‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 32 sur 223 · V. Principes, L. I, S · texte numérisé non relu

V. Principes, L. I, S

à faire une publication complète, et, scmble-t-il, assez impartiale, (le la correspondance échangée jusque-là entre Newton et Leibniz. Cette publication se lif du commun accord des parties et sembla un instant éteindre les hostilités. Elles reprirent de plus belle le jour où le Genevois Falio^, obéissant à des rancunes anciennes contre Leibniz et piqué du ton méprisant dont celui-ci venait de reconduire, jjublia à Londres en 1699 un opuscule sur « la Ligne de plus courte Descente » où il faisait l'apologie de Newton et déniait d'une manière brutale tout droit d'inventeur aux géomètres allemands. « Le calcul inlinitésimal, y disait-il, ne laisserait pas d'être tout ce qu'il est quand même Leibniz ne serait pas venu au monde. » A cette attaque violente, Leibniz répondit de la manière lapins mesurée, (l'abord dans une lettre à l'Hcjpital (7 Août 1699) puis dans un article au Journal des Sçavans (mai 1700). La polémique se prolongea quelque temps entre Leibniz et Fatio, jusqu'à ce que la rédaction du Journal refusât d'insérer une réponse de Fatio. Leibniz, qui avait remporté ainsi une demi-victoire, se laissa aller à une démarche imprudente. En 1705, le Journal des Sçavans })ublia un rapport sans nom d'auteur sur les courbes du 3" ordre et les quadratures. Cet article émanait certainement de Leibniz lui-même. Il y était montré que la méthode des Anglais, loin d'être le modèle de la méthode leibnizienne. lui avait au contraire emprunté ses idées. Ce rapport fut très mal pris des géomètres amis de Newton qui y virent une attaque non seulement contre leur maître, mais contre l'école andaise tout entière. De là le fameux article de Keill, professeur à l'Université d'Oxford, sur « les Lois des Forces Centrales » qui fut inséré en 1700 dans les Philosophical Transactions et ne contenait rien moins qu'une accusation directe de plagiat contre Leibniz.

C'est ici que s'ouvre la période aiguë du conflit. Cédant à un mouvement assez maladroit, Leibniz, au lieu de répondre dans le Journal des Sçavans ([ui était à sa dévotion, préfère s'adresser à la Société Royale dont il était membre ainsi que Keill. C'est iim- |.l,iiii((' CM diffamation de collègue à collègue qu'il envoya en 17IU à Ilans Sloem, secrétaire de la Société. Il ne

1. Mcolas Fallo de DuilliiT, résident suisse à Londres et membre de la Société Royale. Il avait eu déjà en 1G90 une polémique avec Leibniz. .

pouvait prévoir alors que la Société Royale de Londres, composée d'amis et délèves de Newton, présidée par Newton luimême, dût nommer une commission dont le jugement lui fût défavorable '. La conclusion du rapport publié par la commission était la suivante : « Pour ces motifs, nous tenons Newton comme l'inventeur véritable de la méthode, et sommes d'avis que Keill, en énonçant ce jugement, n'a nullement porté préjudice à Leibniz*. »

A partir de ce moment, Leibniz ne se crut tenu à aucune réserve. Le 25 juillet 1713, paraît encore sans nom d'auteur ni d'imprimeur une brochure très probablement composée par Leibniz où l'on explique que les lettres de Collins ne pouvaient suggérer la notation différentielle puisqu'elles ne la contenaient pas. Il est impossible, ajoutait-on, que Newton ne désavoue pas des partisans trop ardents dont mieux que personne il doit connaître la valeur. Bientôt Newton, qui jusqu'ici n'avait pas pris part ouvertement au conflit, se vit contraint d'entrer personnellement dans le débat. John Chamberlyn, historiographe du roi, avait en vain tenté de réconcilier les deux adversaires. Des lettres avaient été échangées, mais chaque partie y réservait ses droits. C'est alors qu'intervint le dernier incident de cette longue dispute. Newton, dont le caractère avait toujours été extrêmement susceptible et se trouvait maintenant aigri par les attaques, profita de l'occasion qui lui fut offerte par l'abbé Conti pour recommencer la publication d'un « Commercium Epislolicum ». Ce nouvel échange de lettres fut plus malheureux encore que les précédents. Les questions de personne étaient passées au premier rang et toute entente était devenue impossible. Rien d'essentiel ne fut révélé par cette correspondance assez confuse. Leibniz mourut, avant que la lutte fût éteinte, le 14 novembre 1716.

On voit qu'à aucun moment de cette longue polémique dont nous avons passé bien des détails sous silence^, ne furent

1. La brochure publiée par la commission porte le litre : « Commercium Epistolicum D. Joliannis Collins et Aliorum de Analysi promota, jussu Societalis regiœ in lucem editum, Londini 1712. » — Un exemplaire en fut envoyé à toutes les Universités ainsi qu'aux principales notabilités scientifiques et politiques.

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