses ouvrages, il est naturel (lu'il ait émis des vues plus hardies et plus dogmatiques.
Parmi ces vues, la plus intéressante sans contrcdK est celle