Opt.. L. H, P. III, Prop. VIII
La molécule n'est qu'un terme provisoire, auquel nous nous arrêtons par suite de conventions de calcul, mais au delà duquel il est toujours possible et parfois nécessaire de remonter. En fait nous appelons molécule une masse matérielle re/ativement petite, mais l'estimation de cette petitesse dépend et de l'état de nos connaissances et de l'objet que nous avons en vue^ On s'explique alors que Newton fasse usage de la notion de molécule, mais d'une manière tout à fait différente de ce que font Démocrite ou Lucrèce. Il l'envisage toujours comme une notion précaire, jamais comme le principe immuable de toute explication physique. « Il peut se faire que les particules les plus exiguës de la matière cohérent entre elles par des attractions extrêmement fortes, qu'elles constituent des particules plus grandes, dont la force d'attraction soit plus faible, et qu'un grand nombre de ces particules plus grandes, cohérant entre elles de la même façon, constituent des particules plus grandes encore dont la force d'attraction soitencore plus petite, et ainsi de suite d'une manière continue (continuata série), jusqu'à ce qu'on arrive enfin aux particules les plus grandes d'où dépendent les opérations chimiques et les 'couleurs naturelles ; ces particules par leur conhésion naturelle constituent finalement les corps dont la grandeur tombe sous les sens. »
Ainsi la molécule n'est pas pour Newton ce que l'atome est pour les matérialistes grecs, ce que la molécule elle-même est demeurée dans toutes les métaphysiques mécanistes, l'élément constitutif du réel, au delà duquel il n'y a plus rien à chercher. Molécule et atome sont des termes relatifs, comme ceux de force, de masse, ou de mouvement. S'il y a chez Newton quelque chose qui rappelle les systèmes mécanistes, ce ne peut être l'hypothèse absolue que ces derniers prennent comme point de départ. C'est par sa méthode, c'est surtout par ses
1. Les déterminations absolues des grandeurs moléculaires telles qu'elles ont été faites, par des méthodes diverses, dans la physique moderne n'échappent pas aux observations précédentes. L'accord satisfaisant qui existe entre elles et qui tend naturellement à inspirer confiance ne prouve pas que nous ayons fait des mesures absolues, mais que nous arrivons par dilTérentes branches de la physique à un même degré de subdivision dans le réel.