‹ La philosophie de Newton (volume 3)Chapitre 92 sur 223 · V(.y. Principes, L. I, S. U. i'rop. LXI · texte numérisé non relu

V(.y. Principes, L. I, S. U. i'rop. LXI

le fait démontré, le fait qu'il est raisonnable, dans l'état actuel de la science, d'accepter comme vrai. Mais s'en tenir définitivement à cette formule serait aussi contraire à la méthode positive que de se risquer à des hypothèses hâtives. H est certain que la gravitation universelle, ou la force cosmique, de quelque nom qu'on l'appelle, s'exerce à travers un milieu, par un mécanisme de contact. En affirmant cela nous ne faisons qu'énoncer le principe de non-action à distance, sans lequel aucune science n'est possible. Le mécanisme de propagation de la force attractive nous est actuellement tout à fait inconnu et il est strictement conforme à l'esprit positif de se contenter pour le moment de formules modestes, qui correspondent aux seules apparences. Mais ce mécanisme existe certainement, et il est du devoir du savant d'en chercher une approximation plus parfaite. C'est seulement pour la science actuelle que la matière se comporte comme si la loi de l'attraction était vraie. Pour une science plus riche d'observations, mieux armée de raisonnements et de calculs, il doit être possible de dégager l'élément quantitatif dans ce qui nous semble aujourd'hui mystérieux : la propagation d'une action matérielle à travers un milieu caché. Alors des lois nouvelles, analogues par leur origine et par leur signification aux lois de gravitation universelle, pourront parvenir à maturité. Si ces lois échappent aujourd'hui, il ne faut pas leur opposer à l'avance un désaveu formel. C'est justement le trait original de la méthode de Newton de conduire toujours à des lois provisoires, lois que l'observation aidée du calcul se chargera de compléter.

Ceci nous amène à répondre très nettement à la question que nous nous sommes posée : la gravitation universelle n'estelle qu'une hypothèse ? Non, il est impossible de qualifier d'hypothèse un principe purement mathématique qui donne une mesure satisfaisante des faits. Ou alors on dira que la science est faite tout entière d'hypothèses. La théorie de Newton est conçue sur un type différent de toutes les doctrines qui l'ont précédée. On ne peut la comparer en toute exactitude ni aux recueils d'observations d'un Tycho-Brahé ou d'un Kepler, ni aux constructions métaphysiques d'un Aristote ou d'un Descartes. Elle fournit le premier exemple dune tiiéoric scientifique vraiment positive.

Si Ion demande ce que caractérise l'esprit posilif, on peut dire que c'est une évolution de ce qui est sensible à ce qui est mathématique. Xcwton a lui-même défini sa méthode, on faisant voir qu'elle passait par li'ois phases successives'. La mécanique céleste, comme toutes les autres sciences, doit débuter par une phase empirique. C'est l'errem* fondamenlalc du cartésianisme d'avoir tenté de construire un monde seml)lable au nôtre sans en déterminer au préalable les conditions d'existence. La logique et les mathématiques ne suffisent pas à déduire de principes abstraits des lois applicables aux faits. La réalité se développe dans des conditions qui lui sont propres, qui sont indépendantes de nos nécessités de pensée, et que notre fonction est de recoimaftre mais non de créer. En ce sens, l'espril vulgaire, celui ({ui observe sans règle et sans méthode les manifestations des forces naturelles, est plus près <le la science véritable que l'esprit métaphysique. Ce dernier raisonne sur ses idées, tandis que l'autre raisonne sur les choses. Quel que soit l'allriiil (pion puisse éprouver à chercher l'explication du monde dans une formule abstraite, il faut se i)ersuader qiit' l'ensemble des faits ne cadrera jamais avec une semblable formule. La théorie des tourbillons de Descartes, la j)hysique d'Aristotc, voire même l'atomisme de Lucrèce, ont été des tentatives malheureuses, parce qu'elles ne partaient pas des faits. C'étaient à proprement parler des hypothèses, qui se donnaient pour des explications.

La Mécanique Céleste de Newton se fonde sur l'expérience. Les délinitions et les axiomes doîi elle tire toute sa force sont la traduction de connaissances empiriques. Toute science qui veut dcveidr mathématique doit ainsi passer par une phase non mathémati(jue. C'est celle où les données du bon sens sont coordonnées d'une façon méthodique. La deuxième phase est cclh; où l'on rliei'chc, par la coiiijjarai.son (h^s mesures, h dégager des ijlH'iiomènes une loi niathémali(jue. Pour cela il faut ri'nonc«'r entièrement à cherciuM" 1' « esjjèce » ou les « qualités physicpies ;> de la forer Lnc telle recherche est stéi-ile, car elle porte sur iiii (■h'-nieiit (puditatif dont nous ne pouvons iien connaftre de pn''cis. Ce sont les « quant itr--; » et les « j)ro-

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