Principes, Préface de
2. V. Préface des Principes. « Plusieurs raisons me portent à soupçonner que les phénomènes naturels dépendent tous de quelques forces dont les causes sontinconnues, et par lesquelles les particules des corps sont poussées les unes vers les autres et s'unissent en figures régulières, ou sont repoussées et se fuient mutuellement, et c'est l'ignorance où l’on a été jusqu'ici de ces forces qui a empêché les philosophes de tenter l'explication de la nature avec succès. »
mément et strictement mécaniques. Chaque ordre de phénomènes repose sur des faits spéciaux, et l'élément simple qu'on peut en dégager est caractéristique de cet ordre. Maintenant que d’un ordre à l’autre il y ait des réductions possibles, que par exemple les explications mécaniques puissent s'étendre au delà du domaine de la mécanique pure, c'estce que l'expérience aidée du calcul pourra décider. À priori nous devons nous défier des synthèses trop rapides. Nous devons considérer jusqu'à nouvel ordre chaque elasse de phénomènes comme dérivant d'éléments spéciaux, et la seule chose qui subsiste lorsqu'on passe d’une de ces classes à l’autre, c’est la méthode quisert à trouver l'élément. Celte méthode, toujours et partout, c'est la méthode mathématique. Commençant par un simple classement des observations numériques, elle finit par dégager une loi élémentaire qui va servir de base à la théorie. Mais quelque loin qu'on suppose poussée l'analyse mathématique, quelque uniforme que paraisse le type d'explication auquel elle conduit, il y aurait hypothèse, et hypothèse gratuite, à croire qu'elle ramène tout au mécanisme.
On comprend maintenant la place si importante que tiennent les « Quæstiones » dans la Physique de Newton. Au début de chaque science il est impossible que la méthode mathématique s'applique d'emblée. Les faits se présentent comme trop, embrouillés, les mesures comme trop incertaines, pour que l'analyse et la synthèse puissent se passer de toute analogie. Même lorsque la théorie est constituée, il reste toujours un certain nombre de questions qui sont encore à l'étude et qu'on ne peut faire rentrer dans le corps de la science. C’est à ces questions peu coordonnées qu’il convient d'appliquer les analogies mécaniques, el nous avons dit en effet que les « Quæstiones opticæ » renferment toute la physique moléculaire de Newton. On conçoit effectivement qu'à chaque moment de son histoire la physique envisagée comme une théorie mathématique laisse provisoirement en dehors d'elle tous les phénomènes encore mal éclaircis, sur lesquels Le calcul n'a pas prise. Pour arriver à mettre l’ordre dans ce chaos, il est utile de se laisser guider par les théories dites moléculaires, par les rapprochements mécaniques de tout genre, qui sont le meilleur moyen de pressentir des lois. Une fois. que les lois sont
découvertes, les comparaisons mécaniques deviennent inutiles. La fécondité des équations supplée au caractère intuitif des images mécaniques.
C'est ainsi que Newton, dans la théorie de la double réfraction, trouve bon d’assimiler les rayons lumineux à une émission de particules solides, parce que cette conception moléculaire fait image par sa simplicité et introduit un ordre provisoire dans la complexité des faits ‘. Mais il ne veut nullement laisser entendre par là que la lumière est réellement un corps. On peut l’envisager comme telle d’une façon provisoire sans qu'il en résulte une assimilation définitive des ébranlements lumineux aux chocs moléculaires. Lorsque je dis que la lumière est un corps je ne le dis pas sans réserves, comme le fait voir le mot peut-être ; ce n’est Ià pour moi tout au plus qu'une conséquence probable, nullement une hypothèse fondamentale ou une parte de la doctrine ? ». Et de fait dans la première Édition des Principes, Newton arrive à s'affranchir de cette hypothèse. Les progrès faits entre temps par la physique mathématique lui permettent de traiter la théorie de la lumière d'une manière purement mathématique, sans hypothèse mécaniste auxiliaire. « Au reste je ne m'embarrasse point de la nature des rayons, je n’examine point s'ils sont matériels ou non, mais je me contente de déterminer les trajectoires des corps qui peuvent être semblables à celles que décrivent les rayons. * »
Cet exemple est typique en ce qui concerne la méthode de Newton. Il fait bien voir que le mécanisme strict, tel qu'on le trouve chez Hobbes et chez Gassendi, n'a jamais ét6 considéré par Newton comme le but de la science. Les explications mécaniques n'ont dans la physique de Newton qu'un rôle provisoire ct relatif. Elles servent à fournir des fils directeurs
1. V. Opl Quæsl. XXXI. « Qnuin et ipsi etiam radii luminis corpora dura esse videntur, neque enim alioqui possent in diversis suis lateribus diversas retinere propritates. »
2. V. Newtoni Responsio ad object. aliquas, Phil. Trans. 4672, no S0. « Verum quidem est quod ex mea Theoria arguo lumen esse corpus: at id non incunctanter assero, ul innuit verbum forlasse ; id propono, ad summum, tanquam probabile doctrinæ meæ consectorium, non tanquam hypothesim, quà, velut fundamento doctrinæ stabili utor, quin imo, pec tanquam doctrinæ partem. »