‹ La Philosophie de NewtonChapitre 193 sur 202 · CF. Vollaire, Lelt. Phil., XIL · texte numérisé non relu

CF. Vollaire, Lelt. Phil., XIL

2. Lellre sur la physique de Newton, à Me la marquise du Châtelet,

imprimée en tête des Eléments de Newton donnés au public par M. de Voltaire, 1738-49.

primitive de la matière, une de ces « qualitates primigeniae » dont parle Newton au début de l’Optique. Entre ces qualités primitives et les qualités occultes, il y a la différence que nous avons signalée! et que Voltaire a tort bien saisie. Gelles-ci sont des qualités pures, c’est-à-dire qu'elles ne sont pas susceptibles de s'exprimer en nombre, de s’évaluer rigoureusement; elles appartiennent à certains corps à l'exclusion des autres, el rien ne permet de prévoir quels corps en seront doués. Au lieu de cela, la «qualité gravifique », l'attraction universelle appartient individuellement à tous les corps et à toutes les parcelles de chaque corps. Elle est mesurable mathématiquement et, à vrai dire, c'est seulement un nom qui permet d'énoncer brièvement un ensemble d'observations. « L’altraction agit sur tous les corps, etdevient une qualilé palpable, bien loin d’être une qualité occulte. La différence entre les qualités de l'aimant, de l’adhésion, de l'élasticité, et celle de l'attraction, c'est que la nature présente les unes à nos yeux, et que Newton a découvert l'autre à notre esprit. »

Si Voltaire avait connu les travaux d'Ampère sur l’aimant, les théories modernes de l'élasticité et de la cohésion, il eut sans doule jugé encore plus voisines les qualités de la gravitation d'une part, les qualités élastique et magnétique d'autre part. Toutes ces qualités lui eussent semblé jouer le rôle de ressorts de la nature, c’est-à-dire pouvoir s'exprimer aumoyen d’une loi mathématique élémentaire d'où se déduisent les relations expérimentales. La découverte de Newton a consisté précisément à mettre au jour un ressort nouveau, dont les effets étaient connus depuis longtemps, mais dont la simplicité avait échappé jusque-là. Il a fait voir qu'une loi mathématique d'action rend compte de tous les phénomènes célestes. Cette découverte a été importante par elle-même, mais elle est capitale surtout par la conception de la science qu'elle fournit.

Ceux qui voudront, après Newton, contribuer au progrès des sciences physiques, n'auront qu'à limiter dans d'autres domaines, en dégageant des faits une force nouvelle, un ressort nouveau, qui fera voir l'agencement de phénomènes nouveaux.

Nous sommes loin de l’idée cartésienne d’une synthèse a priori de tous les phénomènes.

Fontenelle et les disciples de Descartes voulaient identifier le mécanisme cartésien et l’idée newtonienne des « ressorts de la nature ». Ils comprenaient mal qu'on abandonnât laterminologie cartésienne des impulsions, des tourbillons, de la matère subtile, pour la remplacer par une terminologie équivalente, celle des attractions et de la gravitation. Tout l'effort de Fontenelle est de faire voir que la physique newtonienne est une transposition du carltésianisme. Il pense même que Newton est remonté au delà de Descartes et a réintégré dans la science physique un certain nombre d’'abstractions que Descartes en avait bannies. « L’attraction et le vide, bannis de la physique par Descartes, et bannis pour jamais selon les apparences, y reviennent ramenés par M. Newton, armés d’une force toute nouvelle dont on ne les croyait pas capables, et seulement peut-être un peu déguisés ! ». Et ailleurs Fontenelle nous dit que Newton, non seulement emploie ce mot attraction, mais « penche pour la chose ». Or «il faut être sur ses gardes pour ne lui pas imaginer quelque réalité. » Le mot impulsion eût été plus clair. « Pourquoi ce terme plus clair n’aurait-il pas été préféré ? ? ».

Il faut le reconnaitre, d’après ces citations Fontenelle semble avoir compris moins bien que Voltaire l'innovation vraie de la philosophie newtonienne. Ce n'est pas pour le mot attraction ou pour le mot gravilalion que Newton avait combattu. L’essenüel de son œuvre est d'avoir établi, indépendamment de. toute déduction métaphysique, un certain nombre de lois primitives, susceptibles de donner le secret de tout un ordre de phénomènes. « Tout ce qui est donné ici pour Principes, dit Voltaire”, est en effet digne de ce nom; ce sont les premiers ressorts de la nature, inconnus auparavant, »1l y a là une allusion critique aux Principes de Descartes et aux habitudes d’esprit des cartésiens. Les véritables principes du cartésianisme, ceux-là même qui étaient adoptés par Fontenelle, étaient les

se Fontenelle, Eloge de Newton, OEuvres complètes, MP NL "p.338; OS! |

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