Cf. De Mundi Sysl. Etl Gastilloii, Op. MaUi. T. II. p. H
2, Cf. De Mundi Syst., p. 11. « Rejiciahir igitiir hujusmodi vis omnis, ut precaiia, el ad cœlonim plumoniena ni! spectans ».
entité arbitraire que rien n'autorise à introduire dans nos calculs.
Si nous considérons la règle de Newton indépendamment de son origine historique, on peut se demander quelle est sa valeur dans une physiipie expérimentale. Il est certain que la pente naturelle de l'esprit va à la multiplication des causes. On peut môme dire que plus l'observation est impartiale et minutieuse, plus 1 individualité des conditions particulières devient manifeste, plus la cause de chaque phénomène semble irréductible aux autres causes. Mais la cause physique, telle que Newton la conçoit, est en réalité la loi des phénomènes. Ce n'est point la production particulière de tel ou tel fait que la physique est chargée d'expliquer, c'est le lien qui rattache un fait à d'autres déjà connus. L'idée même qu'un fait inexpliqué doit venir se ranger dans un système connu devient alors l'équivalent de l'axiome de Newton : puisque les effets peuvent se grouper en systèmes généraux, il y a intérêt à ne créer de catégories nouvelles que s'il est impossible de classer un fait nouveau dans un système ancien. A cet égard, le principe de non-multiplication des causes est synonyme de cet autre principe : une science explicative est possible.
Tant que la science a été créatrice, son objet essentiel a dû être de multiplier autant que possible les causes dont elle disposait. C'est ainsi que les Alchimistes du moyen âge n'étaient satisfaits d'une explication physique que lorsqu'elle attribuait aux corps agissants des propriétés irréductibles et pour ainsi dire personnelles. Les différents corps qu'on trouve dans la nature se caractérisent à leurs yeux par des puissances hétérogènes, et le but de la science est de mettre à profit la multiplicité de ces facultés pour enrichir autant qu'il est possible le monde des créations scientifiques. La physique et la chimie, depuis l'époque de Bacon, ont renoncé à la construction des phénomènes pour n'en chercher que l'explication. Descartes et Newton sont d'accord sur ce point. Le but qu'ils poursuivent n'est pas d'arriver au plus grand nombre de causes irréductibles, mais au plus petit nombre de lois nécessaires. La science, purementexplicative,estobligéed'admettre,pardéfinition,que la nature peut se comprendre au moyen d'un nombre limité d'axiomes. Elle est simple, et cela veut dire que dans la variété
L\ PHILOSOPHIE hi: NKWTOX
la physiqi:k kxpkrimentau: et lhypothèse
de ses manifestations une classification méthodique est possi ble. Peut-être n'est-ce là qu'une supposition, et y a-t-il en effet dans chaque réalité une cause ou force incommensurable avec les autres. Mais nous ne pouvons admettre que notre supposition soit fausse sans supprimer toute physique radicalement. La croyance en l'iiomogénéité relative des faits, en l'existence d'affinités qui les unissent, est inséparable de notre conception scientifique. Voilà pourquoi « l'unité de la nature » est considérée par les physiciens modernes sinon comme un fait démontré, du moins comme un postulat de la science *. « Ceux qui ne croient pas, dit M. H. Poincaré, que les lois naturelles doivent être simples, sont encore obligés de faire comme s'ils le croyaient. » Or la simplicité, l'unité de la nature, telles que les définit M. Poincaré, sont exactement l'équivalent de la règle énoncée par Newton. C'est parce que la nature est simple et une, que les causes qui président à ses lois peuvent se classer en systèmes finis. Plus nous approchons de la simplicité, plus le nombre des causes diminue, tandis qu'en introduisant dans la science expérimentale des causes superflues, nous allons contre l'intelligibilité de la nature et contre son explication
scientitique.
La deuxième Règle s'énonce de la manière suivante : les effets du même genre doivent toujours être attribués, autant qu'il est possible, à la môme cause.
Ici encore nous avons affaire à une règle qui tire son origine de raisons historiques. C'est l'identité de la pesanteur et de la gravitation qui va permettre à Newton de conclure à l'identité (le toutes les causes « semblables ». Newton a démontré que la pesanteur et la gravitation suivent rigoureusement les mêmes lois. Une masse matérielle située à la surface de la terre se comporte exactement sous l'action de ce globe comme le fait la mvisse de la lune, située à une distance énorme. 11 y a là deux « effets du même genre » que nous observons dans des circonstances diverses, mais que la logique ordonne de rapporter à une cause unique. Il en est de même chaque fois que deux expériences, malgré la difl'érence des conditions où l'on opère, amènent à des résultats de même forme. « C'est ainsi
4. V. H. Poincaré, La Physique Expérimentale et la Physique Mathématique Rev. Gén. des Sciences. 15 Nov. 1900.
que la respiration de l'homme et celle des bêtes, la chute d'une pierre en Europe et en Amérique, la lumière du feu d'ici-bas et celle du soleil, la réflexion de la lumière sur la terre et dans les planètes doivent être attribuées respectivement aux mêmes causes. »
A l'idée de simplicité, cette seconde règle de Newton vient donc superposer l'idée ^analogie. Déjà Bacon avait insisté^ sur le rôle important de l'analogie dans 1 analyse des « formes ». Parmi les faits privilégiés qui peuvent le mieux susciter les découvertes, il cite les « faits conformes ou proportionnés » qu'il appelle ausi « parallélismes ou similitudes j)hysiques. » Ces faits font voir les analosfies et les relations des choses. Us sont comme les premiers et les plus bas degrés qui mènent à l'unification <le la nature-. Ils ne donnent pas lieu immédiatement à la certitude, mais suggèrent l'idée d'un certain consensus entre les propriétés corporelles \ L'analogie est employée par Bacon surtout pour la comparaison des fonctions biologiques, et les résultats qu'elle lui donne sont assez curieux pour mériter d'être comparés avec les théories modernes.
L'analogie, telle que la conçoit Bacon, ne ressemble pas beaucoup à la « similitude d'effets » telle qu'elle intervient dans la rèarle de Newton. Pour ce dernier les effets semblables ne sont pas uni(|uement ceux qui se manifestent de la même manière à nos sens. Il est certain que la lumière des étoiles et celle d'une flamme n'afl'ectent pas notre vue de la même façon. Mais ces deux lumières suivent la même loi, et cela suffit pour qu'il soit permis de les considérer d'abord comme analogues, puis comme identiques. Deux effets sont semblables pour Newton, non pas lorsqu'ils nous frappent par des analogies extérieures, mais lorsqu'ils s'expriment par une formule comnunie : ainsi la pesanteur et la gravitation, ainsi encore la réfraction terrestre et la réfraction astronomique. En poussant à l'extrême l'idée de Newton, on arrive à une conception extrêmement voisine de celle qui est professée par les physiciens modernes. Lorsque deux phénomènes ont les mêmes équations j