‹ La Philosophie de NewtonChapitre 181 sur 202 · V. Principes, Scholie Général · texte numérisé non relu

V. Principes, Scholie Général

s'étend à tout dans le Dieu qui est au-dessus de tout, et elle’est seulement fictive et imaginée dans les faux dieux.

Toutes-ces expressions, et d’autres encore dont Newton se sert, rappellent de très près celles qu'on trouve dans quelques écrits de Fénelon et de Malebranche. II y a chez Newton, comme parfois chez ces deux philosophes, des tendances mystiques indéniables, et la soumission des créatures au créateur supplée dans une large mesure à l’intelligence qu'elles peuvent en avoir. Newton met le sentiment religieux, dans ce qu'il a de plus intime, l’adoration et la soumission, à la base. de la théologie naturelle. Loin de chercher à comprendre les attributs de Dieu d’une vue précise et rationnelle, comme ont cherché à le faire Descartes et Leibniz, il préfère se fier à l'instinct religieux, plus obscur et par cela même plus près du vrai. Cette préférence donnée aux penchants du cœur sur les arguments de la raison, est un des traits distinctifs du mysticisme. Sans aller jusqu’à faire de Newton un mystique dans le plein sens du mot, il est impossible de méconnaitre les lendances qui le rapprochent de la religion du cœur.

D'ailleurs il est un autre caractère par où la théodicée de Newton s oppose aux théologies rationnelles. Dans tousles sys-. tèmes où l'existence de Dieu est considérée comme démontrable, c'est le moins que l’idée de Dieu soit considérée comme. parfaitement claire, comme directement accessible à l'esprit humain, C'est ainsi que dans le système de Descartes il n’est guère de notion plus distincte que celle d'un être tout parfait. C'est l'évidence propre à cette idée qui nous fait croire à la réalité de son objet. Dans toutes les philosophies intellectualistes, il est nécessaire de regarder Dieu comme la première des « essences », c’est-à-diré comme un être accessible à la raison. Spinoza est le type du philosophe intellectualiste. Aussi chez lui la connaissance de Dieu est-elle à la fois la certitude. suprème et le suprême bonheur.

Rien de pareil ne se trouve chez Newton. Bien que Dieu soit présent partout, bien qu'il soit en contact immédiat avec les: créatures, celles-ci « ne peuvent avoir aucune idée de sa substance! ». Loin de lapercevoir distinctement ou de le con-

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