‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 113 sur 208 · Cf. Principes, L. Il, p · texte numérisé non relu

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cal imputable à son origine métaphysique. Môme en laissant de côté le vague de son langage, il est impossible d'admettre le cercle vicieux qu'elle contient. Les cartésiens, malgré des perfectionnements successifs, ne sont pas arrivés à dissimuler cette faiblesse. V eiïori de Malebrayiche, de Fonlenelle, de Iliiyghens^ aussi bien que celui de Descartes, a été de déduire les forces de la pesanteur ou celles de la gravitation planétaire d'une certaine disposition de la matière dans le monde. La matière est pure, étendue, et ne diffère dun lieu à l'autre que par plus de ténuité ou d'épaisseur dans la structure. Certaines parties de la matière, celles que nous appelons les corps sensibles, présentent le phénomène de la gravité. D'autres, plus compactes encore, et que nous nommons des planètes, présentent le phénomène de la gravitation. Mais pour Descartes ces deux ordres de phénomènes n'appartiennent pas à la matière en tant que matière. Ils sont des manifestations particulières à certains agrégats matériels, comme la lumière ou la chaleur sont des manifestations d'autres agrégats. Descartes n'a pas la moindre idée de ce que nous avons appelé avec Newton une loi élémentaire de la matière, c'est-à-dire une loi s'appliquant par définition à toute matière. Ceci se conçoit aisément dans un système métaphysique où la matière est purement étendue et ne se caractérise que par sa forme. Ce sont des différences de forme qui amènent dans les corps les différences de propriétés. Descartes était obligé de supposer des corpuscules dénués de pesanteur, dont les propriétés cinétiques entraînent l'existence chez d'autres corpuscules, différents de forme et de grandeur, des manifestations caractéristiques de la pesanteur.

En d'autres termes, la théorie des tourbillons est une théorie qui prétend donner la genèse de la gravité. Elle admet l'existence d un univers géométrique, où rien n'existe hors l'étendue et le mouvement, et de la seule configuration de cet univers elle veut faire sortir l'explication de certaines forces. Il faut alors de toute nécessité que ces forces prennent naissance dans des circonstances spéciales, qu'elles s'appliquent à des configurations spéciales, qu'elles soient composées et non élémentaires. C'est ainsi que Descartes est amené à distinguer, parmi les éléments dont l'univers se compose, des particules sphériques ou cannelées, tantôt grossières, tantôt subtiles. Ces

particules ne sont pas pesantes par elles-mêmes, elles peuvent seulement produire, dans certaines conditions, toutes les apparences de la pesanteur. La gravitation n'est pas alors une loi universelle. Elle n'existe que dans une partie de la matière, et elle est due à des parties qui ne gravitent pas.

La théorie de Newton ne pouvait s'accommoder de cette façon de voir. La gravitation newtonienne est inhérente à toute matière. C'est justement le privilège du calcul infinitésimal de permettre de démontrer rigoureusement l'existence de forces élémentaires, là où l'observation ne fait voir que des résultantes. xVussi bien Newton n'a-t-il pas dédaigné de réfuter en détail la conception cartésienne*. S'il fallait admettre avec Descartes que la pure étendue détermine la force, c'est-à-dire que les différences de figure puissent entraîner des différences de poids, il faudrait admettre comme conclusion nécessaire qu'un corps change de poids s'il change de figure. Lorsque les éléments d'un corps se déplacent, lorsque les particules rondes ou cannelées qui entrent dans sa constitution se rapprochent ou se séparent, les éléments semblables des corps voisins ont plus ou moins de facilité à les pousser. C'est ce qui résulte d'une manière évidente du langage même employé par Descartes *. Alors la pesanteur des corps devrait être une propriété géométrique. Newton, par le calcul aidé de Texpérience, démontre au contraire de la manière la plus complète que les poids dépendent d'une propriété physique indépendante de la forme extérieure, savoir la masse ou l'inertie. C'est une des interprétations que peut recevoir la loi de la gravitation universelle, puisqu'elle détermine les forces en fonction des distances et des masses seulement. La théorie de Descartes est fausse, parce qu'elle suppose deux espèces de corps, les uns « gravitant en raison de leur quantité de matière », les autres gravitant en une raison moindre ou plus grande. Selon la variation des configurations respectives, ces corps pourraient se transformer les uns dans les autres, et acquérir ou perdre de la masse sans acquérir ou perdre de la matière^.

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