V. Scholie (Général
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système soL-iirc, où celte uniformité est particulièrement apparente. Nous savons que le soleil et la terre s'attirent en raison inverse du carré de la distance et en raison directe des masses. Pour déterminer leur attraction en valeur absolue, il suffit donc de connaître encore le coefficient de proportionnalité de cette action, la constanle de l'attraction solaire. L'attraction de la terre et de la lune, du soleil et de la lune, du soleil et des planètes ou des comètes est de même rigoureusement déterminée lorsqu'on connaît les coeflicients correspondants. Or il se trouve que ces coeflicients sont tous égaux entre eux. Ils représentent une constante universelle, caractéristique non seulement du soleil ou de la terre, mais de toute masse matérielle située dans le système solaire, et vraisemblablement de toute masse quelle qu'elle soit. Cette concordance, cette uniformité, n'ont pu être connues que par l'expérience. « 11 y a, dit Newton, quelque cliose de mystérieux à voir des corps si différents de grandeur suivre mathématiquement les mêmes lois, obéir tous aux mêmes forces^. » L'explication la plus naturelle de cette uniformité est de la rapporter à un agencement intelligent, car le hasard seul ne crée pas l'ordre. C'est Dieu qui a placé les corj)s dans ces rapports mutuels. Deiis. corpora ^ingula ita locavit.
L'optique nous donne le même enseignement. Les propriétés de la lumière sont, elles aussi, « uniformes », c'est-à-dire indépendantes dans une large mesure de la source qui fournit cette lumière. Les j)ropriétés essentielles de la réflexion, de la ré fr action, la faculté d'interférence, a|)partiennent aussi bien à la lumière d'une lampe qu'à celle qui émane des étoiles les plus éloignées. Ici encore les propriétés numériques, l'indice de réfraction par exemple, demeurent les mêmes ((uelle que soit l'origine du faisceau lumineux. « La lumière que le soleil et les étoiles lixe se renvoient mutuellement est de même nature. » - Ce (pii est vrai de la lumière est vrai de toute propriété physique, lue |jropriété ne change pas de nature lorsqu'on létudie en différents points de l'espace, elle est uniforme. Mais « si tout |)orlc l'empreinlc d'un nièiiie dessein, Imil doit être soumis
1. (;f, lie Muitili Si/.s/. |). 17. (( Gorporn iiiap;nitii(linis luiii (iivcr>;i- ad aiialo^'iani iiirn viriliiis laiii propo accriicif inystcii»» ccrlo iiuii caret... »
'J. V. l'rinrifu-s. L III. Srluilie (iéinral.
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a un seul et même (Mre*. » Newton trouve « atlmirable » cet arrangement du soleil, des planètes et des comètes, qui fait que loin de se troubler les uns les autres, ils échangent des forces toujours semblables, si bien qu'il sulTit de connaître la physique terrestre, pour connaître du même coup la physique universelle.
Celte unilormilé est à ses yeux la meilleure démonstration que l'univers est « louvrage dun être tout puissant et inlclli- G-ent «.Chose curieuse, la même uniformité sera bientôt l'arme favorite du matérialisme. Celui-ci montrera qu'un petit nombre d'axiomes suflisant à expliquer tout, il est oiseux de compliquer la science de postulats métaphysiques. Oii le voit. 1 uniformité de la scienc(> csl un argument assez and)igu. Selon le penchant <les esprits il peut servir à favoriser la théologie ou à la combattre. Pour un esprit foncièrement religieux comme était Newton. Tuniformité de la nature cadrait aisément avec unclinalitéprovidcnlielle.Pourles matérialistes du xviu' siècle, elle servira à ruiner toute (inalité.
On s'explique que Newton ait trouvé bon de compléter cet argument par un argument presque inverse, faisant voir que la diversité des choses, mieux encore que leur uniformité, estl'indice d'un dessein supérieur. < >n .>^ait ([uelle force a pris chez Leibniz la preuve de l'existence de Dieu fondée sur la variété du cours de la nature. Tout objet concret enferme en lui un infini actuel. Deux choses, deux monades, ne sont jamais ideuticpies entièrement. Il y a loujoursdans chaque être quelque chose de distinct, qui en fait l'individualité et l'existence même. De la sorte on peut dire que la diversité est la loi de la nature, et qu'elle a été établie par Dieu en vertu du i)rincipe du meilleur. Newton, dans \c Scholie Général des Principes, n'est j)as loin d'une conceplion de ce genre. Il s'efforce d'oj)])osei' aux métaphysiciens déterministes un argument d ordre estl)éli(pie : « La nécessité métaphysique qui est toujours et partout la même ne peut prodiurc aucune diversité; la diversité, qui règne en tout, (piant aux tcmj)s et au.\ lieux, i\v p(Mit venir (pie de la volonté et de la sagesse d'un être qui existe nécessairement, » C'est là un argument (ju'on est surpris d«' trouver sous
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la ])Iiime de Ncwlon. Il semble qu'après avoir loLil lait pour ramener la connaissance de l'univers à un petit nombre de principes simples, Newton eût dû se contenter de rechercher lespreuves d uneaction providentielle dans ce que Malebranchc appelle la « simplicité des voies ». Mais il ne faut pas oublier qu'en théologie Newton nestpas un pur savant. C'est un homme appartenant à un milieu professant en théologie des idées très particulières. On trouve chez lui une sorte de mysticisme, une tendance à l'adoration du créateur sous toutes les formes que revêtent ses œuvres, un sentiment vif de l'omniprésence divine, un penchant à retrouver Dieu jusque dans les manifestations les plus particulières de sa puissance. Cette tendance, intellectualisée tant bien que mal, prend la forme d'un argument nouveau : plus les créatures de Dieu sont variées, plus l'existence d'un Dieu unique est évidente ; plus grande est la diversité des aspectsdela nature, plusnécessaire est l'actiond'un « Seigneur» tout j)uissant, qui coordonne et construit l'univers.
A vrai dire, Newton s'exprime ici plutôt par sentiment que par raison. Mais le sentiment, nous l'avons dit déjà, joue un grand rôle dans ses convictions personnelles. C'est surtout par opposition à l'athéisme, pour faire pièce aux partisans de la « nécessité métaphysique », par exemple aux admirateurs de Jlobbes, que Newton se place ici au point de vue esthétique. La beauté de l'univers, que Leibniz définissait l'unité dans la variété, est considérée delà même manière par Newton comme un signe concret de l'action divine. Si l'ordre, l'uniformité, la répétition constante des mômes phénomènes existaient seuls dans la nature, on pourrait être tenté de les rapporter à une puissance inintelligente, à un destin aveugle. La nécessité d'un Dieu bon, sage, intelligent, ressort avec évidence de ce (jue l'ordre universel est un ordre varié, de ce que la nécessité des lois couvre toujours luie richesse de détails irréductible à un pincipe unique.
Admettons avec Newton que l'existence de Dieu soit l'induction suprême de la science. Il nous faut rechercher à présent quels sont les attributs de ce Dieu, c'est-à-dire voir si la métaphysique permet de rejoindre la notion ordinaire d'un être tout puissant, omniscient, d'une bonté jjarfaite.
rarnii les al tributs de Dieu, il est naturel ([u'un géomètre
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comme Newton ait mis au premier rang réternilc et liniinilé, . qu'on peut appeler des attributs géométriques. Nous avons déjà dit dans un des premiers chapitres de ce livre avec quel soin Newlon distingue l'espace et le temps relatifs, l'espace et le temps absolus, l'espace et le temps mathématiques. On pouvait déjà prévoir à ce moment, que l'espace et le temps joueraient un rôle tout spécial dans la méta])hysiquc de Newton et que, débarrassés des concepts parasites cpii en limitent l'application, ils étaient susceptibles d'être érigés en attributs divins. Ceci n'est applicable, bien entendu, (prà l'espace et au temps absolus, à ce que Newton désigne, dans le Scholie Général des Principes, sous le nom d'éternité et d inlinité.
Il ne faudrait pas croire en effet que l'espace et le temps, tels que les conçoivent les géomètres, soient des propriétés de la nature divine. On risquerait fort, en admettant cette idée, de tomber dans le panthéisme, et Newton n'abhorre rien tant que « ceux qui font Dieu uniquement l'âme du monde ». A vrai dire, il est fort difficile, même avec les explications que fournit Newton, de décider s'il échappe complètement au panthéisme, ou s'il n'admet pas, malgré ses réserves, une doctrine très voisine du panthéisme. C'est ainsi qu'il explique, à la fin des Principes, que Dieu est éternel cl inlini, c'est-à-dire « (pi il dure dejjuis l'éternité passée et dans l'éternité à venir, et qu'il est présentpar tout l'espace inlini ». Un peu plus loin : «Dieun'est pas l'éternité ni linlinité, mais il est éternel et inlini ; il n'est pas la durée ni l'espace, mais il dure et il est présent; il dure toujours et il est présent partout ; il est existant toujours et en tout lieu ; il constitue Vespace et la durée. »
De ces déclarations assez obscures il semblerait ressortir que Newton tient avant tmiL à séj)arer Dieu du inonde donné, à lui attribuer une infinité, une éternité, qui no rappelle en rien les propriétés de l'espace et du temps réels. On serait porté à croire qu'il se sert d'une distinction analogue à celle dont se sert Malebranche, mettant en Dieu une sorte d'étendue intelligible, pourmieux lui refuser toute étentlue sensible, il n Vu est rien, et Newton insiste sur rcrrcur de ceux (pii jion.scnl (pic Dieu n est « nulle part ». « Comme chaqueparticulc dr l'espace existe toujours, et (juc chacpie jnoment indivisible de la durée dure i>artoul, on ne peut pas dii'c (|ue celui qui a l'ait toutes choses et
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(|ui en esl le seigneur ncsi jamais el nulle part » . Comme on le voit, la pensée de Newton n'est pas extrêmement nette. Il est certain que le sentimeni de la continuité le conduit à chercher unpassag-c des notions physiques d'espace, de durée, d'esprit universel, aux notions transcendanles. Il esl certain aussi qu il craignait sur toutes chosesd'étre confondu avec les panthéistes, avec « ces païens qui s'imaginaient que le soleil, la lune, les astres, les âmes des hommes et toutes les autres parties du monde étaient des parties de l'être suprêmeet (pion leur devait un culte ; ce qui est une erreur '. » Les méditations métaphysi([ues de Newton n'avaient pas été poussées assez loin poiu- (|uil eût trouvé une conciliation satisfaisante de ces deux tendances. Un métaphysicien comme Leibniz ne sera pas embarrassé pour déterminer le lien (pu unit l'espace à Dieu : ce lien est fondé sur la monadologie, on peut le saisir et l'expliquer. Entre l'espace et Dieu, Newton aperçoit lui aussi un rapport, mais ce rapport esl plutôt mystique que métaphysique. L'omnipotence divine estsurlouL accessible au sentiment, et lorsque nous faisons de l'éternité, de linlinité, des attributs de Dieu, il y a là plutôt une satisfaction donnée à la foi qu'une intuition empruntée à la raison.
A côté des attributs purement géométri([ues qu'on vient dénumérer. Newton reconnaît à l'être suprême des attributs qu'on pourrait appeler « mécaniques ». Lorsque nous parlons de la puissance de Dieu, de son action constante sur les créatures, du mouvement qu'il donne à l'univers, nous ajoutons quelque chose à l'idée d'un Dieu simplement éternel et inlini. Laissant provisoirement de côté la question de savoir si cette action est bonne, sage, pleine de linalilé, ne l'envisageons d'abord (jue sous l'aspectmécanique, et demandons-nous comment est possible une action directe de Dieu sur le monde.
D'après Newton, a tout t'sl muet contenu en Dieu ». Il est le u [)rimum movens », la source initiale de toute transformation. Lorsque nous disons que tout mouvement a sa source en Dieu, cela est vrai nonseulemeiildii mouvement matériel, delaction des corpssurles corps, mais del'actiondescorpssurlesesprits, et desesi>ritssur les corps. «La puissance suprèmes'excrcc non