CHAPITRE VI
Il est peu de découvertes qui aient eu autant d'influence sur la marche générale des idées que celle de la gravitation universelle. Pourtant cette découverte est purement scientifiqne, on pourrait dire exclusivement astronomique. Il semblerait naturel qu'elle eût opéré, dès le moment de son apparition, une révolution dans la science positive, mais il ne semble pas au premier abord qu'elle dût avoir aucun contrecoup sur l'orientation générale des idées. Oril suffit d’un rapide coup d'œil sur l'histoire de l'astronomie à la fin du xvn° siècle pour voir que l'effet des découvertes de Newton a été tout différent. Dans le monde scientifique où vivait Newton, la théorie de l’attraction suscita d’abord les plus vives critiques. On verra qu’elle fut accueillie, même par des astronomes célèbres, comme un paradoxe sans valeur, à peine digne d’être opposé aux idées classiques de Képler ou de Descartes. Au contraire dans le monde philosophique l’idée de la gravitation universelle fut tout de suite reçue comme une hypothèse hardie, propre à changer de fond en comble notre point de vue sur l'homme et la nature.
Il est pourtant assez vraisemblable qu'on n’en comprit pas tout de suite l’exacte portée. Les uns y virent seulement la réfutation définitive de la théorie des tourbillons de Descartes, les autres crurent y trouver une métaphysique nouvelle, qu’on pouvait opposer à celles de Malebranche, de Spinoza, de Leibniz. On fut longtemps avant de soupçonner que la supériorité philosophique du Newtonisme ne résidait pas tant dans tel ou tel théorème de mécanique céleste que dans une attitude nouvelle de l'esprit en face des problèmes de la nature. C’est len-
tement et inconsciemment que les innovations scientifiques de Newton réagirent sur les tendances philosophiques, religieuses, morales, du xvur siècle. Il fallait pour cela qu'elles pénétrassent les esprits non seulement par l'exactitude de leurs applications directes, mais par le sentiment de leurs conséquences. A cet égard, les disciples de Newton, qui n’ajoutèrent presque rien aux résultats mathématiques du maitre, contribuèrent pour une part énorme à la diffusion de ses tendances. En développant les notions qu'il avait esquissées, en acceptant les hypothèses qu'il avait proposées, voire en interprétant d'une façon infidèle certaines de ses réserves, les successeurs de Newton servirent à propager parmi le public les idées directrices du newtonisme. La gravitation universelle passa alors du rang de théorie particulière à celui de type ou de modèle. Elle prit une portée philosophique générale, et l’on peut dire une application humaine. Les besoins, les pensées, les actions de l’homme furent conçues d’une manière nouvelle en même temps qu'on modifiait les idées anciennes sur l'ordre universel. Il est impossible de nier l'influence, très indirecte, mais très réelle, des théories purement scientifiques de Newton jusque sur les idées morales du xvr° siècle.
Ceci doit moins nous surprendre si nous observons que le xvin® siècle marque un tournant dans l'histoire de la philosophie. Jusqu'à cette date la science métaphysique avait passé pour la première de toutes. Non seulement elle surpassait les autres par l'importance de son objet, mais encore elle les tenait sous sa dépendance en ce qui concerne les principes et la méthode. Les axiomes propres à chaque science doivent être empruntés aux résultats de la métaphysique, et les méthodes dont elles se serviront doivent être calquées, dans la mesure du possible, sur la seule méthode théoriquement parfaite, la déduction syllogistique. Voilà pourquoi il arrivait souvent que les axiomes des sciences particulières fussent faussés par des vues métaphysiques. C'est le cas pour beaucoup de définitions de Bacon, c’est aussi le cas de certaines définitions cartésiennes. On ne concevait pas que l'édifice scientifique put être construit sans l'emploi de matériaux métaphysiques, l'idéal était au contraire d'arriver, comme dans la théorie de Descartes, à le faire tenir tout entier sur quelques vérités éternelles.
Vers le milieu du xvur siècle, un rapide mouvement de réaction s'est dessiné contre cette tradition de pensée. Déjà les découvertes de Galilée et de Pascal, loin de subir l'influence de la philosophie contemporaine, avaient contribué à la modifier. Ce qui avait été jusque-là l'exception va désormais devenir la règle. Les travaux scientifiques se feront de plus en plus à l’abri de toute préoccupation métaphysique. Descartes était à Ja fois métaphysicien, mathématicien, physiologiste. Un siècle plus tard on verra des naturalistes comme Buffon qui ne s occupent nullement de métaphysique, des mathématiciens comme d'Alembert étrangers à toute cosmogonie. Est-ce à dire qu à partir de ce moment la science va s’isoler du monde et perdre toute action sur la philosophie ? On peut dire sur la foi de l'histoire qu'il en a été tout autrement. C'est à mesure que les théories scientifiques sont devenues plus posiüves qu’elles ont exercé une influence plus profonde sur l’évolution générale des idées. Cette influence a été indirecte, elle s’est faite par infiltration lente d'idées particulières. Mais elle n en à été que plus utile au perfectionnement des idées générales. Les théories mathématiques de Laplace ou de Lagrange, comme plus tard les découvertes positives de Claude-Bernard ou de Darwin, ont donné lieu à un mouvement d'idées qui est | loin d'être épuisé encore. Les découvertes scientifiques de Newton, et parmi elles la plus importante de toutes, celle de l'attraction universelle, ont donné le premier signal de cette évolution. Désormais la science ne cherchera plus dans le raisonnement métaphysique son inspiration et son guide. En se développant de ses propres forces elle amènera au contraire des changements de point de vue que la philosophie saura mettre à profit.
L'histoire de la découverte de l'attraction universelle est intimement liée à la chute du cartésianisme d'une part, et d'autre part à la constitution d’une méthode scientifique positive. A ce titre elle nous intéresse doublement et nous y trouvons une illustration concrète des considérations qu'on vient d'exposer. Mais avant d'entrer dans le détail de cette histoire, il convient d'insister sur le rapport qui existe entre l’astronomie newtonienne et les définitions, lois ou principes étudiés dans les chapitres précédents. Si nous avons cru nécessaire
d'analyser dans le détail ces principes, c'est que le sens véritable de la mécanique céleste en dépend. Il n’est pas possible de comprendre pourquoi la découverte de la gravitation universelle a été une révolution scientifique, si l’on n’en cherche pas les origines précises dans les axiomes expérimentaux de Newton.
Nous avons appelé les Principes Mathématiques de la Philosophie Naturelle le premier ouvrage de mécanique céleste. Cela ne peut signifier qu'avant Newton l'astronomie ait été incapable de prévoir mathématiquement les phénomènes. Nous savons que les anciens et les modernes possédaient avant Newton des idées géométriques sur le mouvement des astres et que l'analogie des trajectoires célestes avec certaines courbes simples les avait frappés. Hipparque, Apolionius, Copernic, Képler avaient conçu chacun à sa façon les propriétés géométriques des orbites célestes et ils étaient partis de cette conception pour procéder à des prévisions approchées. Descartes aussi, dans les Principes et dans les Méléores, tente d'expliquer par la géométrie le mouvement des cieux, et bien qu'il n'aboutisse à aucune formule, sa théorie cosmogonique est construite sur le type des déductions géométriques. Malgré cela ce n'est ni Hipparque, ni Copernic, ni Descartes qui passent pour les inventeurs de la Mécanique céleste. Cet honneur échoit à Newton et il faut expliquer pourquoi il en est ainsi.
Chez les philosophes anciens, les mouvements célestes passaient pour le type et le modèle de tous les mouvements. On connait les théories, identiques sur ce point, de Pythagore, de Platon, d'Aristote. Il était impossible à l'esprit de ces philosophes, épris d'ordre etde stabilité, de s'appliquer d'une façon désintéressée à l'étude des mouvements terrestres. De pareils mouvements sont toujours confus, irréguliers et transitoires. Il est impossible d'y saisir l'essence et les qualités propres du mouvement, ils peuvent bien plutôt induire en erreur sur la nature vérilable de ce qui se meut. C'est ainsi que le mouvement de la pierre dans la fronde donne une idée bien faible et bien imparfaite de la beauté du mouvement circulaire, c’est ainsi encore que le mouvement du navire, fait tout entier de changements incessants, ne peut représenter d'une façon disüncte le déplacement rectiligne et uniforme. Si nous voulons
avoir des notions plus exactes sur ce qui change et ce qui reste, c'est vers la sphère céleste qu'il faut porter les regards. Là tout est régulier, symétrique, rhythmique. Les trajectoires des astres dans le mouvement diurne sont des cercles parfaits elles sphères qui transportent ces astres ont la beauté géométrique.
Si tout ce que le mouvement nous offre d'intelligible ici-bas n'est qu'une faible image des révolutions célestes, la mécanique des anciens ne pouvait confondre dans les mêmes théorèmes le mouvement terrestre et le mouvement sidéral. Bien plus elle les opposait l'un à l’autre et pensait que les procédés propres à l’étude des premiers ne pouvaient s'appliquer dans le cas des seconds. C'est contre cette tendance que devaient réagir Descartes et surtout Newton. Descartes englobait déjà dans le même système d'explications les mouvements célestes et ceux qui se passent à la surface de la terre. Mais son identification de la matière et de l'étendue l'avait amené à ne considérer que l’élément géométrique du mouvement, et à négliger les facteurs physiques dont ce mouvement dépend. En ce sens Descartes a peut-être jeté les fondements d'une Cinématique céleste. Il n’a contribué en aucune façon à la création d'une Mécanique céleste.
Newton a sur tous ses prédécesseurs l'avantage immense d’avoir tiré au clair les notions de force et d'inertie. Il a de la sorte dégagé du mouvement un élément non plus géométrique mais proprement physique, élément qui demeure d’ailleurs susceptible d'estimation mathématique. C'est grâce à sa définition de la force et aux lois du mouvement qui s'y rattachent que Newton s’est trouvé en état d'établir des propositions générales dont les mouvements terrestres, comme les mouvements célestes, fournissent des applications. Il s'en suit qu'à l'inverse des anciens Newton place exactement sur le même rang les phénomènes du monde sidéral el ceux du monde terrestre.
Il y a plus. Les mouvements terrestres sont les plus familiers et les mieux connus. Ce sont eux qui se présentent d'abord aux recherches de l'observateur. Loin d'être inintelligibles et imparfaits, ils fournissent l'exemple le plus accessible des lois dynamiques de la nature, On en peut tirer des for-
mules inductives, qui sont justement les axiomes de la mécanique, et qu'il sera possible d'appliquer après coup au cas céleste. Ainsi les mouvements terrestres et les mouvements célestes ne s'opposent pas comme un modèle s oppose à une imitation. Les mouvements célestes ne sont ni plus beaux, n1 plus réguliers, ni plus géométriques que celui d’une pierre tombant surle sol. Nous pouvons même profiter de ce que ce dernier est plus à notre portée pour en modifier méthodiquement les conditions, en étudier les causes, en prévoir les effets. L'opération par laquelle nous appliquons ensuite nos résultats au cas de la dynamique céleste sera fondée sur l’analogie et l'induction. Elle n'aura pas plus de valeur intrinsèque parce qu'elle porte sur des « sphères immuables » que si elle s'étendait à des objets familiers. C’est toute l'originalité de la mécanique de Newton d'avoir fait descendre le ciel sur la terre, en montrant qu'un petit nombre de lois inductives, fondées sur des notions de bons sens appuyées du calcul, peuvent suffire à expliquer ct à prévoir, sans hypothèse spéciale, des catégories de phénomènes en apparence distinctes.
Pas plus que le calcul des fluxions, la théorie de la gravitalion universelle n’est de toutes pièces une création de Newton. Elle à été préparée par des travaux séculaires, et l'on peut dire que les recherches de Hooke, de Flamsted, des autres astronomes contemporains de Newton, auraient peu à peu contribué à la mettre au point, siles Principes Mathématiques de la Philosophie Naturelle n’eussent devancé comme par intuition l'évolution normale de la science. Le grand intérêt de l'ouvrage de Newton n’est pas seulement dans les formules nouvelles par lesquelles il construit la mécanique céleste. Il est surtout dans le sens tout nouveau qu'il donne aux lois physiques et mathématiques.
On trouve déjà chez les anciens un rudiment de théorie de la gravité, mais les anciens n'ont su à aucun moment concilier le point de vue mathématique et celui de la physique concrète. I semble même qu'ils aient oscillé sans cesse entre des explications fondées sur des causes concrètes, physiques où métaphysiques, et des théories purement cinématiques appuyées sur les lois du calcul.
Aristote s élit préoccupé de rechercher la cause dela
pesanteur. Il la trouvait dans des raisons de finalité, qui impliquent la tendance de tout être à se diriger vers ce qui est parfait. Comme l'élément éthéré est le plus parfait de tous et se meut cireulairement au centre du monde, il faut que les éléments moins parfaits se déplacent de toutes parts pour se rapprocher de lui. Le feu et l'air vont de bas en haut, l'eau et la terre de haut en bas, mais ce double mouvement tend au même but, savoir le repos de chaque être au lieu que lui assigne sa nature.
Chez Démocrile etchez Lucrèce, l'explication de la pesanteur, bien qu’elle soit imprégnée encore d'idées métaphysiques, marque un progrès vers la forme positive. Le hasard ou la nécessité sont peut-être les causes dernières de la chute des atomes, mais ce qui importe davantage aux Connaissances humaines, ce sont les lois suivant lesquelles cette chute se fait. C’est de ces lois que doivent dépendre l'idée que nous nous ferons de l’univers el la règle de conduite que nous en tirerons. Démocrite, Epicure et Lucrèce ne semblent avoir dégagé nulle part l'expression mathématique des lois de la pesanteur. Cette lacune tient peut-être au mépris que les derniers affectaient à l'égard de la science, et, en ce qui concerne Démocrile, à l'insuflisance des moyens mathématiques dontil disposait. Malgré le caractère assez confus de ces recherches, il faut voir dans une théorie comme celle de Lucrèce un commencement de mécanique ralionnelle. Les causes mélaphysiques de la gravité sont le plus souvent passées sous silence, il arrive qu'on en énumère plusieurs, laissant au lecteur le soin de faire un choix. Ceci prouve bien que chez Lucrèce le comment des phénomènes est le point essentiel et la cause finale presque indifférente. L'épicurisme est en ce sens la première tentative faite pour expliquer par desraisons positives les attractions célestes. L'insuffisance du symbolisme mathématique est la cause qui a arrêté l’atomisme des anciens dans la voie qui les eût menés à la mécanique céleste.
La chute du système de Plolémée amena un bouleversement complet des idées courantes. Le centre du monde, ce point fixe dans l'espace auquel se rapportent les distances de tous les astres, fut déplacé de la terre au soleil. Ce fut désormais le centre du soleil que l’on considéra comme un point immobile,
et ce que nous appelons le haut et le bas dut s interpréter par rapport au soleil, non plus par rapport à notre planète. Alors la pesanteur de l’eau, de la terre, de l’air et du feu devient une force partout identique à elle-même. Ce n’est plus une tendance capricieuse qui pousse les éléments tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, selon le jeu de causes métaphysiques. Les éléments obéissent tous à une force d'attraction universelle qui les fait se rapprocher du centre du monde parce que là se trouve la plus grande quantité de matière. Si certains d'entre eux semblent parfois agir contrairement à cette tendance, c'est qu'ils obéissent à une tendance analogue, mais plus forte, qui les rapproche d'autres masses matérielles. Ainsi l’on arrive à cette idée que les éléments jugés jusque là disparates sont homogènes et comparables entre eux. Ils sont matiere, et en tant que tels ils tendent à se rapprocher de la matière. Cette tendance est peut-être un souvenir des anciennes idées aristotéliciennes. Mais elle prend une signification précise parce qu'elle se mesure au moyen des mouvements.
Les mouvements des corps doivent être regardés eux aussi comme de même essence et de même origine. Il n’y a plus licu de distinguer les mouvements parfaits, circulaires, réguliers, qui sont ceux de l’éther supérieur, et les mouvements de translation rectiligne, confus et imparfaits, qui caractérisentles corps sublunaires. Déjà Aristote avait dû faire aux planètes une situation privilégiée, intermédiaire entre le mouvement divin et le mouvement terrestre. À partir des découvertes de Copernic, on s'habitua insensiblement à considérer tous les corps, tant l'air et la terre que les planètes, comme décrivant sous l'action de la même cause des mouvements semblables. Le mouvement devient caractéristique non pas de la perfection des corps, mais du fait seul qu'ils sont matière. Autour du centre nouveau de l'univers gravitent des objets de masse différente, de formes et de propriétés variées, tous également poussés suivant des lois géométriques. Comment a-t-on reconnu que la matière se meut ainsi à l'encontre de la maüère ? Comment les atlractions métaphysiques de l'Ecole ontelles pu céder la place à des attractions physiques? Comment surtout l'effet de ces attractions a-t1l pu être soumis à des mesures précises et se ranger sous nos modes de calcul ?
C’est ce qu'il estimpossible de comprendre si l'on se réfère aux seuls écrits de Newton. Il est certain qu'avant Newton l’affinité qui existe entre les lois de la pesanteur et celles du mouvement sidéral a été entrevue par plus d’un savant. C’est à Xépler, à Descartes elà Hooke qu'il faut faire remonter les conceptions préparatoires qui ont rendu possible l'idée de la gravitation newtonienne.
Képler a compris avec une netteté singulière que la gravité n'était pas une force idéale, et pour ainsi dire toute géométrique, en vertu de laquelle les corps tombent vers un point qu’on nomme le centre de l'univers. La gravité provient des corps et réside dans les corps. C’est une attraction qui accompagne la matière, et si le soleil n'occupait pas le centre du monde, les corps ne seraient pas atlirés vers ce dernier. De même la pesan-. teur s'exerce suivant la verticale, parce que la terre est ronde. Mais à la surface d'une masse dépourvue de symétrie, les effets de la pesanteur ne pourraient être symétriques. Tous les corps tombent les uns vers les autres avec une vitesse inversement proportionnelle à leur masse (moles) et si la lune ne se comporte pas de cette façon à l'égard dela terre, c'est qu'une force vitale (vis animalis) la retient dans une orbite quasi-circulaire. Supprimons cette force vitale, la terre et la lune iront se rencontrer avec des vitesses qui seront entre elles comme 53 est à 1, les densités étant supposées égales. Alors même que cette force agit, l'attraction de la lune se montre à la surface de la terre par le phénomène des marées. Les mers se soulèvent au passage de la lune, et s'élèveraient jusqu'à elle si elles n'étaient retenues par la terre. Les planètes se comportent à l'égard du soleil comme les corps graves à l'égard de la terre. Elles sont attirées ‘vers lui par la pesanteur, et la preuve que son action détermine leur mouvement, c’est qu'elles se meuvent plus vite lorsqu'elles sont plus près de lui!. D'ailleurs le mode d'action du soleil sur les planètes est nécessairement mécanique. G est ce que montrent les lois mathématiques que Képler dégage de ses observations. Les mouvements célestes se font en des temps et en des espaces mathématiquement déterminés. Du
4. V. Astronomia Nova seu Physica Cælestis tradita commentariis de motibus stellæ Martis, Heidelberg, 1609. OEuvres complètes de Kepler, Ed. Frisch, Francfort et Erlangen, 1860, vol. IE, p. 300 sqq.
soleil émanent comme des « tentacules » très déliés, matériels cependant, qui entraînent l'ensemble des planètes dans la rotation de l'astre central. C’est cet entraînement qui, combiné avec la pesanteur, explique le mouvement apparent des planètes=
La théorie de Kepler était comme on le voit pleine d'idées neuves et hardies. Mais en même temps il tenait à rester fidèle aux doctrines d’Aristote, et c'est ce qui l’'empêcha de tirer tout le parti possible de ses idées. La rotation éternelle du soleil sur
lui-même était attribuée par Kepler à une âmeimmortelle. Cette
âme agit suivant des lois immuables, bien qu'elle soit dépourvue d'intelligence. Son action se propage d’une manière instantanée, comme celle de la lumière. D'ailleurs entre la gravitation et la lumière il existe un grand nombre d'analogies. Elles sont toutes deux matérielles, quoique les corps lumineux ou attirants ne perdent rien de leur poids. La lumière cependant agit de surface à surface, alors que l’action de la pesanteur est toujours une action de masse. De plus la pesanteur peut exister sans la lumière, bien que le soleil, le corps central de l'univers, soit la source commune des deux sortes d'actions. Il existe pourtant ane différence importante entre le mode de propagation de la lumière et celui de la pesanteur: La lumière se propage par ondes sphériques qui vont en se dilatant à partir du centre. Elle diminue d'intensité en proportion inverse du carré de la distance, puisque lamême quantité d'action setrouve répandue successivement sur des surfaces qui croissent comme ce carré. La pesanteur ne se propage pas en raison inverse du carré de la distance. Kepler rejette formellement cette loi, pour admettre que l'attraction solaire se propage constamment dans le plan de l'écliptique : elle doit donc varier en raison inverse des longueurs, ct non des surfaces. Aussi pose-t-il la proportionnalité inverse à la simple distance et cherche-t-il à expliquer au moyen de cette loi les variations de vitesse au voisinage du soleil ?. |
Deux raisons ontempêchéKeplerde découvrir uneloi d’attraction exacte. D'abord il ne sépare jamais l'attraction des planè-
1, V. Epilome Aslronomiæ Copernicanæ, L. IV, Linz 1620 — Ed. Frisch.
T. VE, p. 344.