‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 148 sur 208 · Principes, Préface de · texte numérisé non relu

Principes, Préface de

2 V Préface des Principes. « Plusieurs raisons me portent à soupçonner nue les phénomènes naturels dépendent tous de quelques forces dont les causes sont inconnues, et par lesquelles les particules <les corps sont poussées les unes vers les autres et s'unissent en figures régulières, ou sont repoussées et se fuient mutuellement, et c est l'ignorance oii 1 on a été jusqu'ici de ces forces qui a empLH-hé les philosophes de tenter 1 explication de la nature avec succès. »

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mément et strictement mécaniques. Chaque ordre de phénomènes repose sur des faits spéciaux, et l'élément simple qu'on peut en dégager est caractéristique de cet ordre. Maintenant que d'un ordre à Vautre il y ait des réductions possibles, que par exemple les explications mécaniques puissent s'étendre au delà du domaine de la mécanique pure, c'estce que l'expérience aidée du calcul pourra décider. A priori nous devons nous défier des synthèses trop rapides. Nous devons considérer jusqu'à nouvel ordre chaque classe de phénomènes comme dérivant d'éléments spéciaux, et la seule chose qui subsiste lorsqu'on passe d'une de ces classes à l'autre, c'est la méthode qui sert à trouver l'élément. Cette métiiode, toujours et partout, c'est la méthode matliémati(in(\ Commençant par un simple classemcMd d(*s ol)S(^rvations nnméri([nes, elle ihiit par dégager une loi élémentaire qui va servir de base à la théorie. Mais quehpic loin qu On suppose ])onssée l'analyse mathématique, quel([ue uniforme i\ur paraisse le type d'explication auquel elle •conduit, il y aurait hypothèse, et hypothèse gratuite, à croire qu'elle ramène tout au mécanisme.

On comprend maintenant la place si importante que tiennent les <( Qua'stiones » dans la Physique de Newton. Au début de chaque science il est impossible que la méthode mathématique s'applique demblée. Les faits se présentent comme trop embrouillés, les mesures comme trop incertaines, pour que l'analyse et la synthèse puissent se passer de toute analogie. Même lors(pie la théorie est constituée, il reste toujours un certain nombre de (luestions qui sont encore à l'étude et qu'on ne peut faire rentrer dans le corps de la science. C'est à ces questions peu coordonnées qu'il convient d'appliquer les analogies mécaniques, et nous avons dit en effet que les « Qua?stiones optica* » renferment toute la physique moléculaire de Newton. On conçoit effectivement qu'à cha([ue moment de son histoii^e la physique envisagée comme une théorie mathématique laisse provisoirement en dehors d'elle tous les phénomènes encore mal éclaircis, sur lesquels le calcul n'a pas prise. Pour arriver à mettre l'ordre dans ce chaos, il est utile de se laisser guider par les théories dites moléculaires, par les rapprochements mécaniques de tout genre, qui sont le meilleur moyen de pressentir des lois. Une fois que les lois sont

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découvertes, les comparaisons mécaniques deviennent inutiles. La fécondité des équations supplée au caractère intuitif des images mécaniques.

C'est ainsi que Newton, dans la théorie (\c la double réfraction, trouve bon d'assimiler les rayons lumineux à une émission de particules solides, parce que cette conception moléculaire fait image par sa simplicité et introduit un ordre provisoire dans la complexité des faits '. Mais il ne veut nullement laisser entendre par là que la lumière est réellement un corps. On peut l'envisager comme telle d'une fa(;on provisoire sans (ju'il en résulte une assimilation délinitive des ébranlements lumineux aux chocs moléculaires. Lorsque je dis (jue la lumière est un corps je ne le dis pas sans réserves, comme le fait voir le moi peut-être ; ce n'est là pour moi tout au plus (ju une conséquence probable, ludlement une hypothèse fondamentale ou une partie de la doctrine - ». I^t de fait dans la première Édition des Principes, Newton arrive à s'affranchir de cette hypothèse. Les progrès faits entre temps par la physique mathématique lui permettent de traiter la théorie de la lumière d'une manière purement mathématique, sans hypothèse mécaniste auxiliaire. « Au reste je ne m'embarrasse point de la nature des rayons, je n'examine point s'ils sont matériels ou non, mais je me contente de déterminer les trajectoires des corps qui peuvent être semblables à celles que décrivent les rayons. ^ »

Cet exemple est typique en ce qui concerne la méthode de Newton. 11 fait bien voir que le mécanisme strict, tel qu'on le trouve chezHobbes et chez Gassendi, n'a jamais été considéré par Newton comme le but de la science. Les explications mécaniques n'ont dans la physique de Newton qu'un rôle provisoire et relatif. Elles servent à fournir des fils directeurs

dans l'étude de problèmes mal connus, mais les conceptions sur lesquelles elles se fondent n'ont rien d'immuable ni d'absolu. A vrai dire la physique mathématique est beaucoup plus générale que le mécanisme, elle le renferme comme cas particulier. Tandis (lue chez Démocrite ou chez Descartes ce cas est posé, dès le début de la science, comme le cas type auquel doivent se réduire tous les autres, c'est subsidiairement et à la fin de la science que Newton l'introduit. La physique de Newton accepte le mécanisme, parce que le mécanisme est une partie de la science. Mais, mathématique et positive avant tout, elle emploie des méthodes générales indépendantes de toute hypothèse mécaniste.

1. V. Opl Quœsl. XXXI. « Qnin et ipsi eliam raclii luniinis corpora dura esse videiitur, neque enim alioqui possent in diversis suis laleribus diversas retincre proprilates. »

2. V. Newtoni Responsio ad objoct. aliquas, Phil. Trans. 1672, n» 80. a Verum quideni est quod ox mea Theoria arfjuo lunuTi esse corpus; at id non incunetanter assero. ut innuit verbum fartasse; id propono, ad summum, tanquam probabile doctrinie meie conseetorium. non tanquam hypothesim, (juà, velut fundamento doctrinie stabili utor, quin imo, née tanquam doetrina,' partem. »

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