l'rincipes, L. I, \K
IbO LA PHILOSOPHIE DE NEWTON
fût doué de masse matérielle ou encore intervînt par sa présence pour modifier la masse matérielle des corps. Mais s'il en est ainsi, que deviennent nos comparaisons de densités ou nos pesées ? En faisant de la masse un coefficient spécifique des corps, nous admettons expressément qu'elle est invariable d'un état à l'autre et suffit à caractériser le corps dans quelque milieu qu'il se trouve plongé. Maintenant nous entrevoyons la possibilité que cette masse elle-même soit variable, ou bien parce qu'elle comprend la masse dun volume variable d'élher, ou bien parce que cet étber la modifie d'une manière inconnue. Nous approchons alors de la véritable pensée de Newton, qui est celle de beaucoup de physiciens modernes. La masse d'un corps ne nous est connue que par des expériences approximatives, et sa constance ne peut être admise qu'à titre conventionnel. Il en est de la masse comme de toute propriété physique. Elle peut se développer en fonction continue des paramètres qui définissent l'état du corps, et bien que le premier terme de ce développement, qui est une constante absolue, soit généralement prépondérant, il y a des cas où les autres ne sont pas négligeables. 11 se peut par exemple que la masse dépende de la vitesse et que le terme d'où ressort cette influence soit négligeable aux vitesses ordinaires. Mais dans les cas exceptionnels où la vitesse approche de celle de la lumière, le terme du premier ordre peut devenir très grand. Nous assistons alors à ce fait paradoxal d'une masse qui augmente avec la vitesse et qui peut devenir infinie pour une vitesse finie '. On peut dire qu'un pareil paradoxe n'aurait pas surpris Newton. L'empirisme qui lui est familier le préparait à reconnaître que la notion de masse, telle qu'elle est développée au début des Principes, n'a rien d'absolu. C'est une première approximation, qui suffît dans la mécanique ration-
1. C'est précisément ce qui est réalisé, d'après les travaux de Kaufmann et Max Abraham, dans la dvnaniique de l'électron. Le rapport — de la
charge à la masse va en diminuant quand la vitesses s'approche de V, vitesse de la lumière. Gela veut dire (ju'en su])posant la charge e constante, la masse ?n augmente avec la vitesse et devient infinie pour v = V, comme le prévoit la théorie électroniagnélique . — Voy. Kavfmann, Nachrichton der Ges. d. Wissenschaften zu Goltingen, 1901 n" 2, et Comptes Hendus de l'Académie des Sciences, 13oct. l'JU2. Max Abniliam,^nv\a Dynamicpic de l'Electron, dans Ions, Electrons et Corpuscules, Paris, Gaulliier- Villars, p. 12, T. 1.
LES NOTlOiNS FONDAMENTALES DE LA MÉCANIQUE 151
nclle, mais qu'une science plus complète peut trouver en <léfaut.
I.a (lélinilion des forces, se place immédiatement après la <lé!inition des masses. L'existence de la force est, aux yeux de Newton, une doimée expérimentale qu'on pourrait se passer <le discuter. Pour parler plus exactement, il ne faut pas ■croire qu'en admettant la force nous faisions une hypothèse. Nous exprimons seulement par un terme précis ce que nos «ens constatent à leur manière, savoir l'existence du mouvement dans la nature. Mouvement et force sont deux termes <-orréIatifs, qui répondent à la même réalité. Chaque fois que nous voyons un mouvement se produire, nous pourrons dire aussi : là aj^it une force, et chaque lois que nous recourons à «ne force c'est pour traduire le fait du mouvement.
Nous ne risquons donc pas de tomber, à propos des forces, <Ians aucune difficulté physique ou métaphysique. De pareilles <linîcultés peuvent apparaître lorsqu'on fait de la force une ■entité abstraite qui préside à l'accomplissement du mouvement. On la conçoit alors comme une cause dont le mouvement •est un effet, et il est naturel qu'on soit amené à chercher •comment cette cause se rattache à son effet. De là les objections des sceptiques, qu'une théorie comme celle d'Aristote me pouvait réfuter.
Mais Newton, ^uidé d'instinct vers les conceptions positives, se ^arde de définir la force comme une cause agissante. S'il jiarlc de son « action », de sa « vertu w^ ce n'est jamais que par métaphore et pour se rapprocher du langage commun. La vérité est (jue Newton se faisait de la force une idée purement mathématique. Il avait été frappé de ce fait (pie chez aucun de ses prédécesseurs, pas même chez Galilée ou chez Descartes, la notion de force n'avait été mise à la base de la mécani(|ue rationnelle. Les moments, les quantités d'action, les (piantités de mouvement étaient les concepts autour desquels on avait essayé d'ordonner la science. Pourtant le sens commun, cpii <.'st souvent la forme nidimentaire de l'esprit scienlificpie, nous fait voir dans les cas les plussimj)les 1 importance de la notion <le force. Assurément cette force est conçue j)ar liu comme